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si l'on persiste à croire que l'intelligence humaine relève d'elle seule. Or, sait-on jusqu'où ces rapports peuvent s'étendre?

IV.

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Supposons, un instant, qu'entre l'homme enfant et les autres bommes, des rapports psychologiques existent, en vertu desquels il parvient aux premières connaissances par le secours d'une initiation intérieure qui franchit les organes; supposons, de plus, que ce phénomène s'accomplisse sous l'influence de la sympathie et de l'amour : ici , l'observation solitaire arrivera toujours trop tard; et si par hasard notre hypothèse est l'expression d'un fait, nous voyons pourquoi la psychologie n'avance pas. Or, on ne saurait nier, à priori, que de tels rapports puissent exister entre les intelligences; l'initiation intérieure et indépendante des organes des sens, n'a rien d'impossible; cette hypothèse peut donc éclairer de toutes parts l'histoire de la pensée.

Ce que nous disons sous une forme vague et dubitative, revêtira plus tard tous les caractères d'un principe incontestable. Ici, nous voulons simplement fixer l'attention sur une hypothèse qui revienne à la mémoire dans la discussion qui va suivre, et qui se pose par son simple énoncé comme aussi légitime qu'une autre. – Jusqu'à ce jour, la science de l'es

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prit humain fut particulière et individuelle; elle doit essayer d'élargir son point de vue, et donner à sa méthode une tendance plus générale. Au lieu de subir, à l'entrée de la science, le joug d'un dogme stérile et arbitraire; au lieu de croire que l'homme est tout entier dans chaque individu de l'espèce, et forme, dans son individualité, une unité intellectuelle, il serait temps de s'élever à cette croyance que l'homme est avant tout un être social, et que là se trouve la raison de tous les développements de son intelligence. Il serait temps de dire, avec un auteur éminent, dont les pressentiments offrent souvent de grandes vérités : « L'homme n'étant pas un individu isolé et solitaire « et devant vivre au sein de la société, il en résulte « que sa puissance et ses développements possibles « sont dans la société ; il en résulte encore que la so« ciété est souvent un supplément à l'imperfection « de ses organes; il en résulte enfin que la plupart a des instincts mêmes de l'homme, s'il est permis de « s'exprimer ainsi, sont placés hors de lui, se trouu vent dans la société.... * ».

Ce qui précède nous invite à définir quelques mots, afin d'être plus à même de réfléchir mûrement à la question.

*M, Ballanche.

Les mots sentiment intérieur, sens interne, sens intime sont en usage depuis longtemps en philosophie, surtout le dernier. - Lorsque j'énonce que le sentiment intérieur m'avertit de ce qui se passe en moi, est-ce pour dire uniquement que j'en suis averti par la sensibilité ? Lorsque j'ai le sentiment de ma force, de ma force libre et volontaire, serait-ce. seulement que je sois affecté par l'exercice de ma sorce? L'exercice de ma force peut bien me donner un sentiment musculaire, mais je n'entends pas cela seul quand je parle du sentiment de ma force : je veux dire avant tout, qu'en rentrant en moi-même et observant ce qui se passe en moi, je connais ma force; je veux dire avant tout, que j'agis avec conscience cum scientiâ, que j'ai la connaissance, la conscience de ma force. Le mot conscience est ici très propre, et, dans le langage actuel de la psychologie, veut dire connaissance intime de ce qui est en moi.

La conscience psychologique est la faculté de connaitre élémentaire et primitive. C'est par elle que nous disons quelquefois : je sens que je sens. Il est bien évident que les deux je sens accolés l'un à l'autre, n'ont pas la même signification, le second exprimant la modification simple du plaisir ou de la douleur, tandis que le premier atteste que ce fait intérieur ne se passe pas en moi sans moi. Au lieu de dire: je sens

que je sens, si nous voulions nous exprimer en termes . de la science, nous dirions : j'ai le sentiment intérieur,

j'ai la conscience. Le mot sentiment intérieur exprimerait que la sensation de plaisir ou de douleur se réfléchit dans l'âme, et le mot conscience, que le moi est là comme témoin existant à part. Dans les mots je sens que je sens on voit, pour ainsi dire, le départ entre le moi qui sent et le moi qui connaît, entre le moi sentant et le moi conscient, entre le moi variable de la sensation et le moi permanent de la conscience.

La sensation prend le nom de perception quand elle est distinguée d'avec le moi permanent et invariable; la connaissance du moi dans cette opération s'appelle apperception. — Il est des perceptions latentes et qui ne se répètent pas dans la conscience : c'est ainsi, pour citer un exemple frappant, qu'il nous arrive d'être excités à chanter un air de musique, parce que nous avons perçu la mélodie de certains sons, sans qu'il y ait eu chez nous conscience de la perception, sans que nous ayons perçu cum scientiâ.

La conscience psychologique est ou spontanée ou volontaire. Elle a dû commencer par être spontanée : la volonté n'intervient pas sans motif, et il n'y a pas de motif à la volonté sans connaissance.

VI. ·

Qu'est-ce qui éveille le regard intérieur? On prétend qu'alors la conscience commence d'elle-même, par sa seule virtualité, c'est-à-dire par sa puissance

d'être; ce qui rappelle l'ancienne doctrine des qualités occultes. Descartes est le père de cette hypothèse : « Quand j'affirme, dit-il, qu'une idée est née avec moi, « j'entends que j'ai en moi-même la faculté de la « produire. » Ce grand homme supposait que notre âme tire les idées innées de son propre fonds; et comme il distinguait ces idées de celles qu'il nomme adventices, c'est-à-dire venues par le secours du dehors, il adinettait bien que la faculté des idées innées se développe uniquement par sa force propre et spontanée; force virtuelle, qu'il compare aux principes des maladies apportés par les enfants en naissant. — La virtualité est une pure hypothèse que rien ne justifie à priori, en face de laquelle toute autre peut se montrer dans le champ des questions philosophiques pour faire appel à la sanction des conséquences.

Jusqu'à ce jour, manifeste ou cachée, cette hypothèse a été fondamentale dans les livres des philosophes modernes ; elle se trouve à la base de tous les systèmes ; elle est appliquée non seulement aux activités, mais encore aux simples capacités.

Nous allons reconnaître qu'une simple virtualité. est insuffisante pour ouvrir l'oeil de la conscience, et surtout pour mettre en jeu la volonté, la libre activité.

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