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Là ils revêtent lihram, qui consiste en deux pièces de laine, dont l'une couvre le milieu du corps, l'autre les épaules; ils prennent des pantoufles qui ne couvrent ni le talon, ni le col du pied ; ils doivent être aussi nu-tête. Revêtus de l'ihram, les pèlerins doivent s'abstenir de toute action, de toute parole inconvenante; ils doivent aussi s'abstenir de la chasse; ils ne tuent pas même les puces.

Ils se mettent en marche. Arrivés au temple de la Kaaba, ils commencent par en faire sept fois le tour. Dans les trois premiers tours, on fait des pas courts, mais précipités; dans les quatre autres, des pas ordinaires et graves. Chaque fois que les pèlerins passent devant la pierre noire, ils la baisent, et la touchent de leurs mains, qu'ils baisent ensuite.

Les pèlerins font aussi sept fois une marche entre le mont Sâfa et le mont Meroua, partie en courant, partie à pas lents. Ce trajet représente la marche d'Agar en ce lieu. Dans leur marche, ils s'arrêtent de temps en temps et regardent derrière eux, pour représenter Agar cherchant de l'eau pour elle et son fils. Cette cérémonie remonte à Agar.

Le neuvième jour, les pèlerins se rendent à la vallée de Mina, où ils se mettent en prières; le dixième, après la prière du matin, ils se dirigent sans ordre et en toute hâte vers le mont Arafat, où ils passent le jour en prières jusqu'au coucher du soleil; alors ils se rendent à l'oratoire de Mozalifa, situé entre Arafat et Mina. Ils y passent la nuit à prier ou à lire le Koran.

Le lendemain , au point du jour, les pèlerins vont à un autre monument sacré, el Mozer el Haram, d'où ils partent avant le lever du soleil. Ils se rendent à la vallée de Mina, où ils jettent sept pierres à un endroit assigné. Ceci est à l'exemple d'Abraham, qui, étant détourné par le diable de ses prières et de son dessein quand il allait immoler son fils, chassa le tentateur à coups de pierres. D'autres disent que l'usage remonte à Adam, qui chassa aussi le diable à cet endroit.

Ces cérémonies terminées, on procède aux sacrifices. Les animaux à immoler doivent être des béliers ou des boucs, des vaches ou des chamelles. Les pèlerins mangent de la viande des victimes, et laissent les restes aux pauvres.

Après les sacrifices, les pèlerins se rasent la tête, se font les ongles, et enterrent ces dépouilles du pèlerinage au même endroit. Ils retournent à la Kaaba pour prendre congé du bâtiment sacré, et le pèlerinage est fini.

PRÊTRE. Je remercie le muphti de ces curieux, je voudrais pouvoir ajouter, et édifiants détails.

MUPHTI. Comment! le babas refuserait son respect et son admiration à ces monuments sacrés et aux saintes cérémonies du pèlerinage? Serait-il dit qu'il faille appliquer à un ami cette parole énergiquement glaciale de séid Mahomet, répondant aux détracteurs de nos dévotions : Quant aux in

fidèles, qu'importe ? Dieu peut se passer de lunivers entier! (Sourate, Imran, v. 92.) witholl ca si w obojes uus

PRÊTRE. Messieurs, conservons le calme et la gravité; notre âge, le caractère dont nous sommes revêtus et les intérêts de la vérité nous l'imposent. Le Koran est sous le poids du litige ; il n'appartient ni au muphti ni au cadi de se prévaloir de cette autorité. Mais je reviens aux faits, et je vous demande, Messieurs, où remonte le respect que vous professez pour vos monuments de la Mecque? où remontent les cérémonies du pèlerinage? Vous me l'avez déjà dit, et l'histoire le confirme : à un temps immémorial, au temps des idolâtres. Ce sont les idolâtres qui ont consacré par leurs adorations ces divers objets; ce sont les idolâtres qui ont établi le pèlerinage, et en ont réglé les cérémonies; Mahomet les a adoptées telles quelles, à l'exception d'une : les idolâtres se dépouillaient de leurs habits ; Mahomet a adopté l'ihram.

