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la conscience humaine pourrait-elle le puiser, si ce n'est à la même source que le caractère des idées absolues, si ce n'est dans Dieu ? Pour que le nom de Dieu parût dans les consciences comme le nom véritable de l'Être suprême, il fallut chez les hommes la conviction intime que ce nom recevait le 2 in both l'assentiment de Dieu même; il fallut la conviction que Dieu participait au moi social devenu sensible and enter the dans son nom; et c'est ainsi que la parole n'est pas seulement le signe de la société des hommes entre eux, mais encore de la société des hommes avec Dieu.

Dès que l'humanité posséda le nom de Dieu , tous sesat be tonie les autres noms furent créés à l'instar de ce nom vivant et véritable, auquel ils empruntèrent leur caractère de vérité.

Telle est l'origine de cette puissance merveilleuse de la parole , de cette autorité qui se manifeste dans certaines formes sacramentelles , dans les façons de parler vulgaires qui traduisent les meurs, qui disent le droit et le devoir.

Concluons que la création du langage étant un acte de la souveraineté populaire, un acte du moi social en face de Dieu, l'autorité des langues est toute démocratique en même temps que religieuse; et nous comprendrons alors que pour puiser des lois fortes dans les mæurs nationales, il s'agit bien moins de faire parler les hommes érudits , souvent excentriques au moi social, que de faire parler le peuple , et d'ob.

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tenir radicalement l'expression du sens commun. La parole du peuple, c'est la nation et la loi*.

Lorsque l'usage d'une langue se répand , c'est une preuve que les idées de la nation font des conquêtes. Remarquons, ici, que toute nation fondée sur les bases naturelles, c'est-à-dire sur une foi commune et sur la souveraineté populaire, tend sans elle à propager ses idées au debors. Alors en effet, le moi social possède toute son énergie ; la même force sympathique qui le constitue et le développe à l'intérieur, tend à le porter au dehors. Voilà pourquoi , dans la vie des nations, l'une d'elles marche toujours à la tête de toutes les autres. La projection des idées d'un peuple dominateur aux autres peuples , est une loi de l'humanité.

IV.

L'histoire du moi social offre des révolutions soudaines que les contemporains attribuent toujours à Dieu , et qui, pareilles aux cataclysmes qui changent la face du globe, renouvellent la tradition de fond en comble. Essayons maintenant de regarder dans ce profond mystère. Nous savons quel est le pouvoir, quel est le principe de l'état public, quelle est, dans le contrat formulé par la parole démocratique, la source des droits et des devoirs, la source des nationalités et des lois ; prolongeons notre regard sur le grand théâtre de la souveraineté populaire, et nous verrons qu'elle n'est pas appelée seulement à constituer les nations, mais à constituer l'humanité.

* Lorsque M. de Lamennais plaçait le critérium des vérités sociales dans le témoignage par la parole, il était sur la grande roule de la souveraineté du peuple ; l'on peut même dire que, malgré l'auteur, les plus belles pages de M. de Bonald et de M. de Maistre suent la démocratie. - On parait, aujourd'hui, vouloir distinguer souveraineté du peuple de souveraineté nationale. Cette distinction qui pourrait égarer les hommes faibles , doit être surveillée par ceux qui ont à cæur les intérêts du peuple : celle distinction est une des plus mauvaises paroles sorties de la bouche des hommes. La foi en le peuple, lelle doit être la devise de notre époque.

Par cela seul que l'intelligence est multiple dans l'accomplissement de ses lois , par cela seul qu'il est des degrés divers dans l'initiation maternelle, l'élé ment moral est sans cesse en péril. Il peut arriver aux hommes de vider leur cæur, de briser les liens de famille, de descendre à une existence purement animale. Alors les hommes ne se réunissent que pour combattre. De là ces guerres primitives dont parle Vico, et dans lesquelles les pères de famille restèrent vainqueurs, par la puissance persévérante du moi social qui puise ses forces dans la famille ; de là l'esclavage qui s'introduisit dans la famille elle-même et finit par corrompre toute la tradition. Il serait facile de montrer dans les faits élémentaires de l'initiation et en interrogeant les monuments historiques, la cause suffisante de tous les malheurs de l'humanité, des luttes perpétuelles entre le bien et le mal, entre l'esprit et la chair. Nous avions eu d'abord l'intention de tracer une histoire rapide de ces luttes : il nous suffit d'en signaler l'origine et de faire comprendre que le dogme de la chute ne représente pas seulement un événement des anciens jours, mais un événement de tous les jours. La nature humaine est infirme...

Toutes les vérités morales sont enveloppées les unes dans les autres, parce qu'elles sont toutes contenues dans la connaissance de Dieu, émanée primitivement de Dieu même. Mais le développement moral est produit à la condition que l'idée mère demeure dans le cæur; et la nature humaine est infirme, et le caur ne retient pas tout ce qui lui est confié. Les cataclysmes du moi social réparent l'initiation primitive.

Le christianisme apporta-t-il au monde des idées inconnues ? Non, pas une seule; mais il vivifia des · idées mortes , des paroles mortes; il restaura dans un

nom véritable des idées qui avaient perdu leur nom; il replaça dans les cours ce qui n'était plus que dans quelques intelligences. Jésus-Christ s'annonça comme celui qui venait rendre vivante l'antique loi , réparer l'initiation primitive.

L'Évangile a dit aux hommes que leur âme était immortelle, que la vie présente n'était rien, que tout devait être rapporté à la vie future ; et cela avait été dit avant l'Évangile.

L'Évangile a dit aux hommes qu'ils étaient tous enfants de Dieu , tous frères ; et cela avait été dit avant l'Évangile.

L'Evangile a dit à l'homme que les enfants, fils de

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Dieu avant tout, n'étaient pas sa propriété, que la femme n'était pas son esclave mais son égale; et cela avait été dit avant l'Évangile.

L'Évangile a dit à l'esclave qu'il était l'égal de son maitre, au maître que l'esclave était son égal; et cela avait été dit avant l'Évangile.

Et cependant la parole évangelique seule exerça le pouvoir révolutionnaire, parce que cette parole ne fut pas un simple argument logique, mais une force ini tiatrice qui associa les consciences. Il n'est pas une position dans la vie, pas une idée dans l'intelligence, pas un sentiment dans les cours que l'Évangile n'ait modifié. En parlant au père, à la mère, aux enfants, au maitre, à l'esclave, il s'empara de la famille et de la cité, des mœurs et des lois, de toute la conscience humaine; il s'empara du monde. Comment le christianisme fut-il seul capable de ce pouvoir soudain et inouï? C'est que lui seul possédait ce qui donne la foi, ce qui fait que l'âme entend ; c'est que lui seul pouvait dire: «La foi vient de l'ouïe, mais de l'ouïe par la « parole du Christ*.»

Tout acte de foi, toute croyance nouvelle est, par le fait de l'initiation intérieure, la formule d'un nouveau développement des facultés de notre âme, d'un

• Il est des gens, fort érudits sans doute, qui croient faire piéce au christianisme en prouvant qu'il fut un plagiaire; ils ne voient pas que ce prétendu plagiat suffirait seul pour allester la mission réparatrice et la divinité du Christ.

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