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En raison de leur simplicité, les monades ne peuvent subir aucune modification extérieure. Mais la monade étant force sui juris, et la force étant ce qui la constitue, son activité s'exerce à la modifier sans cesse ; et comme il n'y a d'autres qualités intérieures que les perceptions, celles-ci sont dans un état de développement perpétuel. Les diverses espèces de monades correspondent aux différents degrés de ce développement, lesquels correspondent eux-mêmes aux qualités différentes de la figure. Les monades s'élèvent d'autant plus haut dans la hiérarchie, que leurs perceptions sont plus claires et plus nombreuses. Dans les unes les perceptions sont obscures, dans les autres elles ont plus de clarté et se trouvent comme à l'état de rêve; dans d'autres, qui sont les âmes raisonnables, elles ont plus de clarté encore

L'état actuel d'une monade est ce que Leibnitz appelle sa fornie; pour cette raison, il dit que chaque monade a sa forme propre et sa force propre. Entre toutes ces formes il existe certains rapports; ces rapports s'étendent non seulement à l'état passé, présent et futur d'une monade, mais encore à toutes les monades entre elles. Leur développement concourt à une même sin, vers un but commun : de là, une magnifique harmonie entre tous les éléments de l'univers. L'état d'une monade dépend de son état antécédent, celui-ci d'un état qui a précédé, et ainsi en remontant jusqu'à l'instant de la création où Dieu donna sa loi, legem insitam ex qua actiones passiones que consequantur. Ainsi le passé, le présent et le futur forment une chaîne qui va jusqu'à Dieu. Leibnitz disait que le présent est toujours gros de l'avenir; il disait aussi que Dieu résout sans cesse ce problème : l'état d'une monade étant donné, déterminer l'état présent, passé et futur de l'univers.

IV.

- La monade est le premier principe de la composition des choses et le dernier élément dans l'analyse des substances. Il doit exister partout des monades, dit Leibnitz; car, sans substances simples il ne saurait y avoir de substances composées : toute la nature est donc pleine de vie. Lorsque, par un certain accord entre leur figure et dans le développement de leurs perceptions, les êtres simples se trouvent avoir des rapports intimes, ils peuvent concourir vers un but particulier qui leur est commun. Ce sont les agrégats de monades, agrégats qui diffèrent entre eux, se modifient sans cesse; ce sont les corps.

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Leibnitz ayant refusé l'étendue et la figure aux monades, dut par suite les refuser aux corps; car une collection de choses sans étendue ne saurait avoir d'étendue, une collection de choses sans figure ne saurait avoir de figure. Que sont donc l'étendàe et la figure? De simples apparences. Mais coinment une qualité qui ne se trouve pas dans les éléments se manifestet-elle dans la collection de ses éléments? La figure et l'étendue représentent que les parties d'un corps sont placées les unes hors des autres avec certains rapports de position, et Leibnitz assure que cela n'est pas en réalité. Nos apparences prouveraient seulement que nos perceptions, pour être ce qu'elles sont, ont besoin de supposer les objets placés dans des lieux différents. Dès lors l'harmonie générale, tout entière fondée sur la vérité des perceptions, serait une vaine fiction. Si la vérité des perceptions est infirmée par un côté, tout s'écroule; car, si l'on nie la vérité des perceptions par rapport à l'étendue, il faut la nier aussi par rapport aux existences extérieures : l'univers disparait, et l'âme reste seule avec ses fantômes. — Mais non; le moi n'existe dans la conscience qu'avec le toi, la certitude de l'extérieur se confond avec celle du personnel. La conscience simultanée du moi et du toi se produit par l'opposition de l'un à l'autre, par l'association de l'un avec l'autre; le moi et le toi se posent à part, au sein de la conscience, et cela même constitue la personnalité propre. Ce n'est donc pas le lieu qui est la condition de la perception extérieure, c'est au contraire la conscience de l'extériorité réelle qui est la condition du lieu. Le lieu existe par l'opposition même et l'existence, à part, du moi et du toi. C'est pourquoi, dire, dans la conscience, je suis; c'est dire il est, c'est dire je suis dans un lieu. La réalité de l'étendue se confond avec la réalité du moi. L'étendue est une forme de l'existence*.

Leibnitz parait nier gratuitement l'étendue, mais il avait bien ses raisons ; il ne savait pas que l'espace est avant tout le milieu des âmes, et dès lors il pouvait craindre de voir sa théorie envahie par le naturalisme de Lucrèce. — Nous dirons bien, avec lui, que les corps sont des phénomènes des monades ; mais après avoir posé dans les éléments la réalité de l'étendue, nous conclurons de cette réalité à celle des phénomènes et des choses.

* Pour Leibnitz le temps et l'espace, la durée et l'étendue n'étaient qu'une simple condition de nos perceptions, ou, comme dit Kant, une simple forme de la sensibilité. Quand on a bien compris la valeur de ceci, et que l'on a réfléchi sur les éléments du calcul infinitésimal, il est facile de comprendre comment Leibnitz, peut affirmer que les différentielles élevées à une puissance s'effacent devant les différentielles élevées à des puissances inférieures.

Lorsqu'à l'idée de Leibnitz sur le temps et sur l'espace l'on oppose une autre idée, l'on contracte, surtout en présence de la théorie des monades l'obligation de porter celte idée dans les éléments du calcul infinitésimal et de montrer ce qu'elle y devient. Toute doctrine philosophique qui n'a pas satisfait à cette condition n'a pas subi sa grande épreuve, el l'auteur de celle doctrine doit être considéré comme ne sachant pas le fin mot de ce qu'il dit. Et notez bien qu'il ne s'agit pas, ici, d'une épreuve en termes plus ou moins vagues, d'une épreuve renfermée dans quelques phrases qui superposent le mot infini au mot inlini; il s'agit d'une épreuve qui se traduise dans les formules infinitésimales ellesmêmes.

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L'homme est le type des organisations unitaires ; il n'est pas une de ses parties qui ne concoure à une même sin. Le corps humain est un agrégat de monades. La vie de cet ensemble est à l'unisson d'une monade dominante qui est l'âme humaine. Le corps et l'âme sont intimement liés ; il ne se passe rien dans l'âme sans que le corps n'y réponde; il ne se passe rien dans le corps sans que l'âme n'y réponde aussi. Leibnitz généralise, il pose le grand principe suivant : tout agrégat de monades se trouve en rapport avec une monade dominante qui le gouverne, le régit, à laquelle les autres sont subordonnées. – La. mort de ce système n'est qu'une transformation.

La monade est force par elle-même. Or, les déterminations d'un être qui est force libre n'appartiennent

Nous avions rédigé, pour satisfaire à celle condition, une note dans laquelle nous donnions la déduction immédiale de calcul infinitésimal que nous renfermons dans une formule nouvelle et plus étendue que les formules connues ; mais cette note est tellement longue que nous avons jugé à propos d'en faire l'objet d'une publication à part.

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