Images de page
PDF
ePub

malie. Ainsi donc vouloir condamner ou justifier l'esclavage, d'une manière absolue, ne signifie autre chose que vouloir s'arrêter exclusivement à l'un de ces deux momens, dans le développement des idées sociales, et méconnaître ce mouvement lui-même.

La famille primitive s'agrandit encore de la sorte par des esclaves achetés ou faits à la guerre. Mais si , avant l'admission de tous ces étrangers, elle avait pris un développement prononcé, ceux-ci ne pourront y apporter de modification sensible, et la société conservera ainsi les mêmes traits caractéristiques , seulement en proportions plus grandes, et par là même plus sévères.

Nous croyons qualifier exactement par la dénomination d'état patriarcal (1), la société indépen

(1) M. de Haller a le grand mérite d'avoir prouvé le premier, que la société humaine n'est pas le produit d'un calcul de l'intelligence, mais qu'elle résulte des besoins des hommes et de la nature des choses. Il a prouvé aussi que le terme État n'a aucune valeur essentielle, et que la société à laquelle cette dénomination est appliquée, ne se distingue que par les idées relatives d'une certaine étendue de frontières, d'un nombre plus considérable de membres, d'une indépendance plus grande des autres sociétés humaines moindres en proportions. Mais ce système de M. de Haller a une base très-circonscrite, puisqu'il n'a égard qu'à un seul genre de rapports sociaux, ceux qui proviennent de conventions particulières; et il n'aperçoit pas l'existence des relations sociales qui se forment indépendamment de toute espèce de convention ou de contrat, ou du moins il n'y attache aucune importance. D'un autre côté, M. de Haller a complétement perdu de vue, que quoique l'intelligence humaine de conçoive pas, aux degrés inférieurs de son développement, l'esprit des rapports

dante dans laquelle prédomine ce type de la famille primitive.

Aussi longtemps que les individus, qui composent la famille, sont réduits à pourvoir indiffé remment à tous leurs besoins, ils ne peuvent s'en acquitter que d'une manière très-imparfaite ; mais à mesure qu'elle s'agrandit et se complique, les diverses fonctions et industries sociales se séparent et se perfectionnent (1). Plus une profession est difficile et exige de temps pour être apprise (2), plus elle devient la propriété exclusive de ceux qui s'y vouent. Et comme chaque profession peut devenir une source de bien-être et d'honneur, ceux qui y sont passés maîtres, communiquent leur savoir de préférence à leurs proches, pour leur en assurer les avantages. Si les individus ayant la même vo

sociaux, c'est toujours elle qui est, du moins instinctivement, la cause de leur formation logique. Et si l'homme n'a pas, de tout temps, la conscience de cette logique, il l'acquiert avec le développement de son intelligence. Dès-lors les rapports sociaux se présentent à lui objectivement, et il reconnait un but social qui lui était resté caché, aussi longtemps qu'il ne l'avait pas compris. — Mais quelle que soit la gravité de ces objections qu'on est en droit de faire au système de M. de Haller, toujours est-il certain, qu'il a expliqué un des côtés de la société humaine qui était resté inaperçu jusqu'à lui, et qu'à ce titre la science lui est redevable d'un véritable progrès.

(1) « Bei steigender Cultur namlich sondern sich alle Thätigkeiten des Volkes immer mehr, und was sonst gemeinschaftlich betrieben wurde, fällt jetzt einzeln Standen anheim. » (Vom Beruf unserer Zeit für Gesetzgebung und Rechtswissenschaft, v. Savigny, S. 12.)

(2) Die Zünfte wurden noch tief ins Mittelalter herein in Venedig Scholæ genannt. » ( Leo, Geschichte der Italien Staaten, t. m. s. 5.)

cation conservent entre eux des relations sur les objets d’un intérêt commun, il se formera des corporations ou des castes qui se dessineront plus for. tement à mesure que les proportions de la société grandissent.

$ II. – De la république.

En suivant le développement de la famille primitive, nous avons eu l'occasion d'indiquer, à plus d'une reprise, la tendance extrême que le droit personnel est susceptible de prendre.

Mais le droit personnel ne saurait se maintenir dans une signification aussi'abstraite, en se séparant complétement du côté de la nature humaine qui lui est opposé, côté dont nous avons indiqué l'existence, sous le nom de liberté.

