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raient jamais arriver à une conclusion satisfaisante.

Comme parmi les délits que nous avons distingués il en est qui portent atteinte à la digníté morale de l'homme, la peine qui y correspond, et qu'on nomme peine infamante, consiste aussi dans la dégradation et l'avilissement de sa propre dignité.

Viennent ensuite, dans le même ordre que les délits , les peines contre la personne, puis celles contre la propriété. Les peines contre la personne peuvent consister dans la mutilation, dans la restriction de la liberté par différens genres de contrainte, et dans l'expulsion du coupable de la société. La mutilation est admise dans les législations qui ont principalement en vue la terreur comme motif accessoire; mais celles qui prennent en considération l'amélioration morale du coupable recourent aux emprisonnemens, l'expérience ayant démontré que la réclusion produit assez fréquemment ce bienfaisant résultat.

Les peines contre la propriété seraient moindres que celles contre la personne, si les unes et les autres étaient également ou temporaires ou irrévocables. Mais comme les peines personnelles consistant dans la réclusion peuvent être passagères, tandis que la confiscation du bien et les amendes sont d'ordinaire irrévocables, ces dernières devien

au

nent, dans bien des cas, plus onéreuses qu'une simple réclusion; aussi la valeur réciproque des peines dépend-elle plutôt du degré de leur élévation que de la différence de leurs genres.

Les diverses peines que nous venons d'énumérer, sont motivées par des délits commis avec discerneinent et connaissance de cause. Mais il y a des violences qui arrivent par suile d'imprévoyance, de négligence, ou de défaut de discernement. Le tort ainsi fait au droit d'autrui autoriserait néanmoins à agir comme plus haut à l'égard de celui qui aurait causé le dommage. Et l'expérience ayant constaté que cette manière d'agir occasionnerait la destruction des propriétés on leur porterait dommage, il devenait indifférent à l'individu ayant provoqué la rétorsion qu'elle s'accomplît effectivement, ou qu'on lui ôtât simplement une partie de sa propriété pour indemniser la partie lésée; c'est ainsi qu'un dédommagement en faveur de celui qui a souffert par la négligence d'un autre se trouve motivé.

En outre des rétorsions provoquées par les violences de tout genre exercées à l'égard d'autrui, il existe encore une rétorsion de nature particulière : c'est celle qui consiste à témoigner à l'individu le même mépris pour sa dignité morale, que celui dont il fait preuve par ses propres actions. Si l'individu ne savait pas résister aux irritations de la chair, et se laissait entraîner à des vices contraires à la nature en souillant la pureté des relations de famille, ces vices prouveraient l'asservissement de l'esprit à la matière. Et si l'esprit, en prenant du développement, ne se relevait pas de cet abaissement; si l'individu n'acquérait pas le sentiment de sa dignité et restait livré à la domination de la matière, la société sentirait la dignité humaine outragée par cette dégradation d'un de ses membres, et témoignerait au coupable, par quelque peine honteuse, le mépris qu'il manifeste lui-même pour sa personne.

S III. – Des Distinctions et des Priviléges.

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Le fait que l'intelligence est identique en principe dans tout être humain, a produit la peine. comme une de ses conséquences. Mais une conséquence ultérieure peut en être déduite encore. Non-seulement l'homme ne saurait contester à ses semblables la faculté de suivre les principes qu'il aurait adoptés lui-même, — degré de développement de la justice qui constitue la base du droit pénal,- mais il s'attend même que sa manière d'agir provoque, de la part des autres, des procédés analogues à son égard.

C'est ainsi qu'en prêtant son assistance à ses

semblables, il s'attend qu'ils agissent de même envers lui; c'est ainsi qu'en exposant sa vie pour la société dont il fait partie, ou ayant bien mérité d'elle par une action quelconque, il prétend que son mérite soit reconnu et rémunéré (1).

Cette rémunération peut consister en avantages matériels, tels que biens ou propriétés de tout genre; mais comme ceux-ci sont limités de leur nature, et se trouveraient bientôt épuisés, les hommes ont imaginé d'y suppléer par des distinctions honorifiques, consistant en signes extérieurs ou en titres particuliers.

Ces distinctions ont été souvent décriées, parce qu'elles mettent en jeu une des faiblesses de la nature humaine, la vanité; et d'un autre côté, il y

a des publicistes qui les ont défendues en les asi similant aux droits : dans l'un et l'autre cas, leur véritable nature a été méconnue.

Elles n'ont rien de commun avec la nature du droit, puisque s'il en était ainsi, on pourrait se les approprier par première occupation, de même que tout autre objet du droit. Mais dans ce cas,

(1) « Wenn nun Tugend im Staate nicht als Tugend belohnt wird, weil dies undenkbar ist, so geht das Recht des Staates zu belohnen nur auf Verdienste, welche der Bürger durch Kunst und Geschicklichkeit, mag sie nun aus Tugend oder andern Beweggründen entstanden seyn, sich erworben. » (Das philosophische Strafrecht v. H. Richter.)

elles perdraient toute valeur, et cesseraient d'être une distinction.

Comme nous l'avons déjà dit, les distinctions publiques n'ont, de même que les peines, d'autre base que le principe de la rétribution; seulement elles rendent en bien ce que les peines rendent en mal. Mais comme il y a des motifs accessoires qui influent sur la peine, il y a aussi de ces motifs en rapport avec les distinctions publiques. Leur véritable caractère consiste dans la rémunération et l'encouragement au bien ; et elles sont ainsi calculées à produire de l'effet sur les sentimens les plus élevés de la nature humaine; mais il se pourra alors que leur action sur ces sentimens en excite d'autres tels que la vanité.

Il est certain néanmoins que le but des distinctions publiques serait manqué, si elles donnaient naissance à l'orgueil et à l'arrogance, qui, d'un autre côté, produiraient l'envie et la haine, puisqu'au lieu d'émulation, elles auraient ainsi introduit dans la société un principe de division.

L'encouragement que les actions bonnes ou utiies rencontrent dans la société humaine, peut être également accordé aux différentes directions que prend l'esprit de l'homme , pour satisfaire à ses besoins intellectuels et matériels. Cet encouragement a lieu, si les avantages matériels qui

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