Images de page
PDF
ePub

TABLE.

1

CHAPITRE I. - LE DROIT DU PLUS FORT. ...............

Sommaire : Du fondement de la politique. Quelques philosophes

placent le droit dans la raison du plus fort : premières objec-
tions contre ce principe matērialiste.

CHAPITRE II. -- LA FORCE ÉRIGÉE EN LOI SOCIALE. .......... 13

Sommaire : Exposition de la théorie sociale des matérialistes

que Platon s'apprête à combattre.

CHAPITRE III.- ORIGINE DE LA SOCIÉTÉ. ............... 25

Sommaire : Origine de l'association politique et fonctions qu'elle
impose à tous dans l'État : elles manquent leur but, si elles ne

sont bien remplies. CHAPITRE IV.- L'ÉDUCATION, FONDEMENT DE L'ÉTAT. ........ 35

Sommaire : Que l'éducation est la véritable base de l'ordre so

cial : par elle, chaque citoyen apprend à connaitre, à aimer, à
accomplir ses devoirs.

CHAPITRE V.- LA JUSTICE, FONDEMENT DE L'ÉDUCATION. ....... 54

Sommaire : Que la justice est le principe et la fin de l'éducation,

car l'éducation suppose la distinction du juste et de l'injuste,
le discernement du bien et du mal.

CHAPITRE VI.- DE L'UNITÉ NATIONALE. ............... 67

Sommaire : Que l'unité parfaite, l'harmonie de l'État est la
forme par excellence, l'expression véritable de la justice.'

Exagération de ce principe : ce qu'on appelle aujourd'hui
Je communisme.

CHAPITRE VII.- DU COMMUNISME. .................. 84

Sommaire : Discussion du communisme : erreur de Platon re

produite par les communisles modernes.

DANS SES RAPPORTS AVEC LA MORALE ,

ESSAI SUR LA

RÉPUBLIQUE DE PLATON.

CHAPITRE PREMIER.

LE DROIT DU PLUS FORT.

SOMMAIRE : Du fondement de la politique. Quelques philosophes placent le droit dans la raison du plus fort ; premières objections contre ce

vieres objectionphes placent principe matérialiste.

S'il est une æuvre où soit marquée la nécessité des rapports qui doivent unir la politique avec la morale, c'est sans doute celle qui nous occupe. La République de Platon ne traite point, comme l’Esprit des Lois de Montesquieu (1), comme la Politique d’Aristote (2), du nombre et de la forme des gouvernements, du caractère et de la valeur des institutions, de la distribution et du jeu des pouvoirs : le législateur y cherche avant tout ce qui peut faire d'un homme un bon citoyen : de ce seul point il fait dépendre le reste (3), et ramène la

(1) Esp. des Lois, 1, 3.
(2) Polit. II, 1, 1.
(3) Piat., Rép., édit. Steph., p. 424, a, b.

politique tout entière au problème de la destinée humaine.

Aussi prend-il son point de départ dans les circonstances ordinaires de la vie (1), et ce caractère moral donne au début de la République une simplicité singulière. Point de ces considérations savantes qui passent la portée commune : Socrate, accompagné de quelques amis, s'entretient familièrement avec un vieillard qu'il rencontre au retour d'une fête solennelle (2): la conversation s'engage sans but apparent, les idées semblent naître et se succéder au hasard; mais ce libre abandon cache une méthode supérieure.

Socrate demande à Céphale s'il est heureux. Les vieillards nous ont devancés dans une carrière que peut-être il nous faudra parcourir; interrogeons leur expérience : ils nous diront si la route est pénible et rude ou d'un trajet agréable et facile (3). Céphale répond en souriant qu'il porte légèrement le poids des années. Bien des gens, il le sait, se plaignent amèrement de la vieillesse et lui imputent mille maux; mais est-il sensé de s'en prendre aux choses, quand il ne tient qu'à nous de les rendre bonnes ou mauvaises ? ne sait-on pas que la vieillesse peut être aimable si la sagesse l'accompagne, et que la jeunesse même devient le tourment de ceux qui en usent mal (4) ?

Les premiers mots que prononce Socrate laissent

(1) Plat., p. 328, a.
(2) Ibid., p. 328, b, c.
(3) Ibid., c.
(4) Ibid., p. 329, u, b, c.

entrevoir le but qu'il poursuit : faire dépendre l'organisation sociale des conditions de la destinée humaine, connaître la fin de l'homme pour déterminer la fin de la société; et cette recherche toute morale est le vrai commencement de la politique, car le magistrat et le simple citoyen doivent trouver dans les lois de notre destinée, le premier, la sanction de l'autorité qu'il exerce, le second , l'obligation de l'obéissance.

Quand Socrate demande si la vieillesse est un mal, la question peut s'étendre à la jeunesse, à l'âge mûr, à toutes les phases de l'existence humaine, et il pose en réalité ce problème : La vie est-elle un mal ?

La société retentit sans cesse d'accusations contre la vie, de murmures contre la sagesse du Créateur ; c'est l'éternelle plainte de Job qui maudit le jour où il a reçu l'existence, et s'écrie avec amertume : « Pourquoi suis-je né (1) ? » Parole téméraire, plainte injuste et passionnée dont le bon sens de Céphale va faire justice : si la vieillesse était un mal, on ne verrait que des vieillards chagrins et moroses ; il ne faut donc pas lui imputer le malheur de ceux qui ne savent point la porter sagement (2). Ainsi la destinée que nous tenons de la Providence n'est ni mauvaise ni bonne : elle devient l'un ou l'autre, suivant l'usage que nous faisons de notre liberté ; l'homme seul est coupable quand le bienfait de l'existence se corrompt

(1) Job, III, 1, 3, 11, 12. (2) Plat., p. 329, e.

« PrécédentContinuer »