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ici, quelque chose de son propre fonds; et il ne suffit pas de dire que l'un jaillit des objets singuliers, il faut reconnaître qu'il résulte et de l'expérience et de ce qu'ajoute la pensée elle-même. Comment ce fait peutil s'accomplir ? Aristote n'a vu que le produit du fait et non la nature du fait. Eh bien! ce que la pensée ajoute, c'est un caractère qu'elle emprunte à l'idée générique d'homme, idée qui prend sa source dans la conscience pure et qui se complète par le sentiment de famille. Nous établissons donc ceci : po L'idée considérée comme exemplaire éternel est une inconnue que l'homme ne possède jamais complétement; 2° l'idée est cet un qui jaillit de l'expérience générale; 3° l'idée se purifie dans l'intelligence et devient connaissance pure en revêtant un caractère qu'elle emprunte à l'idée générique d'homme; et c'est pourquoi l'instinct des naturalistes les a très bien servis quand il leur a suggéré le mot de famille pour leurs classifications.

Ceci ne suffit pas encore, ceci ne montre pas encore l'idée purement intellectuelle comme étant partout et toujours, c'est-à-dire comme universelle, immuable, nécessaire. Que doit faire l'esprit humain pour revêtir l'idée de ce caractère suprême, après qu'elle a jailli de l'expérience générale et qu'elle s'est purifiée dans l'intelligence? Platon l'a dit et Mallebranche après lui* :

• Nous disons Mallebranche, mais nous pourrions dire aussi Bossuet, Fénélon. C'est un sujet d'étonnement dont on a peine à revenir, que

L'esprit doit contempler l'idée dans Dieu lui-mêine. Tel est le principe de la raison ; principe qui ne se soutient ni dans Platon ni dans Mallebranche, parce qu'il fallait savoir comment l'homme dit toi à Dieu dans sa conscience.

Mais qu'est-ce qui nous autorise à placer les idées au sein de Dieu ? c'est ici surtout que nous allons voir l'alliance du moral avec l'intellectuel, – Linnée a dit: Finis creationis telluris est gloria Dei ex opere naturæ, per hominem solum ; la fin de la création est la gloire de Dieu, dérivant de l'oeuvre de la nature par l'homme seul : mot d'autant plus beau qu'il est aujourd'hui puisé dans le sens commun des hommes, dans le sens commun le plus vulgaire. Les hommes attachent à ce mot le même sens qu'à celui-ci : la fin d'une famille est la gloire des parents dérivant de l'oeuvre de la maison par les enfants. De même que la gloire des parents est accomplie, lorsque les enfants, s'identifiant à eux par le coeur et par l'intelligence, s'associent à l'æuvre de la maison et plus tard à celle de la patrie ; de même la gloire de Dieu est accomplie, lorsque les hommes, s'identifiant à lui par le coeur et par l'intelligence, cherchent à com

l'oubli ou peut-être l'ignorance dans laquelle on est tombé, chez nous, relativement aux philosophes du dix-seplième siècle qui illustrérent la France. On dirait que Fénélon n'a fait qu'un poëme, et Bossuet que des oraisons; tandis qu'on s'en va en quête de formules germaniques que souvent l'on ne comprend pas, on délaisse les magnifiques trésors de la patrie.

prendre l'æuvre de la nature et s'y associent. L'acte de la création est impénétrable, et cependant l'homme sait que tout émane de Dieu. Comment le sait-il? Par la conscience, que l'initiation intérieure a pu seule faire naître : l'homme sait que tout émane de Dieu comme un enfant sait qu'il émane de sa mère. L'homme a le sentiment intime de la paternité universelle de Dieu : c'est pourquoi Dieu reçut toujours le nom de père; et parce que le sentiment de cette paternité trouve son type primitif dans le sentiment de famille, le sens intime établit une solidarité entre la pensée humaine et la pensée divine, de même qu'il établit une solidarité entre la pensée des enfants et celle des parents. C'est ainsi que l'esprit humain s'élève, par la conscience , à placer les idées dans le sein de Dieu. - Là se trouve le fondement de tous leurs rapports à la science, à l'état et au développement progressif des sociétés.

Telle est la théorie des idées, la théorie de ces exemplaires éternels toujours présents à la pensée du Créateur. Toutes les lois de la nature appartiennent à la théorie des idées; l'idée résume le complet du principe de la substance et du principe de la causalité. La plus haute entre les idées est celle de l'univers; la plus imparfaite de toutes, elle est aussi la plus puissante : c'est elle qui sanctionna la découverte de Newton; c'est elle aussi qui finira par sanctionner les découvertes de Kepler sur l'harmonie du monde.

Si l'homme arrivait à la parfaite connaissance des

idées, il deviendrait aussi savant que Dieu, et toute sa destinée serait accomplie dans ce monde. L'idée, nous ne saurions trop le répéter, est une inconnue vers laquelle l'homme tend sans cesse et qu'il cherche sans cesse à mieux définir. La vérité que l'homme découvre n'est jamais qu'une partie de la vérité, qu'une face de la vérité (dans l'ordre moral aussi bien que dans l'ordre physique; car l'ordre moral, par la théorie du bien et du beau, possède aussi ses idées). Il arrive à l'homme qui découvre une idée, même très imparfaite, de lui donner sur-le-champ une valeur absolue; il arrive aussi que cette idée s'impose irrésistiblement à son esprit... Ceci, qui est la source de tant de prétentions étroites, de tant de préjugés scientifiques fortement enracinés, témoigne et de la faiblesse et de la suprématie humaines : celui qui voit le fragment d'une idée y renferme tout, parce qu'il ne voit pas assez loin; il donne à ce fragment une valeur absolue; parce qu'il appose sur lui le sceau de notre parenté divine.

RÉSUMÉ : Dans la première partie, l'histoire de cette époque de notre intelligence qui commence au moment où l'homme, dans sa conscience, dit toi à sa mère; dans la deuxième partie, l'histoire d'une autre époque qui commence au moment où l'homme, dans sa conscience, dit toi à Dieu.

La triple conscience que nous avons du moi, du toi, de Dieu, nous introduit dans la sphère des vérités absolues, des idées éternelles. Par une initiation intime et supérieure, l'homme arrive à connaître Dieu dans sa conscience, de même qu'il avait connu sa mère dans sa conscience; en même temps il prend possession d'une personnalité toute nouvelle; un moi tout nouveau paraît, et l'esprit franchit une distance infinie.

Les principes de la morale sociale se sont offerts dans un parallélisme parfait avec ceux de la famille. Nous avons reconnu qu'en présence de ces principes, l'homme conserve sa liberté pleine et entière par le sentiment même de ses facultés infinies, sentiment qui peut sanctionner dans son cøur ses actes extrêmes en même temps qu'il lui montre le sérieux de tous ses actes dans l'immortalité. Les principes de la causalité et de la substance ont acquis à nos yeux toute leur valeur, et comme lois directrices de l'entendement et comme lois élémentaires de la nature extérieure; il y a donc une identité absolue entre l'idéal et le réel. L'im muabilité du temps et de l'espace s'est elle-même posée, par la conscience, au sein de l'éternité.

Enfin, nous avons vu la raison humaine, la faculté des idées, des exemplaires éternels, résulter d'une suprême alliance entre l'intellectuel et le moral, alliance qu'une tradition émanée de Dieu même conclut au foyer domestique.

Nous savons maintenant quelle distance infinie sé

r e le sér; s extrêmes 1

imortalita

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