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je ne trouve pas un brillant éclat de pureté, et, soit dit en passant, ni de justice ni de sagesse de législateur. Son premier devoir était d'observer la loi qu'il dictait, de ne pas dépasser les limites qu'il posait aux autres.

Muhti. En sa qualité de prophète, séid Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui! avait des priviléges que n'a pas le reste des hommes.

PRÊTRE. Les priviléges que Dieu accorde à un prophète, c'est d'être plus saint que ceux qu'il doit instruire et édifier.

Muhti. Mendjet (cela est juste ).

Cadi. Dieu dit expressément (sourate les Confédérés, v. 49) qu'il est permis au prophète d'épouser les femmes qu'il voudra; que c'est une prérogative qu'il n'accorde pas aux autres croyants.

PRÊTRE. Nous l'avons dit : ce ne sont pas des priviléges de libertinage que Dieu accorde à ses prophètes. Au contenu de ce verset, vous pouvez en reconnaitre l'origine.

MUPHTI. Nous verrons ce qu'en disent les com mentateurs.

Cadi. Ce serait du temps perdu... (Ouara) C'est dur.

PRÊTRE. Ce n'est pas tout. La conduite peu édifiante du prophète excitait les murmures du public. Sid Mahomet, pour imposer le respect envers sa personne, fait intervenir cet autre verset qu'il suppose : Dieu et les anges sont propices au prophète; croyants, prononcez son nom avec salutation (ibid., 56). De là l'usage parmi vous de ne jamais prononcer le nom de sid Mahomet sans ajouter : Que la bénédiction et le salut de Dieu

صلی الله عليه وسلم ! soient sur lui

Muphri. Oh! oh! babas.
Le cadi allume sa pipe et réfléchit.

PRÊTRE. Ce n'est pas tout : comme les femmes elles-mêmes manifestaient leur mauvaise humeur, et exprimaient la crainte de voir leur nombre s'accroître indéfiniment, sid Mahomet, pour les rassurer, fit descendre du ciel un verset contradictoire au verset 43 (ibid.): Il ne t'est pas permis de prendre d'autres femmes, ni d'échanger celles que tu as, contre d'autres, quand bien même leur beauté te charmerait (ibid., 52).

Ce n'est pas tout : sid Mahomet, pour comprimer le mécontentement de ses femmes, leur ôter toute ressource de pouvoir penser à d'autres, leur enlever même le droit de divorce, imagina ce verset : O croyants, n'entrez point sans permission dans la maison du prophète ; rendezvous-y lorsque vous y aurez été invités ; sortez après le repas, ne prolongez pas vos entretiens, vous l'offenseriez; il rougirait de vous le dire, mais Dieu ne rougit pas de la vérité. N'épousez jamais ses femmes, veuves ou répudiées. Ce serait grave aux yeux de Dieu (ibid., 53). Peut-être, Messieurs, comprendrez-vous.

Le cadi et le muphti se regardent l'un l'autre, ne sachant que répondre.

PRÊTRE. Admirons encore la vertu et la véracité de sid Mahomet : étant allé un jour chez Zeid, son fils adoptif, il fut épris de la beauté

de la femme de ce dernier. Quand Zeid rentra chez lui, son épouse lui raconta la visite du pieux prophète et les sentiments qu'il avait manifestés; Zeid crut sage de céder sa femme à son bienfaiteur, et s'empressa de la répudier. Sid Mahomet, en épousant la femme d'un fils adoptif, est allé contre l'usage qui avait force de loi. Le peuple murmure; mais comme la révélation est à ses ordres, il réclame du ciel un verset pour imposer silence : Tu cachais dans ton cæur ce que Dieu devait mettre au grand jour; il était cependant plus juste de craindre Dieu ; mais une fois que Zeid a pris le parti de répudier sa femme, nous l'avons unie à toi par le mariage', afin que ce ne soit pas un crime pour les croyants d'épouser les femmes de leurs fils adoptifs, après leur répudiation. Ce que Dieu décide s'accomplit (ibid., 37.).

