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l'esprit général de la nation, on aurait peut-être compris que la loi sur la célébration des fêtes et dimanches était consacrée par les usages et la discipline des diverses sectes chrétiennes, qu'elle était nécessaire et utile , et qu'il ne fallait pas considérer son infraction comme une simple transgression des règles de la discipline catholique, dont on ne devait compte qu'à sa conscience.

En ôtant à cette loi le caractère politique qu'elle ne peut pas avoir , on devait considérer que cette loi de 1814 n'avait pas été seulement une déclaration solennelle des principes religieux qui signalaient l'avènement du pouvoir politique de cette époque, mais qu'elle avait été la conséquence naturelle, l'application en quelque sorte de la grande loi sur l'organisation du culte, la loi du Concordat. Oui, Messieurs, le 4 4m• Article Organique veut qu'aucune fête ne puisse être établie sans la permission du gouvernement, excepté le dimanche ; cette exception est la consécration du droit religieux pour l'établis

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sement de la fête du dimanche. Ces idées prévaudront sans doute; et déjà je suis heureux de dire que dans une loi de 1841, sur le travail des enfants dans les manufactures, il est formellement défendu d'employer les enfants les dimanches et jours de fêtes reconnues par la loi. Cette loi n'est pas fondée seulement sur l'intérêt matériel et hygiénique. Nous avons voulu avant tout assurer aux enfants les bienfaits de l'instruction religieuse, et nous devions choisir comme jour de repos celui que le christianisme consacre plus particulièrement à la pratique des devoirs religieux. Dans la discussion de cette loi, on proposait un amendement qui tendait à substituer un autre jour au dimanche, afin de se prêter aux convenances de ceux qui professent le culte israélite ; cet amendement fut repoussé sur l'insistance d'un député appartenant au culte israélite, et qui déclarait souverainement injuste de gêner la conscience de trente-trois millions d'hommes , pour une minorité

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de trois cent mille individus,

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Et remarquez-le bien, cette loi de 1841 atteint les actes intérieurs de l'atelier, lorsque la loi de 1814 ne défend que les actes extérieurs.

Ainsi , Messieurs, commandée par la religion, consacrée par les dispositions organiques du culte, la loi sur les fêtes et dimanches doit rester dans nos codes comme l'expression d'un sentiment placé au-dessus des agitations politiques.

Ces idées, Messieurs, je les exprime avec une indépendance d'esprit et de conscience qui ne blesse ni mon respect pour la puissance législative, ni mes sympathies pour la séparation des pouvoirs civil et religieux; mais si ma raison me dit qu'il faut maintenir l'Église dans l'État, si l'expérience me démontre que l'Église veut rester dans les limites que lui impose son origine et la séparation des pouvoirs , je puis regretter que, dans quelques occasions solennelles, la loi retire à la religion son concours, moins encore comme protection que comme hommage.

Sous l'influence de cette pensée, on a le droit de

déplorer que de telles lois soient soumises aux fluctuations de la politique, et perdent ainsi ce caractère de fixité et de permanence qui, seul, assure le respect. Soumises à cette influence mobile, elles portent tantôt l'empreinte de l'exagération et de l'intolérance, tantôt l'empreinte du scepticisme et de l'indifférence, elles exaltent ou méconnaissent le sentiment religieux, elles ne restent jamais dans ce milieu qui s'éloigne également et du fanatisme et de l'athéisme; réclamées par les passions, les passions contraires les renversent, et au milieu de ces agitations, de ces renversements, la loi perd son caractère , la religion son autorité ; la conscience hésite, la foi s'étonne, les croyances religieuses s'irritent et se fatiguent dans cette lutte : à ce prix la protection de la loi est un danger. Ce n'est pas au moment des commotions politiques, que le législateur prudent et avisé devrait s'occuper de la révision des lois qui touchent à la religion. Ces changements se ressentent de l'agitation des esprits , la passion domine la raison,

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et la loi s'empreint d'un caractère exagéré, lorsque dans les matières délicates qui tiennent au for intérieur, à la conscience , aux pratiques du culte, la loi devrait avoir la durée, la stabilité de la religion même. Cette confusion de la politique avec la religion blesse la dignité de la religion, sans profiter à l'autorité réelle de la politique; les usurpations étendent le pouvoir et ne le fortifient pas. Quand le pouvoir politique, dans les émotions de la victoire, amoindrira le pouvoir civil par l'introduction forcée d'une règle religieuse, ou abaissera sans mesure le pouvoir religieux sous la loi civile, aura-t-il, par ces froissements alternatifs, confisqué tour à tour le pouvoir religieux et civil?.... C'est un envahissement temporaire, ce n'est pas une conquête solide.

Ainsi, Messieurs, avant 1825, un dissentiment déplorable s'était manifesté entre la cour suprême et les cours d'appel, sur la question de savoir si les édifices consacrés au culte devaient être rangés parmi les édifices servant à l'habitation, ou si, en

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