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E.

IX

séricordieux, Souverain au jour du jugement. C'est toi que nous adorons; c'est de toi que nous implorons le secours. Dirige-nous dans le sentier droit, dans le sentier de ceux que tu as comblés de tes bienfaits, non dans le sentier de ceux qui ont encouru ta disgrâce, ni de ceux qui s'égarent (1). »

PRÊTRE. Notre falha est plus courte et plus simple; nous disons : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, un seul Dieu. » Mupati. Toi aussi, babas, tu dis cette fathha?

PRÊTRE. C'est moi qui l'enseigne aux autres, comment ne la dirais-je pas moi-même!

Mupiti. C'est dommage! Comment! toi, marabout, tu ne comprends pas que tu commences ta prière par une impiété ? Tu associes d'autres dieux au Dieu unique.

PRÊTRE. Je t'entends, et vais te répondre. Andak àquel (tu as bonne tête); écoute-moi, et tu comprendras.

Muhti. Plaise à Dieu que nous nous comprevions sur ce point, comme nous nous sommes compris sur tant d'autres !

PRÊTRE. Vous reconnaissez comme propriétés essentielles en Dieu, le principe ou fondement,

الاساس

Mupiti. Oui.
PRÊTRE. Le verbe, ämbli?

(1) C'est la première sourate du Koran. Les musulmans récitent souvent cette formule ; c'est par là qu'ils commencent leurs prières et qu'ils recommandent à Dieu leurs principales actions.

MUPATI. Oui.
PRÊTRE. L'esprit, US ?
MUPHTI. Oui.

PRÊTRE. Peut-on dire pour cela que vous adorez trois dieux? · Mupiti. Ce serait une impiété à nous de le faire; ce serait une calomnie atroce de la part de celui qui nous attribuerait cette impiété.

PRÊTRE. Eh bien, ce que vous appelez principe, nous l'appelons père; il y a du rapport entre le mot principe et le mot père. Ce que vous nommez parole, nous l'appelons aussi parole ou fils, de même que nous pouvons appeler notre parole, la fille de l'intelligence. Ce que vous appelez esprit, nous le nommons esprit comme vous.

Au lieu de dire : Au nom du Principe, de la Parole et de l'Espriť, un seul Dieu, nous disons : Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, un seul Dieu.

Muhti. Ces mots : Père, Fils, vous ne les entendez donc pas d'une manière charnelle ?

PRÊTRE. Dieu nous garde d'une telle impiété! Nous l'entendons d'une manière spirituelle. Comme je te l'ai dit, nous employons le mot père, au lieu du mot principe ; le mot fils, au lieu du mot parole, pour insinuer que la parole en Dieu naît du principe, comme la parole en nous naît de notre intelligence; et de même que nous appelons notre parole, la fille de l'intelligence, de même nous appelons la parole de Dieu, fils de Dieu.

Muputi. Il est donc vrai que vous n'adorez qu'un Dieu ?

PRÊTRE. Celui qui en adorerait plus d'un , ne serait pas chrétien.

Mupati. Que tu me fais plaisir! (le muphti baise l'épaule au babas en signe de confraternité) (1).

PRÊTRE. Sachez-le donc bien, toi et les tiens : nous ne melons rien en Dieu que ce qu'il y mêle lui-même : ses noms et ses propriétés essentielles, le principe, le verbe et l'esprit, que nous appelons le Père, le Fils et le Saint-Esprit, en un seul Dieu.

§ II.

MUPATI. Vous croyez, comme nous, que séidna Aïça, fils de Marie, est l'esprit de Dieu qui a revêtu l'humanité? Moïse s'appelle Parole de Dieu; séidna Aïça , Esprit de Dieu.

