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mission, qu'il a fendu la lune, etc.; qu'il n'est donc pas un menteur; que Hakem n'a donné aucun signe; que c'est donc lui qui est le menteur.

PRÊTRE. Tu lui citerais là un conte, non un miracle. Mais si ce partisan de Hakem te disait : Ce que tu racontes de Mahomet n'est pas vrai; c'est mon maître qui faisait des miracles : il a fait sortir comme une lune du fond d'un puits pendant plusieurs nuits; c'est pour cela qu'il est surnommé en langue persane, Sazendeh.Mah faiseur de lune).

DERVICHE. Je conviendrais, en homme de bon sens, que ces prétendus miracles ne prouvent ni pour l'un ni pour l'autre; que ce sont apparemment de part et d'autre des tours de passe-passe; que je ne connais pour vrais miracles que ceux de Moïse et d'Aïça, parce que ceux-là seuls sont prouvés et rapportés par tous les livres. Mais pour confondre l'adversaire, je me contenterais de lui dire : La preuve que Hakem et les autres sont de faux propbètes, c'est qu'ils ont été mis à mort par séidna Mahomet ou par les kalifes.

PRÊTRE. Et s'il te répondait: «Mahomet est mort par suite du poison que lui avait donné la jeune Zainab (1); d'après ton raisonnement, Mahomet

(1) Après la prise du château de Kamous, près de Médine, Mahomet alla loger chez le juif Harith, dont le fils aîné Marhab avait été tué par le jeune Ali. Zaïnab, sæur du vaillant Marhab, servit à table une épaule de mouton empoisonnée. Mahomet ayant pris une bouchée de cette chair, la rejeta en disant : « Cette brebis m'avertit qu'elle est empoisonnée. » Malgré cela, le poison attaqua la masse du sang, et devint le n'a pas été prophète, mais la juive Zaïnab n'aurait eu qu'à ouvrir la bouche, comme l'ânesse de Balaam, pour être véritable prophétesse et lui être préférée. Plusieurs kalifes ont succombé sous les coups de leurs adversaires ; d'après ton raisonnement, ces kalifes étaient dans l'erreur, les adversaires dans le vrai. Aujourd'hui partout les milsulmans sont à la merci des autres peuples; d'après ton raisonnement, les musulmans marchent dans les ténèbres, les autres peuples sout dans la religion agréable à Dieu. » Que répliquerais-tu à ce sectateur de Hakem?

DERVICHE. Alors je lui ferais la réponse de Djobbaï à Ashari : « Tu n'es ni de Moseilema, ni d'Ali, ni de Hakem, ni d'aucun prophète; mais tu es un medjenoun (possédé du diable). »

PRÊTRE. Le medjenoun te ferait la réplique d'Ashari à Djobbaï : Je suis ce que je suis; mais l'úne ne passera pas le pont (1).

principe de la maladie qui conduisit le prophète au tombeau quatre ans plus tard.

Peu avant sa mort, Mahomet disait : « La bouchée de Kamous n'a jamais cessé de me faire souffrir; mais voici le moment où les veines de mon coeur se brisent. » (Aboulfeda, Irad. de M. Noël Desvergers, reproduit par M. Alexandre Mazas.)

(1) Djobbaï, de la secte des motazalites, professait l'optimisme, c'est-à-dire l'opinion que Dieu est tenu de faire ce qu'il y a de mieux. Ashari, son ancien disciple , combattait le maître, et lui posa cette question : il supposait trois frères, dont le premier vivrait conformément à la loi de Dieu, le deuxième prévariquerait, et le troisième nourrait dans l'enfance, et il demandait quel serait leur sort. — Le premier

DERVICHE. Ja ennebi!..... (Aide-moi, ô pro. phète...)

MUPATI. Cela te va bien, derviche, te voilà bouche close.

Derviche. La philosophie me plait!
Cadi. Tu y brilles même!

