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par tous les moyens en leur pouvoir, et c'est ainsi que les révolutions et les émeutes agiteront sans cesse la société matérialisée.

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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

C'est ainsi que nous avons vu s'expliquer, par le simple mouvement dialectique de l'idée du droit, les différens rapports qui se forment dans la société humaine.

Nous avons donné le nom de Philosophie du droit à ce système scientifique, parce qu'il n'est autre chose que le développement philosophique de la même idée du droit.

Cependant il résulte de ce que nous avons dit au chapitre précédent, que quoique le droit soit la base générale des rapports sociaux, les motifs de la religion et de la morale donnent aussi lieu à des rapports d'homme à homme. Mais l'influence de ces deux motifs n'est que partielle, l'homme étant libre de s'y soustraire, ce qui n'existe pas à l'égard du droit , dont l'observation peut lui être imposée forcément. Ainsi donc la seule base sur laquelle

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un système de rapports sociaux puisse être élevé, est celle du droit, puisque les autres motifs que nous avons indiqués n'ont d'effet que sur l'individualité de l'homme, et ne peuvent même servir de base à l'établissement régulier de rapports sociaux.

- Et c'est ce qui justifie le second titre de cet ouvrage, car nous croyons avoir expliqué ces rapports en les présentant sous le point de vue du droit , puisque les autres motifs de religion et de morale, tout en exerçant l'influence la plus bienfaisante sur les relations sociales, n'arrivent qu'indirectement à cet effet , ayant uniquement rapport à l'individualité de l'homme.

Ces motifs étant différens de celui du droit, il appartient aussi à une autre science de s'en occuper. Car en confondant les limites des sciences, on n'en augmente pas l'étendue, mais on les défigure au contraire, comme le fait observer Kant.

Par la même raison nous n'avons pas entrepris la déduction métaphysique des différentes faces ou modalités du principe spirituel, qui ont paru dans le courant de cet ouvrage , sous le nom de volonté, d'intelligence ou de liberté, n'ayant à nous occuper que de la combinaison de ces manifestations de la même espèce spirituelle avec la matière , et non à les considérer en elles-mêmes.

La combinaison de l'esprit avec la matière, dans

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le sens particulier qui constitue l'idée du droit, s'est d'abord présentée à nous au chapitre i sous un double point de vue, comme droit personnel et comme droit réel, et nous avons examiné au chapitre ni les variations de ce dernier.

L'identité du principe spirituel dans tout individu humain étant reconnue, l'idée du droit en acquiert un nouveau degré de développement, et ce développement apparaissant comme une autre idée, elle reçoit le nom de justice. Nous avons considéré au chapitre i la justice d'abord comme idée subjective, ensuite comme idée objective ou réalisée, et nous en avons suivi les deux côtés' abstraits, qui nous ont ramené à la totalité de l'idée.

Son développement ultérieur a donné pour résultat, au chapitre iv, d'abord la punition du mal par le mal , puis la rétribution du bien par le bien.

Après avoir suivi ainsi le développement de l'une des modalités du droit, nous avons entrepris la même tâche à l'égard de l'autre, celle qui constitue le droit personnel. Nous avons vu au chapitre v que le droit personnel produit une altération apparente dans le principe spirituel lui-même, en y introduisant une inégalité extérieure qui se manifeste, d'un côté, comme autorité , de l'autre , comme dépendance.

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En suivant le droit personnel jusqu'à ses dernières conséquences, au chapitre vi, nous avons dù nous convaincre que, de cette manière, on fait abstraction d'un des côtés essentiels de la nature humaine, de celui qui se nomme la liberté. Nous avons été forcé alors de remonter à la source du droit , le principe spirituel , afin de trouver dans cette cause première de toute manifestation humaine l'origine de cet autre élément social. C'est ainsi qu'on a vu s'élever un nouveau système formant l'exacte contre-partie du premier. Pour que l'apparence d'inégalité qu'avait prise le principe spirituel fût ramenée à une égalité apparente représentant son égale valeur spirituelle, la cause de cette inégalité, le droit réel , a dû être détruit. Mais les hommes ayant toujours les mêmes besoins, ne pourront se passer des objets nécessaires à leur existence ; seulement, au lieu de les occuper individuellement, ils ne les occuperont plus qu'en commun. Cependant, quand mêrne le principe spirituel des hommes s'identifiant en une seule volonté, exercerait en toute liberté sa domination sur la matière ou les objets qui appartiennent à la société, il rencontrerait des bornes dans les limites extérieures de la société elle-même. Et c'est ainsi que nous y retrouverions l'idée du droit; toutefois, au lieu de droits individuels, nous aurions un droit général dont le principe spirituel se composerait de toutes les volontés de la société réunies en une seule, et dont le principe matériel consisterait dans l'ensemble de tous les objets appartenant à la société. Mais , dans l'état patriarcal, nous avons aussi vu un droit général se développer du droit individuel, puisque toutes les volontés y sont soumises à une seule, et que cette volonté s'étend également à toute propriété de l'État. — En sorte que deux genres de droit général se trouveraient en présence, comme expressions extrêmes des deux côtés de la nature humaine. · Cependant chaque extrême , pris dans son isolement, est également contraire à la nature humaine, puisque également il y est fait abstraction de l'individualité de l'homme, tandis que celui-ci néanmoins n'existe que comme individu en réalité. C'est pourquoi ces extrêmes se rapprochent, d'abord d'une manière partielle, ensuite d'une manière générale, comme on l'a vu au chapitre vi.

Mais cette réconciliation des deux systèmes, qui représentent, l'un l'élément de l'autorité, l'autre celui de la liberté, ne peut s'accomplir d'une manière durable que si chacun des deux trouve une sphère où il puisse maintenir sa prépondérance. Le droit réel présente une sphère pareille à l'élément de la liberté, puisque l'égalité essentielle du

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