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DIALOGUE XII.

ENTRE LE PRÊTRE, LE MUPHTI ET LE CADI.

SUJET : A quel personnage s'applique le titre de Périclyt?

La puissance de Dieu a présidé à l'établissement du christianisme, la puissance de l'homme à celui du mahométisme.

§ I.

Cadi. Je reprends, ia babas, la question que je t'ai déjà posée. Puisque séid Mahomet ne mérite le titre de glorieux ni par sa naissance, ni par la pureté de sa conduite, ni par ses enseignements, quel est donc le personnage promis sous le nom de Périclyt?

PRÊTRE. Le cadi a eu l'honneur de citer le passage de l'Évangile qui renferme la promesse; il doit avoir celui de vérifier lui-même l'accomplissement.

MUpHti. Le babas a deviné les goûts du cadi. Notre jurisconsulte aime assez à s'instruire, pourvu qu'il soit à la fois son maître et son disciple.

Cadi. Ia muphti, ne me fais pas la guerre; toi, qui as le goût de la lecture, aie la complaisance de prendre l'Évangile d'Effendi; vérifions le fait.

Muhti. Mais le cadi oublie qu'il a emporté

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ce livre chez lui, et qu'il ne me l'a pas rendu.

Cadi. Prie le babas de te prêter le sien. Nous avons vu qu'il n'a pu être altéré; nous pouvons nous en rapporter à son contenu.

Mupiti. Permets-tu, babas?
PRÊTRE. Très-volontiers.
MUpHTI. Où dois-je chercher l'accomplissement?

PRÊTRE. La promesse que vous m'avez citée a été faite par séidna Aïça quelque temps avant sa mort. Elle se trouve consignée, comme vous l'avez vu, dans l'Évangile selon saint Jean, chapitre XIV. Les derniers chapitres renferment l'histoire de la mort et de la résurrection de séidna Aïça , et le récit de ses diverses apparitions aux apôtres après şa résurrection. Vous pouvez donc vous dispenser de lire ces chapitres. Passez au commencement des Actes des apôtres, verset 2 me.

MUPATI. J'y suis.

« Séid Aïça s'était montré plusieurs fois aux haouariouna (apôtres) depuis sa passion, et leur avait fait voir par beaucoup de preuves qu'il était vivant, leur apparaissant pendant quarante jours et les entretenant du royaume de Dieu.

« Et mangeant avec eux, il leur recommanda de ne point s'éloigner de Jérusalem, mais d'y attendre l'accomplissement de la promesse que vous avez entendue, dit-il, de ma propre bouche. »

Cadi. Fait-il allusion à la promesse du Périclyt dont parle Jean?

PRÊTRE. Un peu de patience, cadi, et tu verras par toi-même.

MuphȚI. Je continue : « Jean a baptisé dans l'eau; mais vous, dans peu de jours, vous serez baptisés dans l'Esprit saint.

« Alors ceux qui étaient présents demandèrent à Aïça : Seigneur, sera-ce en ce temps que vous rétablirez le royaume d'Israël ?

« Et Aïça leur répondit : Il ne vous appartient pas de connaître les ternps ni les moments que le Père réserve en son pouvoir.

« Mais vous recevrez la vertu de l'Esprit saint qui descendra sur vous. »

Cadi. Vous recevrez la vertu de lEsprit saint qui descendra sur vous.... Ia muphti, bechouia , bechouia (lentement, lentement, muphti).

MUpHti. « Et vous rendrez témoignage de moi dans Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre.

« Et après avoir dit ces choses, Aïça s'éleva en leur présence vers le ciel, et il entra dans une nuée qui le déroba à leurs regards.

« Et comme les haouariouna étaient attentifs à regarder Aïça montant au ciel, voilà que deux anges, sous la figure de deux hommes vêtus de blanc, se présentèrent à eux.

« Et leur dirent : Hommes de Galilée, pourquoi vous arrêtez-vous, les regards tournés vers le ciel? Ce même Aïça , qui, se séparant de vous, s'est élevé au ciel, viendra de la même manière que vous l'y avez vu monter.

« Alors les haouariouna partirent de la montagne des Oliviers, et retournèrent à Jérusalem, et entrèrent dans le cénacle. »

PRÊTRE. Où ils se mirent en prières pour at

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tendre l'accomplissement de la promesse conformément aux avertissements d'Aïça, comme vous l'avez vu plus haut.

Cadi. Nous venons de voir comment séid Aiça s'est élevé au ciel; nous le savions déjà : tu nous l'avais dit. Nous venons de voir comment il doit revenir du ciel; mais cela ne nous apprend rien. Le retour d'Aïça sur la terre est un point de notre croyance. Nous cherchons l'arrivée du Périclyt, et le babas nous fait attendre autant que lui.

PRÊTRE. Ce que nous venons de voir s'est passé le quarantième jour après la résurrection de séid Aïça; le Périclyt n'est venu que le dixième jour après l'ascension au ciel. Pour répondre à l'empressement du cadi, le muphti peut passer immédiatement au fait, chapitre deuxième.

Muuhti. «Quand les jours de la Pentecôte furent accomplis, les haouariouna étaient tous dans un même lieu. »

Cadi. De quel lieu s'agit-il?

PRÊTRE. Du cénacle, où les haouariouna s'étaient retirés sur l'avis de séid Aïça pour attendre le Périclyt.

MUPATI. « Et tout à coup on entendit un grand bruit comme d'un vent impétueux, qui venait du ciel et qui remplit toute la inaison où ils se trouvaient.

« En même temps il leur apparut comme des langues de feu, qui se partagèrent et s'arrêtèrent sur chacun d'eux.

« Et aussitôt ils furent tous pénétrés du SaintEsprit, et ils se mirent à parler diverses langues,

chacun selon le don qu'il avait reçu du SaintEsprit. »

Cadi. Ce fait est-il bien prouvé?

PRÊTRE. Que le cadi ait la patience d'entendre encore la lecture de quelques versets, et la réponse à sa demande se présentera naturellement.

Cadi. Allah massabrina (Dieu est avec les patients).

Mupiti. Je reprends : « Et il se trouvait alors à Jérusalem des Juifs craignant Dieu, de toutes les nations alors connues.

« Après que le bruit de ce prodige se fut répandu, accourut une multitude; et tout le monde resta stupéfait, chacun entendant dans sa propre langue le langage des haouariouna.

« Dans l'étonnement et l'admiration, les assistants se disaient les uns aux autres : Est-ce que tous ces hommes qui parlent ne sont pas Galiléens?

« Et comment se fait-il que nous les entendons parler chacun la langue de notre pays ?

a Parthes, Mèdes, Elamites, ceux d'entre nous qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont et l'Asie;

« La Phrygie, la Pamphylie, l'Égypte et la Libye voisine de Cyrène, et ceux qui sont venus de Rome;

« Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons parler chacun en notre langue les merveilles de Dieu.

« Ils étaient tous dans l'étonnement, et ne cessaient de se demander les uns aux autres : Que veut dire ceci? »

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