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En vérité, tu es bien différente de nos femmes, je pourrais ajouter, et de nos hommes.

§ II. SOEUR. Ja Sidi, excuse ma franchise, c'est à tort que vous blâmez vos femmes; la femme chez vous est ce que vous la faites; par suite, hommes, vous êtes ce que la femme vous fait.

Mupiti. Ton langage est nouveau. Explique ta pensée.

SOEUR. Quelle est chez vous l'éducation de la femme? Que faites-vous pour cultiver son intelligence ? Rien. Que faites-vous pour ennoblir son coeur et en diriger les sentiments ? Rien. Quels principes religieux lui donnez-vous ? Elle va souvent au bain, jamais à la mosquée I. Vous croyez avoir tout fait pour l'éducation de la femme, quand vous l'avez engraissée de couscous avant son mariage 2

Mupati. Continue.

SOEUR. La femme se venge de votre ingratitude sans vouloir le faire.

MUpHti. Comment? · SOEUR. Auprès de qui restent les enfants, pendant les six, les huit, les dix premières années

(1) La place des femmes dans la mosquée est une tribune avec des jalousies. Elles n'y vont qu'à un certain âge, trèsrarement et en très-petit nombre. La femme musulmane prie d'ailleurs peu chez elle.

(2) Pour donner de l'embonpoint aux filles nubiles, on leur fait prendre jusqu'à satiété du couscous et autres pâtes, à peu près de la même manière qu'on engraisse les oies en Europe. de leur vie? Auprès de la mère. Que peut leur enseigner cette mère, qui ne sait rien elle-même ? Quels sentiments peut-elle leur inspirer, elle qui en a si peu? C'est comme la gazelle auprès de ses petits : du lait, de la nourriture matérielle, voilà tout ce qu'elle peut leur donner. Quelquefois, et trop souvent, c'est auprès de la mère que les enfants trouvent de funestes apprentissages. Cependant les sentiments qui se sucent avec le lait, sont les plus durables.

MUPHTI. Je suis muphti, tu n'es qu'une femme, et je ne puis m'empêcher d'avouer la justesse et la supériorité de ton langage. Est-ce que chez vous toutes les femmes sont comme toi ?

Soeur. Je ne suis qu'une simple sæur de la charité, la servante des pauvres; que Dieu ait pitié de moi! Nous parlons de la femme mariée ; eh bien, par l'effet de l'éducation de l'Évangile, la femme chez nous est comme un ange dans la maison. Son caur a la blancheur du lait qui jaillit de son sein , sa parole est comme un rayon de miel, qui tombe goutte à goutte dans le coeur de son enfant. La mère fait aimer la vertu avant de la faire connaître. A son école, les domestiques deviennent meilleurs. Le mari est-il de mauvaise humeur, une parole de sa femme suffit pour ré. tablir le calme dans sa tête et dans son âme; estil embarrassé au milieu des affaires, l'épouse devient son aide et souvent son conseil, car elle est instruite. Ainsi, dans la maison, l'homme est la tête qui dirige, le bras qui protége; la femme, l'âme qui vivifie et console.

Mupati. C'est beau! les femmes qui nous sont promises dans le paradis, ne sont pas plus parfaites. Chez nous la femme est ignorante , il est vrai, mais elle n'est pas aussi mauvaise qu'on pourrait le croire. Elle n'ose pas faire la méchante, car elle sait que nous avons plusieurs moyens de correction; elle n'ignore pas que nous avons même un moyen de la congédier, le divorce.

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§ III.

SOEUR. En vérité, permets-moi de te le dire, ia Sidi, un tel remède est pire que le mal.

MUPATI. Tu oses le dire!

SOEUR. Je t'ai demandé la permission, et le droit de la vérité me la donne. La femme sait qu'elle peut ne pas être pour toujours dans la maison où elle est entrée, que dans cette maison elle n'est pas absolument chez elle. Cela suffit pour arrêter les sentiments nobles et généreux qui font en partie l'ornement de l'épouse et de la mère de famille. Elle est réduite à une manière de vivre timide et rampante, comme l'esclave qui la sert; si cette femme est renvoyée, que devientelle? que deviennent ses enfants ?

