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ÉPILOGUE.

SOMMAIRE SYNTHÉTIQUE.

Nous pensons que toute synthèse philosophique devra se rallier à la théorie de Leibnitz; mais nous pensons aussi que cette théorie ne peut se soutenir, se rectifier et se compléter que par le principe de l'iniliation intérieure. C'est pourquoi nous allons y introduire ce principe, ayant ainsi un double but: celui de montrer la valeur générale du principe lui-même et celui d'indiquer sommairement la vraie synthèse philosophique.

Gassendi disait un jour à Descartes : Vous n'êtes pas tellement esprit que vous ne soyez chair, et je ne suis pas tellement chair que je ne sois esprit. La phi

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losophie a beau s'isoler au sein de la pensée, ce n'est qu'un semblant; elle ne cesse d'avoir l'ail sur le monde des réalités extérieures, car elle n'accepte les doctrines qu'autant qu'elles lui donnent ce monde. La philosophie recommence sans cesse ses travaux parce qu'ils ne la conduisent point où elle veut aller. Nous ne prenons pas toutefois notre point de départ dans les paroles de Gassendi, mais nous disons : Je suis et vous êtes, je suis âme et vous êtes âme; le moi et le non moi entre lesquels je veux me placer sont le moi et le toi, le moi et le toi se révélant l'un à l'autre en franchissant les organes des sens. — Le monde des âmes étant ainsi posé, celui des corps ne tarde pas à s'offrir. On ne tarde pas à dire : je ne suis pas tellement esprit que je ne sois chair; car dès que le moi s'est connu comme substance spirituelle par ses rapports avec le toi purement spirituel qui a franchi les organes, il faudra bien qu'il se reconnaisse aussi dans ces organes ; il faudra bien qu'au sein de la conscience une et permanente qui résume aussi les impressions organiques, il se voie chair de même qu'il s'est vu esprit. Il se reconnaîtra corps et âme, tout en faisant le départ de ses deux substances, et tout en les réunissant dans une unité dont le lien est dans la conscience une et permanente qui se les approprie. · Établissons-nous donc au milieu des réalités substantielles; marchons en ce moment sur la route ouverte par Leibnitz qui voulut construire sa synthèse avec l'homme, avec l'univers et avec Dieu. Suivons ce

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CONNU COMme

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grand maitre; nous portons à la main un nouveau flambeau, peut-être, nous éclairera-t-il dans ces régions, placées au-delà de toute expérience, qu'il parcourut à travers les substances spirituelles. En un mot, introduisons le principe de l'initiation dans la magnifique théorie des monades et de l'harmonie préétablie.

L'existence des êtres placés sous notre main implique celle des substances simples : l'état actuel des sciences physiques suffirait pour attester cette vérité. La théorie des atômes n'est plus une fiction aujourd'hui, une théorie vaine et stérile; ce n'est plus une spéculation abstraite qui s'efforce en vain de dire la raison des agrégations. Cette théorie se traduit tous les jours en formules, et se résout en lois. La raison d'un être composé n'est pas dans un être composé, car il faudrait demander d'où vient dans celui-ci la raison qui préside à la combinaison des parties. Cette raison se trouve dans les substances élémentaires ; éléments que l'on est forcé de concevoir, mais qui échappent à l'imagination.

Mais les monades de Leibnitz ne sont pas ce que la science appelle atômes. — Leibnitz ne suppose pas ici ces particules de matière inerte qui, pour se mouvoir,

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ont besoin d'une force extérieure qui les combine, les arrange en vertu d'une loi qui leur est inconnue et à laquelle la force les soumet fatalement. L'essence d'une monade consiste dans la force * ; elle est force par elle-même, sui juris; elle est simple, n'a pas d'éléments; elle est une unité et c'est pour cela qu'elle est appelée monade. Quand on dit que la monade est force par elle-même, il n'y a rien là qui ne soit très facile à concevoir. Cette idée conviendrait même à la théorie des atômes.

A cause de son unité et de sa simplicité, la monade ne peut être dissoute ni décomposée ; elle ne saurait subir d'altérations quelconques. Leibnitz ajoute qu'elle n’a ni figure, ni étendue, qu'elle ne peut occuper d'espace ou se trouver dans un lieu : sur ce point, nous commençons à nous séparer de Leibnitz. Pour nous, l'idée de l'espace n'est pas transmise à l'intelligence par les sens; pour nous, l'espace n'est pas seulement le lieu des corps ; l'espace est la forme nécessaire de . l'existence; l'espace est le milieu des âmes avant d'ê.

tre celui des corps. La substance spirituelle correspondante à plusieurs êtres distincts, implique l'existence d'un milieu qui lui soit propre : nous dirons donc que la monade occupe un lieu, qu'elle a par conséquent une figure que nous sommes forcés de concevoir sans pouvoir l'imaginer.

* Nous verrons, tout à l'heure, que si l'essence d'une monade est dans la force, elle n'est pas seulement dans la force.

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