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apprenne tout ce qu'il doit à sa mère ; il ne lui doit pas seulement la vie, mais encore l'institution de l'intelligence qui vaut mieux que la vie. Parcourez l'histoire : elle nous montre que les hommes célèbres par leur grand caractère ont presque tous eu pour mère de ces femmes chastes et fortes, dans l'âme desquelles ils avaient trempé leur âme. Ces exemples sont surtout fréquents dans les premiers siècles du christianisme; et sans recourir à l'antiquité, il nous suffirait de regarder autour de nous..... Nous pourrions parler ici de cette madame Lætitia dont les Français ne devraient jamais prononcer le noin sans respect, non parce qu'elle fut par le sang la mère de leur Empereur, mais parce que ce fut elle, femme plus remarquable encore par son caractère que par sa beauté , qui couva la grande âme de son fils. Napoléon a dit: Je dois tout à ma mère!

Le moi et le toi, révélés par l'initiation , sont soustraits à l'imagination et aux sens : le moi et le toi qui se posent au sein de la conscience, en vertu de l'initiation qui franchit les organes, n'appartiennent pas à ces organes, n'appartiennent pas à la matière; c'est l'âme humaine qui s'est ainsi manifestée. De quelle façon l'homme complète-t-il son unité terrestre, son unité terrestre qui est âme et corps ? Dans l'homme la conscience pose deux êtres, l'âme et le corps; unais en même temps qu'elle les pose distincts, elle les pose dans une unité. Par quel acte nouveau cela s'accomplit-il ? Nous allons reconnaitre que cet acte exige que le moi se connaisse déjà comme substance spirituelle, en se distinguant d'une substance extérieure identique.

Lorsque l'enfant commence à devenir sensible aux impressions organiques, le jeu des organes s'exécuterait en lui sans lui s'il ne sentait pas qu'il sent. Si l'enfant s'identifiait toujours avec la sensation, il serait sensation dans toute la force du terme; il ne pourrait pas sentir qu'il sent. Pour qu'il aperçoive toutes ses manières d'ètre, il faut qu'au sein de la conscience un départ s'opère entre le moi qui sent le pâtir et le moi qui påtit; il faut que le moi actif se reconnaisse comme étant hors de la sensation. Ce moi qui se reconnait ainsi, c'est le moi spirituel , lequel s'est déjà posé dans la conscience. Ce moi, cette âme, qui sait déjà son amour et son activité , va distinguer la sensation organique dans laquelle il est purement passis. Mais son activité c'est lui; son amour c'est encore lui; et s'il a vu son activité et son amour, c'est qu'il les a distingués d'une activité et d'un amour hors de lui: maintenant il faut qu'il se sépare, qu'il sépare son activité de ses impressions organiques, de même qu'il a séparé son activité d'une activité extérieure. Si le moi n'avait pas auparavant reconnu son essence spirituelle en la distinguant d'une essence identique et extérieure,

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pourrait-il maintenant reconnaitre son corps en se reconnaissant lui-même hors de la sensation ? il ne le pourrait pas; car le moi peut s'approprier les sensations, de même qu'il s'approprie le sentiment des facultés. Le moi reconnaît son corps, il se reconnaît sensible aux impressions organiques, il sent qu'il sent, il sépare le moi passif du moi actif, par cela et par cela seul qu'il connait déjà le moi et le toi sans les sensations, qu'il sait déjà séparer le moi du toi. Il y a, ici, un achoppement, une nouvelle antithèse; et cette antithèse n’a lieu qu'autant qu'une autre antithèse, celle du moi et du toi spirituels, séparés quoique identiques, l'a précédée. L'achoppement que suppose Fichte est primitivement impossible.

Il reste à savoir comment le moi renferme l'âme et le corps dans une unité. Or, voici : Par cela même que la sensation n'est distincte qu'après que le moi actif s'est posé , quoiqu'il y eut auparavant impression organique, il peut arriver que ce moi s'efface, tandis que l'impression de plaisir ou de souffrance reste. C'est en effet ce qui a lieu lorsqu'une sensation est très vive; le moi s'abandonne alors tout entier à la sensation, le moi passe tout entier dans la sensation. La sensation peut donc être aussi le moi, de même que l'amour et l'activité; le moi s'approprie la sensation comme l'activité, parce que la conscience, une et permanente, résume, malgré leur opposition, l'activité préexistante et la sensation survenue à laquelle le moi s'est abandonné. La conscience une et permanente est ainsi le creuset de notre unité terrestre. La sensation se localise bientôt dans les organes, et cette unité devient la personne humaine tout entière. - Personne qui n'est pas indissoluble, et dans laquelle la chair périra, sans que l'esprit cesse de conserver son essence propre et sa vie.

son essence

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I est bien rare que l'intelligence considère avec calme le vrai, le bon et le beau. En présence de la vérité, de la vertu, de la beauté, la passion mêle toujours ses phénomènes aux phénomènes de l'intelligence. Sous le règne absolu d'une règle, la volonté n'aurait besoin d'aucun impératif pour agir moralement; ou plutôt la moralité n'existerait pas, l'action suffirait seule et le sentiment du devoir serait inutile. Mais les sentiments du cour compliquant toujours la vue de l'intelligence qu'ils éclairent ou obscurcissent, la vertu ne se définit point par la règle seule, mais aussi par la passion; elle n'est pas donnée par sa forme seule, mais aussi par l'attrait qu'elle exerce : et c'est en cela même que consiste son véritable empire.

Dès lors il faut rechercher l'élément primitif que

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