Mupati. Elle les prend avec elle, le mari paye leur entretien, ou bien le mari les garde avec lui.

SOEUR. Tu ne réponds pas. Ce que devient la femme, nous ne le savons que trop! Quant aux enfants, vous croyez avoir assez fait pour eux en leur assurant le morceau de pain prescrit par le Koran. Savez-vous bien la position d'un enfant

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faire le

expulsé du toit paternel, qui ne peut plus courir
des bras de sa mère aux genoux de son père ,
recevoir les bénédictions de celui-ci, les caresses
de celle-là ? Dans un tel isolement, plutôt dans
un tel abandon, où sont les exemples, où sont
les leçons qui doivent former le coeur de cet en-
fant, lui inspirer les sentiments envers un père,
une mère, afin qu'un jour il sache les inspirer
lui-même à ses enfants? Ah! mieux fondée me
paraît la parole de Jésus-Christ parlant du ma-
riage : Que l'homme ne sépare point ce que Dieu
a uni.

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$ IV.

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HTI.

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MUPHTI. Ces paroles sont dans l'Évangile ?
SOEUR. Oui, Sidi.

MUPHTI. L'Évangile est grand dans notre esprit; c'est le livre appelé par seid Mahomet, que la prière de Dieu soit sur lui! le livre de la lumière mill ULUI (Sourate, la Famille d'Imran, v. 181).

SOEUR. Louange à Dieu! c'est la lumière de ce livre qui m'a éclairée jusqu'ici; puissé-je toujours marcher à la lueur de son flambeau !

MUPATI. « Dieu est la lumière des cieux et de la terre... Cette lumière ressemble à un flambeau placé dans un cristal, cristal semblable à une étoile brillante. Ce flambeau s'allume avec l'huile de l'arbre béni, de cet olivier qui n'est ni de l'orient ni du couchant, et dont l'huile brille quand bien même le feu ne la touche pas. C'est lumière sur lumière. Dieu conduit vers la lumière celui qu'il veut. » (Traduction de M. Kasimirski.)

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الله نور السموات و الأرض . مثل نوره كمشكاة فيها مصباح المصباح في زجاجة الزجاجة كانها کوکب دری پرقد من شجرة مباركة زيتونة لا شرقية . ولا غربية يكاد زيتها يضي و لولم تمسسه نار نور على نور يهدي الله لنوره من يشاء :|

· (Sourate, la Lumière , v. 35.)

Soeur. Tu veux dire par là qu'ayant le livre de la lumière, je marche à la lumière de Dieu, et que je dois des actions de grâces à Dieu de m'avoir conduite vers sa lumière ?

Mupiti. Oui, il en est ainsi de toi, qui es sincère : il en serait de même des chrétiens s'ils avaient conservé la lumière dans sa pureté. Ils ont conservé de bonnes choses , mais ils ont altéré bien des passages de l'Évangile.

SOEUR. Ja Sidi, je ne suis qu'une simple femme; j'en sais assez pour me conduire moi-même et pour instruire des enfants, mais je ne suis pas docteur pour discuter. Si tu veux avoir la solution de tes difficultés, adresse-toi à un marabout, à un homme de loi comme toi

Mupiti. J'aurais bien du plaisir à parler à un de ces hommes; en connais-tu quelqu'un?

SOEUR. J'en connais plusieurs; si tu veux aller chez l'un d'entre eux, je t’indiquerai la maison.

Mupiti. Je ne puis aller chez un marabout des chrétiens , les musulmans en seraient scandalisés ; par la même raison, votre marabout ne pourrait point venir chez moi, les chrétiens le trouveraient mauvais.

Soeur. Je puis bien t'assurer que la raison qui

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