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âme sur le fait. Ici, l'observation a lieu spontanément. C'est l'observation la plus féconde ; indirecte en ce qu'elle ne s'exerce pas de propos délibéré, mais immédiate. Qui voudrait la nier, ne pénétrerait jamais profondément dans la science de l'âme.

Enfin, il est encore une autre observation. Elle consiste à recueillir un grand nombre de faits dans l'histoire et dans les voyages. L'on peut dire, par exemple, que le livre de Vico, sur la sagesse poétique, est un livre de psychologie. Ce mode d'observation est essentiel.

Les trois modes forment système ; pris ensemble, ils constituent les premiers éléments de la méthode psychologique.

Ajoutez l'abandon des maximes étroites et arbitraires, comme celle-ci : l'homme, dans son intelligence, ne relève que de soi ; l'homme porte en lui-même tout le sujet de ses expériences, etc., etc., ajoutez la ferme résolution d'adopter, malgré les préjugés contraires, toute conclusion qui paraîtra appuyée sur une observation exacte et sur une déduction rigoureuse, fûtelle de nature à renverser les notions admises sans examen sur la foi des autres : — Vous aurez toutes les prescriptions de la méthode.

Mais l'acte lui-même, l'acte d'observation? Quelles règles pour le diriger? Il n'en est aucune. Cet acte exige l'emploi très énergique de toutes les facultés de l'âme, et cet emploi dépend du génie individuel, des tendances de chacun, de ses inclinations, de ses affections, de tout lui-même et de toute sa vie.

Ce n'est pas encore assez pour découvrir la vérité. Que faut-il donc? Quelque chose que l'on ne possède jamais à l'avance et qu'on ne se donne pas : le pressentiment ! Il y a plus; et pour prendre un exemple, illustre dans un autre ordre de recherches, voyez Newton : Newton ne découvrit son fameux principe que parce qu'il y avait longtemps pensé ; c'est luimême qui l'a dit, et ces paroles ont un sens profond, ces paroles valent mieux que bien des traités sur la méthode. Le pressentiment sert de boussole aux longues pensées; mais d'après le témoignage de Newton, entre la pensée qui persévéra longtemps et la pensée finale qui donne la découverte elle-même, il y a solution de continuité. La découverte resplendit tout à coup dans un moment suprême, dans le dernier moment d'une crise intellectuelle par laquelle l'homme ne passe pas toujours impunément 1 — Cette histoire est solennelle, mais elle est très simple, et chacun de nous a pu la vérifier pour de bien petites choses. La méthode a-t-elle quelque chose à faire ici ? Hélas ! non.

Mais lorsque les découvertes sont accomplies, les préceptes de méthode psychologique, lesquels se résument, dit-on, dans la maxime de Socrate, ne suffisent-ils pas pour la vérification? La maxime de Socrate n'est-elle pas ainsi la devise de la science de l'âme? Pas davantage, et notre négation est contenue dans toutes les pages qui vont suivre.

Dans nos premières pages nous écrivons : avoir la conscience, signifie avoir la connaissance intime de

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ce qui est en nous; et nous ajoutons que cette connaissance implique une faculté, qui est la faculté de connaître élémentaire et primitive. C'est là tout ce que nous pouvons dire en commençant; mais bientôt le sens de ces mots se développe. Nous trouvons que dans tout phénomène intérieur la conscience reconnait le moi, et qu'il n'y a pas de moi sans le toi, sans le rapport entre le moi et le toi. Bientôt nous trouvons que le toi se rend intimement présent au moi, d'où résulte, dans un mystère, impénétrable mais nécessaire, d'initiation intérieure, toute l'intimité permanente ou variable de notre âme; intimité qui n'est plus le moi primitif et à l'état de nudité qui se reconnait dans chaque phénomène, mais le moi sans cesse accru, développé, qui rapporte à soi tous ses accroissements, tous ses développements. Cette intimité, c'est la conscience qui l'affirme, à mesure que l'homme progresse dans la vie. La conscience n'est donc pas seulement le moi qui se reconnait, mais encore le moi qui se connait (connaissance de l'intimité qu'il faut bien distinguer de la connaissance des opérations). La conscience est une faculté par laquelle l'âme approprié, affirme au moi et en toi, l'un et l'autre esprit et chair, cour et pensée, tout ce qui se développe intimement dans le moi, dans le toi, entre le moi et le toi; la conscience est un acte qui résume dans le moi ce qui est du moi, ce qui est du toi, ce qui est entre le moi et le toi , pour en former une unité; unité de laquelle l'âme est sans cesse en travail d'engendrement, et dont elle dit sans cesse à soi-même : voilà l'homme, et nous sommes cet homme! La conscience, faculté de connaître, est donc activité et réceptivité tout à la fois, et c'est pourquoi nous pourrons dire également : j'ai conscience , j'ai la conscience, j'ai dans ma conscience, etc. La conscience n'est pas seulement le travail d'appropriation et d'affirmation intime, elle est encore le trésor intime; trésor toujours un, bien qu'il grossisse sans cesse, dilaté par l'ardeur profonde du sentiment, par l'énergie persévérante de la volonté. Elle est encore une scène vivante, une arène où des élements divers sont quelquefois en lutte, au sein de leur unité, ce qui peut conduire l'une en face du néant; quelquefois en exaltation mutuelle , ce qui conduit l'âme en face de Dieu.

Eh bien ! nous le demandons : pour préparer un homme à la science de l'âme, suffit-il de lui ;dire; avec Socrate : connais-toi toi-même ? : Non , sans doute ; car la vraie science n'est pas que l'étude des opérations les mêmes chez tous; elle est surtout l'étude de l'intimité, l'histoire de la conscience. Or, cette conscience qu'il s'agit de scruter, il l'a faut posséder à un degré qu'il n'est pas donné d'atteindre à volonté : et bien loin que la méthode soit ici le secours efficace, il peut arriver qu'elle couvre ce qu'on possède, d'un voile impénétrable; qu'elle altère, par ses préceptes erronés, cet état de pureté mentale, cet état de naïveté si précieux, si nécessaire.

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Le premier précepte n'est donc pas le mot de Socrate. Avant de dire à un homme : connais-toi toimême, il faut qu'il en vaille la peine. Le premier précepte de la méthode psychologique est celui-ci : sois religieux. Plus tard, quand vous serez sûr d'être compris, vous ajouterez : souviens-toi que Dieu créa l'homme pour l'infinité.....

Quant à ceux qui réclament sur-le-champ, en se disant transcendentaux, la recherche d'une science absolue ; il faut leur répondre : à Dieu seul appartient une telle science ; à l'homme il n'est permis que d'y tendre sans cesse, avec le secours d'une double grâce, avec la grâce de Dieu et la grâce de l'humanité.

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