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délices d'habiter avec les enfants des hommes ne les abandonna jamais à eux-mêmes : le peuple n'a jamais cessé de prier, et les pressentiments du peuple ne sont pas une vaine chimère. Le large flot des désirs et des prières humaines, monte et grossit au sein de la foule, élève sa vague vers le ciel; au sommet de cette vague se trouve un enfant du peuple qui représente le moi social en face de Dieu, et c'est lui qui reçoit la parole d'en haut, cette parole qui se transinettra d'âge en âge pour exprimer la pensée de tous, et au son de laquelle le pauvre d'esprit s'écriera* : Mon âme entend!

Toute prétendue nouveauté, dit Salomon, est une · chose qu'on avait oubliée. Quel est le sens de ce proverbe si souvent répété? Les pressentiments de l'homme et le travail social ne s'adresseraient-ils jamais qu'à des idées restées flottantes parmi les ruines d'une tradition qui fit naufrage? C'est possible; mais, partout où l'homme connaît Dieu dans son cæur, les principes persistent , et le progrès social conserve tous

• Le pauvre d'esprit est celui qui parvient à la foi par l'amour seul, par Ja toute-puissance de l'amour. C'est pourquoi Jésus a dit : « Bienheureur les pauvres d'esprit ! »

ses éléments. La conscience humaine possède alors assez de richesses pour susfire à l'élaboration des dogmes.

Par malheur, l'adhésion intime à la croyance en Dieu, père de tous, s'altère. L'humaine intelligence, une dans les lois de son développement est multiple dans l'accomplissement de ces lois; et l'histoire des peuples est celle d'une lutte perpétuelle, parce que les hommes reçoivent à divers degrés l'initiation élémentaire et l'initiation divine transmise d'âge en âge. Indiquons brièvement quelle .correspondance existe entre l'histoire de l'initiation dans l'homme, et celle des croyances dans l'humanité.

Lorsque la conscience a construit l'unité terrestre qui est âme et corps, l'idée de la substance spirituelle disparaît sous l'influence exclusive de l'imagination enfantine qui s'attache aux objets extérieurs. Mais si la mère transmet à son enfant cette liberté qui vient - du caur et dont nous avons parlé, l'enfant sera tou

jours prêt à recevoir l'initiation supérieure émanée de Dieu, à dégager l'esprit de la matière, à revêtir la robe virile de l'intelligence. A cette histoire de l'initiation également pure chez tous les hommes d'une nation, correspond la société des patriarches hébreux telle qu'elle est racontée dans la Bible. C'est la société renfermée dans son premier élément, la famille; société qui se meut dans le calme le plus parfait, et dont le dogme principal consiste dans une paisible confiance en la protection privilégiée de Dieu, ici-bas représenté par le père.

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Lorsque la conscience a constitué le moi terrestre, qui est âme et corps, et que l'idée de la substance corporelle est devenue la seule idée de substance, il peut arriver que le vice de l'initiation maternelle rende permanent et exclusif cet état de l'âme. Alors l'esprit ne peut plus se dégager des liens de la nature et se croit identique à elle; il engendre des cultes divers et en grand nombre, depuis la magie des Esquimaux qui s'attribuent le pouvoir de communiquer avec les forces occultes de la nature, jusqu'à la religion populaire des Hindous qui, malgré le secours de sublimes vérités, débris altérés d'une tradition antique, restent absorbés dans la contemplation d'un chaos immense, et ne peuvent déterminer la personnalité de Dieu que par une opposition de sexes , ou une opposition de principes.

Il peut arriver que la conscience dégage l'âme des liens corporels, avec le secours d'une initiation à laquelle il ne manque plus que la connaissance de Dien par le cœur. L'imagination et l'entendement prennent alors de grands développements, et bien que l'homme ne parvienne pas encore au sentiment de ses facultés infinies, il peut imaginer l'immortalité comme le prolongement de la vie présente. A ceci correspondent le paganisme de la Grèce, religion de l'imagination et de la gloire, et le paganisme de Rome, religion de l'entendement et de l'ambition. Les dieux ne sont encore, il est vrai, que des hommes; mais le lien qui les attachait à la nature ne forme plus une chaine fatale.

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A cet état de l'âme joignez la tradition par le cour; supposez la présence de Dieu dans les consciences; supposez ces degrés divers dans l'initiation traditionnelle, lesquels produisent les luttes, et font naître la charité qui est l'amour dans la douleur et dans le nom de Dieu : vous aurez l'homme du christianisme, l'homme dont les facultés tendent à se développer sans cesse par la toute-puissance de l'amour.

Il n'est pas une société qui ne renferme les divers degrés de l'initiation : de là ces combats perpétuels qui bouleversent les champs de la tradition. Forcé de vivre dans un tel milieu , l'homme le plus pur est soumis aux influences intérieures les plus délétères, et le drame qui commença pour lui sur les genoux de sa mère, continue; mais cela même est un bien s'il sort vainqueur de la lutte , car la lutte développe et fortifie les facultés de notre âme: L'homme est comparable à l'alcyon qui bâtit son nid au milieu des tempêtes , et qui se garde du naufrage tant qu'il respire en haut et jette son ancre vers le ciel.

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