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extérieure. Mais l'individu faisant le dernier anneau de cette chaîne, devient un centre , où peuvent se rencontrer aussi les sentimens de tous les membres de la société. C'est lui qui étend sa protection et ses bienfaits sur tous; tous lui doivent un sentiment de piété pour le bon usage qu'il fait de sa puissance et pour le mal dont il s'abstient, les souvenirs de la gloire et des grandeurs de l'État se rattachent à lui, de même que les espérances d'une prospérité future.

Nous avons vu que le chef de la famille primitive en est également le pontife; et aussi longtemps que lui et ses successeurs restent en possession de leur autorité, ou qu'aucune autre religion ne s'introduit dans l'État, ils conservent nécessairement la même suprématie spirituelle , malgré le développement que prend la famille. Lorsque le souverain, de temps immémorial , est chef légitime de l'Église , le caractère sacré dont il est revêtu ainsi, peut devenir un des liens les plus forts qui l'attachent à ses sujets.

Il existe encore dans l'État un autre lien d'une nature particulière, qui cependant ne se retrouve pas dans la famille, c'est le serment. Le père de famille ne peut vouloir l'exiger de ses enfans, puisque aucun d'eux ne se trouve dans le cas de lui contester son pouvoir. Dans la société agrandie,

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au contraire, l'existence de l'autorité est plus facilement compromise , et ceux qui l'exercent peuvent vouloir en assurer la durée au moyen d'un engagement solennel.

Mais, de même que toute autre promesse, le serment est du domaine philosophique de la morale, en sorte qu'il ne saurait pous appartenir d'en examiner la nature en ce lieu.

Le noyau solide d'une succession régulière à l'exercice de l'autorité souveraine manque dans la république, à mesure qu'elle se rapproche de la pureté démocratique, puisque, dans ce cas, aucune institution ne saurait s'y consolider indépendamment de la volonté de la corporation souveraine. Mais une telle succession ne pouvant avoir lieu dans la république, cette institution est remplacée par une autre, la loi fondamentale qui détermine la manière dont la corporation souveraine se complète, soit par l'admission de tous ses membres majeurs, soit par les pères de famille seuls, ou à d'autres conditions de plus en plus restrictives.

D'un autre côté, les liens du sentiment, qui unissent les membres de l'État avec leur chef, lorsque celui-ci est une personne réelle, doivent subir une grande altération, lorsque l'autorité souveraine est exercée par ce qu'on nomme une personne morale, une corporation. Car les membres de la corporation souveraine peuvent bien se trouver individuellement en rapport de sentiment direct avec les individus qui sont dans leur dépendance, mais non la corporation dans sa totalité. Il s'ensuit, que dès qu'il y a dans la république d'autres sujets que les familles des membres de la corporation souveraine, leur dépendance devient d'autant plus onéreuse qu'il n'existe pas de sentiment qui puisse en alléger le poids. Cette circonstance oblige les membres souverains de la république de s'unir plus étroitement entre eux, et de recourir à la terreur, pour maintenir leurs sujets dans une soumission qui leur pèse. Il s'ensuit, qu’une éducation inspirant aux citoyens un dévouement sans bornes pour la république, et une sévérité excessive envers leurs sujets , deviennent les conditions de la durée de cette forme sociale.

C'est ainsi que l'amour du prochain est le lien du sentiment le plus général parmi les hommes. La nationalité embrasse un cercle plus étroit, et ne comprend, originairement du moins, que les individus soumis aux mêmes influences physiques et morales. Les liens de famille enfin ne s'étendent qu'à ceux avec qui on se trouve dans les rapports les plus intimes.

Cette source vive du sentiment, où l'esprit et la matière sont en fusion, découle de la nature intime de l'homme, et s'épanche sur ses rapports avec la société dans laquelle il se trouve, en identifiantainsi les individus à la totalité. Les rapports sociaux qui se trouvent pénétrés de cet élément, s'animent de la vie des êtres organiques, en sorte qu'on peut nommer organisme social l'ensemble de ces rapports dans une société spéciale.

La société en général existe avant l'individu; plus tard les hommes qui la composent, peuvent se séparer et former, à leur tour, de nouvelles réunions. — Mais quoiqu'il dépende de leur volonté de former une réunion , ils n'en peuvent déterminer que les rapports rationnels, et non ceux qui sont fondés sur le sentiment. Car les rapports sociaux organiques, ainsi que tout autre organisme, sont un produit de la nature et non de la raison humaine. — Cependant des rapports sociaux uniquement rationnels peuvent se transformer en rapports organiques, si le principe vivifiant de la confiance et du sentiment venait à les animer. Comme production de la nature, chaque organisme social est un tout complet en lui-même, qui ne saurait être apprécié par comparaison avec des organismes pareils , dont l'existence se lie à d'autres conditions (1)

(1) « Was auf der höchsten Stufe der Entwickelung oder Blüthe eines Pflanzen-Thier-Menschen oder Völker-Individuums schôn oder

Mais si l'homme est incapable de créer, il peut détruire tout corps organique. L'injustice, ou les actions qui blessent ou révoltent le sentiment, menacent l'organisme social dans son existence même, en tarissant la source vive qui le féconde. Cependant, de même que tout autre corps organique, l'organisme social ne périt pasparsuitedechaque lésion. Mais ces atteintes, en se renouvelant, le minent imperceptiblement : peu à peu les sentimens qui ont de la généralité disparaissent, et se trouvent remplacés par des sentimens égoïstes d'intérêt personnel, d'amour-propre et de vanité. Alors rien de vital ne lie plus les hommes, et ils ne tiennent ensemble que par un lien mécanique, la force des circonstances, ou celle de l'habitude.

Mais ce lien mécanique devient pénible aux hommes dès que le milieu du sentiment n'en mitige plus la dureté. Lorsque l'union intime que produit le sentiment n'existe plus, les moyens extérieurs peuvent seuls conserver une unité, qui n'est plus qu'extérieure. L'autorité souveraine y aura nécessairement recours, mais cet emploi de la force devenant oppressif aux individus qui composent l'État, ils s'efforceront de secouer ce joug

hässlich sei, ist nur subjectiv-menschliches Gefühl, menschlich beschränkte Ansicht. » (Die Systeme der praktischen Politik im Aberdlande v. H. Vollgraff, T. I, S. 16.)

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