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la loi n'a plus de sens, car elle emprunte sa force de la loi divine qui est écrite dans les consciences; la pénalité n'est plus efficace, car le repentir du coupable en est la condition nécessaire; le châtiment qu'inflige le juge est sans action sur l'homme s'il en conteste la justice, et ne ressent aucun remords d'avoir violé l'ordre éternel. Sans Dieu , l'association politique n'a plus le triple caractère qui en assure la stabilité : elle n'est plus nécessaire au point de vue métaphysique, car les citoyens n'y reconnaissent plus un élément naturel de l'ordre universel des choses ; elle n'est plus obligatoire au point de vue moral, car les citoyens qui ne croient pas à un même Dieu , à une origine commune, à une commune destinée, ne se considèrent plus comme liés par des devoirs envers leurs semblables ; elle n'est plus indissoluble en fait : si chacun suit isolément sa destinée, le hasard seul maintient la société; le jour où l'individu trouvera son intérêt à s'en affranchir, il rompra les relations sociales pour vivre à sa guise. En un mot, les hommes ne verront plus dans les atteintes portées à l'ordre social, une contradiction qui choque leur raison, une faute qui révolte leur conscience, une impossibilité contre laquelle doivent échouer leurs efforts. Ils poursuivront je ne sais quel fantôme de justice, au lieu de la justice éternelle qui réside dans une nature supérieure, étrangère aux vicissitudes, aux misères, aux hésitations de la nature humaine. Ils méconnaîtront la vraie sanction de la politique, la vie future, où doit se réaliser ce que l'homme cherche sur la terre, l'identité du bonheur et de la vertu.

Ces grandes vérités frappèrent un moment nos législateurs de la Convention. Ils s'aperçurent, mais trop tard, que leur ouvre manquait de base, parce que la philosophie du siècle avait ébranlé toutes les croyances, Un rapport fut prononcé qui contenait les paroles suivantes :

« Toute institution, toute doctrine qui console » et qui élève les âmes, doit être accueillie; rejetez , toutes celles qui tendent à les dégrader et à les , corrompre... Qui donc t'a donné la mission » d'annoncer au peuple que la divinité n'existe » pas, Ô toi qui te passionnes pour cette aride » doctrine, et qui ne te passionnas jamais pour la

patrie ? Quel avantage trouves-tu à persuader à ► l'homme qu'une force aveugle préside à ses des► tinées et frappe au hasard le crime et la vertu, » que son âme n'est qu'un souffle léger qui s'é» teint aux portes du tombeau ?

» L'idée de son néant lui inspirera-t-elle des senti»ments plus purs et plus élevés que celle de son

immortalité? Lui inspirera-t-elle plus de respect » pour ses semblables et pour lui-même, plus de » dévouement à la patrie, plus d'audace à braver » la tyrannie, plus de mépris pour la mort ou » pour la volupté ?...... L'idée de l'Être suprême , et de l'immortalité de l'âme est un rappel conti

nuel à la justice, elle est donc sociale et républi» caine. »

Que servent les paroles quand elles sont démenties par les actes ? Le matérialisme était alors passé

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dans les mœurs et dans les croyances. Ce discours, qui fut accueilli par des applaudissements unanimes , honore les intentions de l'orateur et de l'assemblée, mais il contient en même temps l'aveu de leur impuissance et de leur secret découragement; sans de cruels souvenirs, on serait tenté de sourire en lisant les bizarres conclusions du rapport, l'étrange et vaine motion qui le termine:

« Nous croyons , dit l'orateur, concourir à ce but en vous proposant le décret suivant :

« Article premier.

» Le peuple français reconnaît l'existence de l'Étre suprême et l'immortalité de l'âme. »

Quel siècle que celui où le législateur invoque, pour relever la morale, la dictature d'un comité de salut public! Comment la foi relèverait-elle de la puissance ? Les convictions vivent de liberté ; la force s'arrête au seuil des consciences, et la vérité même froisse les hommes, si elle leur est imposée. Faire pénétrer la sagesse dans les esprits par la violence, c'est la rendre suspecte. Au lieu de décréter les croyances , il faut les rendre populaires sous le patronage de la science; il faut les faire accepter librement, par la voie de l'éducation ; il faut démontrer qu'elles sont vraies et légitimes , conformes aux besoins de tous, dignes de la raison publique, en harmonie avec les devoirs, les droits et la dignité de l'homme.

Telle fut l'oeuvre de Platon dans la Grèce : tel est le but qu'il a poursuivi dans sa République : dé

montrer par l'étude de la nature humaine que la croyance en Dieu sert de fondement au droit politique aussi bien qu'à la morale privée : combattre au nom de la raison, de la philosophie, de la science, le matérialisme des sociétés antiques.

FIN

PARIS. - IMPRIMÉ PAR E. THUNOT ET C

Rue Racine, 26, près de l'Odéon.

Vu et lu,

A Paris, en Sorbonne, le 26 juillet 1849,

Par le doyen de la Faculté des Lettres de Paris,

J. Vict. LE CLERC.

Permis d'imprimer,

L'Inspecteur général vice-recteur

de l'Académie de Paris,

ROUSSELLE,

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