L'existence de ce côté se manifeste dans l'homme, par la tendance à acquérir un certain degré d'indépendance pour sa personne et pour les objets nécessaires à sa subsistance. - Et lors même que cette disposition de la nature humaine serait comprimée, elle ne pourrait néanmoio's être entièrement étouffée; c'est pourquoi la société, que nous avons désignée sous le nom d'État patriarcal, ne parvient jamais à réaliser, dans toute leur rigidité, les conséquences qui découlent d'un droit person nel extrême. - L'autorité fondée sur le droit ne

saurait ainsi exister en réalité dans toute sa pureté abstraite (1). L'esclave même possède une certaine liberté d'action, par l'impossibilité où son maître se trouve de suivre ou de déterminer d'avance tous ses mouvemens. Et nous avons déjà fait observer, que l'autorité se fractionnait à un certain degré dans l'État patriarcal, puisque le chef supérieur était forcé, par la nature des choses , d'en abandonner

(1) On fait généralement un usage fort impropre du terme autorité absolue. L'absolu signifie, en philosophie, le contraire du relatif, et elle n'a pas de problème plus élevé à résoudre que celui d'expliquer la nature de l'absolu. La qualification d'absolue, appliquée à l'autorité, signifierait donc que celle-ci a son origine en elle-même, qu'elle est portée par sa propre substance. Un tel sens ne pourrait cependant y être attaché que par celui qui reconnaîtrait qu'il y a identité entre l'autorité et le droit, entre le droit et l'intelligence humaine, et identité entre celle-ci et l'absolu, puisque, dans ce cas, ces différentes idées d'autorité, de droit et d'intelligence, étant la conséquence ou le produit l'une de l'autre, ne seraient que différens degrés ou différens momens du même mouvement dialectique. — Mais telle ne saurait être l'intention des adversaires de l'autorité fondée sur le droit; et par l'expression d'autorité absolue, ils ne peuvent vouloir dire autre chose, qu'autorité abstraite : en effet, lorsqu'on a uniquement égard à l'autorité, on fait abstraction de l'autre côté de la nature humaine, qu'on nomme liberté.

Conformément aux idées de la philosophie chrétienne, Dieu est l'absolu, dont émanent toutes les créations, au nombre desquelles se trouve l'homme doué d'intelligence. Cette intelligence étant la source du droit, et le droit la base de l'autorité, il a été conforme à la religion chrétienne de considérer l'autorité fondée sur le droit, comme émanant de la Divinité, comme conférée par la grâce de Dieu. Cette expression, par la grâce de Dieu, ne peut signifier ainsi, que l'autorité du souverain lui ait été transmise visiblement par l'Etre Suprême, comme les zélés mais imprévoyans partisans des Stuarts l'ont supposé; elle indique seulement la base indépendante de l'autorité fondée sur le droit, par opposition à l'autorité démocratique, qui ne remonte pas plus haut qu'au libre-arbitre de l'homme, comme nous allons le montrer immédiatement.

une partie aux pères de famille qui se trouvaient dans sa dépendance. — Le droit personnel d'ailleurs se relâche, dans la réalité, non-seulement à l'égard des personnes, mais aussi à l'égard des choses; car si le maître a droit à tout ce que le travail de l'esclave produit, cependant un sentiment d'humanité ne lui permet pas de se prévaloir rigoureusement de ce droit extrême, et c'est ainsi que l'esclave a de tout temps possédé un pécule.

Néanmoins si, contrairement à la nature des choses, le chef supérieur s'efforçait de maintenir le droit personnel dans toute sa rigueur; si la liberté individuelle était entièrement comprimée dans la société, il s'y ferait sentir un malaise, qui se manifesterait de différentes manières. Et s'il en résultait enfin une réaction, elle tournerait contre la cause de l'oppression — l'autorité , - qui se trouvera ébranlée dans sa base ou renversée; et la liberté, qui aura produit cette réaction, pourrait dès lors se manifester sans opposition. ;

C'est aiņsi que l'autorité provenant du droit, et le droit étant un produit de la volonté humaine, essentiellement libre, à cause de son essence spirituelle , l'autorité est d'origine identique avec la liberté; et c'est pourquoi, voulant détruire toute liberté, elle se détruit elle-même. — Nous allons examiner maintenant les conséquences qui résul

« PrécédentContinuer »