Ainsi, dans vos pèlerinages, vous continuez une cérémonie d'idolâtrie.

Vos mosquées n'ont la condition d'un temple qu'autant qu'elles sont orientées vers la Kaaba , qu'autant que vous les avez, pour ainsi dire, identifiées avec ce temple, dont tout le respect est de tradition idolâtre. Dans vos prières, vous sanctionnez donc l'idolâtrie. Voilà la pureté de votre culte; trouvez-y le firman d'un prophète.

Cadi. Mais il était bien permis à séid Mahomet de convertir le temple en même temps que les idolâtres.

PRÊTRE. Oui, mais le temple au vrai culte en même temps que les idolâtres à la vraie religion, et il n'a fait ni l'un ni l'autre. Il a laissé pour objets de vénération l'ouvrage de l'erreur et du mensonge; et non-seulement il les a laissés à ses concitoyens de la Mecque, mais il les a légués à vous, à vous qui rendiez un culte dans toute sa pureté au vrai Dieu.

MUPATI. Cependant séid Mahomet a déclaré une guerre ouverte contre tout ce qui sentait l'idolâtrie.

PRÊTRE. Quand Mahomet voulait une chose, tous les moyens lui étaient bons. Pendant les premiers mois, il assigna pour kebla de la prière le temple de Jérusalem ; voyant l'obstination des habitants de l'Arabie à conserver les restes de leurs anciennes idoles, il jugea expedient de les leur laisser, et la Kaaba fut adoptée pour kebla de tous les musulmans. Ainsi, dans les premiers mois de l'islamisme, c'est à Jérusalem que se trouvaient les traditions respectables; depuis, elles s'envolèrent à la Mecque avec la kebla ; de plus, Mabomet faisait un reproche aux chrétiens de se servir de leurs images, tandis qu'il continuait les sacrifices des idolâtres, et qu'il collait ses lèvres sur la pierre noire de Zohal et d'el Moschtari (de Saturne et de Jupiter).

Mupiti. Mais nous avons d'autres cérémonies qui sont évidemment à l'abri de tout reproche. Indépendamment de la prière cinq fois par jour, de la lecture du Koran en entier une fois par mois dans la mosquée, indépendamment d'un jour de fête par semaine, de plusieurs fêtes dans l'année, nous célébrons une fèle par excellence, id el Cor. ban (la fête du sacrifice) ou le grand Beiram (1) (jour saint).

PRÊTRE. Le muphti n'avait qu'à ajouter un mot pour compléter le panegyrique de la fête par excellence. C'est qu'elle commence le dixième jour du mois sacré dhulhadj (2), au moment où les pèlerins sont censés immoler les victimes à la Mecque. Le kalife Omar, qui institua cette fête, n'a pas voulu le céder au prophète en respect pour les traditions idolâtres.

MUPATI. Passons à nos vénérables imans, mi. nistres du culte.

Cadi. Buthel (inutile); c'est pierre noire pour pierre noire.

PRÊTRE. Le cadi me permettra d'avoir une autre idée que lui de ses ministres.

(1) Il y a un autre Beiram, id el Feter (fête de la rupture du jeûne), qui se célèbre le premier jour qui suit le mois du Ramadan.

(2) Les musulmans ont quatre mois sacrés : le premier, le cinquième, le septième et le douzième de l'année. Comme on compte par les mois lunaires sans admettre de mois intercalaires, ces époques varient chaque année. Les mois sacrés sont aussi des traditions des anciens Arabes , qui suspendaient alors toute hostilité. Ils ôtaient les pointes de leurs lances, et ne tuaient pas même le meurtrier de leur père, quand ils le rencontraient. Le Koran défend aussi la guerre pendant ces mois, à moins qu'on ne soit attaqué; mais il paraît que les Arabes ne se font pas scrupule d'enfreindre cette défense.

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