Cadi. Mais si nous suivions ton raisonnement, à quoi se réduirait notre Koran; tu le supposes venir de l'homme, et de l'homme passionné, et nullement de Dieu.

PRÊTRE. Je ne suppose rien; je dis ce qui est , ce que vous lisez aussi bien que moi. Je n'ai pas la responsabilité des conséquencès.

Muhti. Mais à part les passages que tu viens de citer, je n'en vois pas d'autres auxquels la faiblesse des fils d'Adam ait présidé.

PRÊTRE. Passons à la sourate la Défense, et admirons la révélation des premiers versets. Les avez-vous présents ?

Mupati. Oui. O prophète ! pourquoi défends-lu

ce que Dieu a permis ?... Dieu est clément et miséricordieux; il vous a permis de délier vos serments. Dieu est prudent et sage ( v. 12).

PRÊTRE. Savez-vous à quels serments ces versets font allusion?

Cadi. Je vais te le dire. Séidna Mahomet avait passé avec Marie la Copte une nuit qui était réservée à Hafsa. Celle-ci s'en plaignit amèrement au prophète, qui lui jura de rompre avec Marie. Les deux versets furent révélés au prophète pour le délier de son serment.

PRÊTRE. D'après ce que tu dis, votre prophète aurait encore écouté ses faiblesses; Dieu serait intervenu dans ses tripotages de femmes; est-ce digne de Dieu? Il serait intervenu, non pour rétablir l'ordre, mais pour favoriser les faiblesses du glorieux prophète, au mépris de la chose la plus sacrée, la foi des serments! Non, vous ne le croyez pas.

Mupiti. Dieu est prudent et sage : ce sont les paroles qui terminent le verset révélé; ce doit être aussi là toute notre réponse.

PRÊTRE. Subhhanou! (loin de Dieu tout blasphème!)

La prétendue révélation prête à Dieu une petitesse, une folie; enfin la coopération au mal. Invoquer la sagesse de Dieu pour justifier cet outrage, c'est vouloir justifier une impiété par une impiété. Et de tels versets viendraient de Dien! Comprendrez-vous enfin ?

Cadi. C'est assez, c'est assez.
Mupiti. Le cadi ne veut pas commettre une

impolitesse, il suppose que le babas a tout dit. · PRÊTRE. Le Koran, dans ses cent vingt-deux sourates, a six mille quatre cent soixante-seize versets; et nous n'en avons parcouru que quelques-uns. Que ne reste-t-il pas à dire! Continuons si vous voulez bien. Passons aux versets 4,5 de la même sourate. Vous n'avez pas oublié la conduite de Hafsa dans le mécontentement dont nous avons parlé plus haut; elle fit part de ses peines de ménage à Aïcha, autre femme de sid Mahomet. Le prophète apprit par Aïcha l'indiscrétion de Hafsa. Il fallut donc une révélation pour arrêter le caquet de ces femmes; la voici : Un jour le prophète communiqua certains secrets à une de ses femmes; celle-ci en fit part à une autre. Dieu le fit savoir au prophète..... et quand le prophète reprocha à cette femme son indiscrétion, elle lui demanda : qui t'a instruit de cela ? C'est le savant, celui qui sait tout, répondit le prophète. Si vous revenez à Dieu (s'adressant à Hafsa et à Aïcha), car vos cæurs ont dévié, Dieu vous pardonnera; mais si vous complotez toutes deux contre le prophète, vous saurez que Dieu est son protecteur; que l'ange Gabriel, que tout étre juste parmi les croyants et les génies lui préteront assistance (v. 3, 4).

Jugez, Messieurs, de la révélation..... Mais ne soyez pas scandalisés de la réponse à Hafsa, c'est le savant, celui qui sait tout. Ce n'est là qu'un tout petit mensonge du prophète. D'ailleurs, vous le voyez bien, l'ange Gabriel, tous les anges sont à son service. Le Borak, à la tête de femme, au corps de cheval, à la queue de paon, ne lui fera

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