PRÊTRE. Ce que tu dis est voisin de la vérité, mais ce n'est pas la vérité. séidna Aïça est le verbe de Dieu, ce n'est pas l'esprit de Dieu, et en cela le Koran est d'accord avec l'Évangile. Tu lis dans le Koran : « Les anges dirent à Marie : Dieu t'annonce son verbe; il se nommera le Messie, Aïça fils de Marie :

اذ قالت الملائكة يا مريم أن الله يبشرك بكلمة منه اسهه

(Sourate, Imran, v. 40.) pa bil suis cond? Mupati. Le verbe, ärts .... cela est vrai. L'Évangile le dit aussi?

(1) L'auteur de cet opuscule a plus d'une fois reçu un tel signe de confraternité de la part des musulmans, à la suite d'entretiens dont ceux-ci ne sont que la reproduction.

PRÊTRE. Oui; voici en quels termes : « Au commencement était le verbe, et le verbe était en Dieu... Et le verbe s'est fait chair:

في البدى كان الكلمة والكلية كان عند الله و اله هو الكلية ......... والكلمة صار جسدا (.1 .ch ,يوحنا ,Evangile selon saint Jean)

Mupiti. Le verbe s'est fail chair.... C'est la même chose : tant il est vrai que si nous consultions bien les Écritures, nous marcherions presque dans la même voie. Mais le vulgaire et les fanatiques dénaturent tout; les fables et les préjugés deviennent leur régle; le livre est mis de côté.

PRÊTRE. Le peuple aime les chemins détournés. Les voyageurs prudents suivent les routes sûres et bien gardées.

Muptı. Avant la fin de la course , les sentiers rentreront dans le grand chemin, s'il plaît à Dieu.

PRÈTRE. Dieu est clément et miséricordieux. Heureux ceux qui marchent dans le chemin que Dieu a tracé!

MUPati. C'est donc le verbe de Dieu ayant revêtu l'humanité que vous appelez séid Aïça, comme nous, ou fils de Dieu ?

PRÊTRE. Oui, fils de Dieu, non d'une manière charnelle, Dieu n'a ni filles, ni enfants, mais d'une manière spirituelle , comme nous avons vu plus haut; par la même raison que nous pouvons appeler notre parole fille de l'intelligence.

Mupati. J'ai compris, j'ai compris.... Hélas ! que de reproches injustes nous vous faisons!

PRÊTRE. Nous vous en faisons, nous aussi ; mais l'erreur n'a qu'un temps, la vérité est éternelle; c'est aux docteurs à enseigner la vérité; c'est à la tête à guider les membres.

S III. MUpHti. S'il plaît à Dieu ! que pensez-vous de l'erreur des juifs touchant séid Aïça ?

PRÊTRE. De quelle erreur veux-tu parler ?

Mupati. Les juifs disent qu'ils ont mis à mort séid Aiça; nous disons qu'il n'est pas mort, mais qu'il a laissé un fantôme à sa place, et s'est élevé en vie dans le ciel.

PRÊTRE. Tu fais allusion à ce verset du Koran: « Les juifs disent : Nous avons mis à mort le Messie, Aïça, fils de Marie. Ils ne l'ont point tué, ils ne l'ont point crucifié; un fantôme a été mis à sa place : »

وقولهم انا قتلنا المسيح عيسى ابن مريم ما قتلوه و صلبوه

(Sourate, les Femmes , v. 150

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Mupiti. Précisément.

PRÊTRE. Si nous avions l'intelligence des Écritures, nous ne morcellerions pas la vérité, nous la croirions tout entière, et cela nous serait plus avantageux. Les juifs ont moitié tort et moitié raison, les musulmans ont moitié raison et moitié tort. Mupati. Explique-toi.

PRÊTRE. séidna Aïça est le verbe de Dieu ayant pris chair. Les juifs veulent-ils dire qu'ils ont tué le verbe dans séidna Aïça, les juifs ont tort; ils ne l'ont pas tué; le verbe de Dieu ne peut mourir. Veulent-ils dire qu'ils ont tué l'humanité, ils disent vrai : ils l'ont tuée réellement.

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