DERVICHE. Ne vous moquez pas de moi, Messieurs, il y en a pour tout le monde. Je vous déclare que j'aime mieux rester bouche close avec ceux qui ont de la philosophie que de briller parmi les imans.

Du reste , j'ai plus fait dans mon court entretien que vous dans toutes vos longues conférences. J'ai fait avouer au babas que séid Mahomet a fait une grande chose, celle de faire connaître Dieu aux idolâtres de l'Arabie. J'ai été forcé d'avouer à mon tour que Mahomet a flétri la morale en permettant l'esclavage, après que séid Aïça l'avait proserit. Qu'est-ce que cela me fait à moi? Je

serait récompensé dans le paradis, le deuxième puni days l'enfer, le troisième ne serait ni puni ni récompensé. — Mais le troisième dirait : « O Seigneur, si tu m'avais accordé une longue vie, je serais en paradis avec mes frères. » — Dieu répondrait : « J'ai connu que, si tu avais vécu plus longtemps, tu te serais damné.» — Alors le deuxième répliquerait: « O Seigneur! pourquoi ne m'as-tu pas retiré du monde dans mon enfance ? » – Dieu a prolongé la vie au deuxième pour lui fournir l'occasion d'acquérir plus de perfection. — Pourquoi Dieu n'a-t-il pas accordé le même avantage au troisième, si Dieu est tenu de faire le mieux ? — Djobbaï : Es-tu possédé du diable ? — Ashari : Non, mais l'úne du maitre ne passera pas le pont. (Elsafedi.)

ne suis pas un grand monsieur, comme le muphti, pour avoir des esclaves. Que le muphti se défende.

J'ai été forcé d'avouer que séid Mahomet a enseigné à donner des coups de bâton aux femmes, après avoir enseigné à les mettre à la rue, tandis que séid Aïça avait prohibé l'un et l'autre; cela regarde le cadi, sahéb-el-ússa (l'ami du bâton) et juge du telak (divorce); qu'il se défende. Le babas me dit que séid Aïça pleurait, et a enseigné à pleurer avec ceux qui pleurent, tandis que séid Mahomet a enseigné à dire mectoub. Pour moi, cela m'est indifférent; quand je suis malade, je demande qu'on me guérisse, pas autre chose. Le babas m’a fait voir que le Koran déshonore presque autant d'attributs qu'il en reconnaît en Dieu. Je n'ai pas pu répondre; ce n'est pas étonnant : il vous en a bien fait avouer de plus dures, si vous vous rappelez les vérités révélées à l'occasion de mesdames Aïcha et Hafsa. Maintenant je ne puis pas prouver au babas que séid Mahomet mérite mieux le titre de prophète que tant d'autres qui se sont dits inspirés comme lui, parce que séid Mahomet n'a rien fait de plus que les autres pour mériter ce titre: ou les admettre tous, dit le babas , ou n'en admettre aucun. Eh bien, si nous les admettons tous, en les ajoutant aux cent vingt-quatre mille qui, au dire de séid Mahomet, avaient paru depuis la création, le nombre sera considérablement augmenté. Si le même raisonnement nous conduit à admettre comme prophètes tous les saltimbanques qui font les djenoun (diables) sur les places publiques,

Ous en a

toutes les tagguésas (1), nous aurons un prophète pour chacun de nous; moi-même peut-être je me ferai prophète. Si nous n'en admettons aucun, eh bien! il nous restera l'islam de séid Moïse et de séid Aïça, que Dieu les bénisse et les salue! Moi, je vivrai avec tout le monde. Pour toutes ces questions, Messieurs, ce n'est pas à moi, c'est à vous à les défendre; vous êtes payés pour cela. Debrouillez-vous avec le babas; et quand vous aurez fini avec lui, je vous attends à Blatoun.

Le cadi, pour faire diversion à cette mauvaise affaire, s'empresse de reprendre la conférence avec le prêtre.

(1) Espèce de sorcières couvertes de haillons, qui tirent l’horoscope; elles vont de porte en porte, en criant : tag. guésa! Ce sont de bien tristes êtres.

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