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dement; juste, quand chaque partie de lui-même occupe le rang que lui assigne sa nature (1) et remplit sa destination. La justice se montre donc sous les mêmes traits dans l'État et dans l'individu ; des deux côtés l'injustice naît du désordre des éléments qui franchissent leurs limites, et renversent les degrés de la subordination. C'est une sédition des trois parties de l'âme ou des trois parties de l'État qui, sortant du domaine que leur assigne la nature, ruinent l'équilibre qui maintenait la justice (2). « Nous voyons clairement ici ce que '» nous ne faisions d'abord qu'entrevoir ; à peine » commencions-nous à fonder notre République, o quelque divinité nous a révélé pour ainsi dire le

type de la justice..... Exiger que celui qui était » né pour être cordonnier, charpentier, artisan, » s'occupât de son métier, sans faire autre chose, » c'était tracer l'image de la justice (3). » Seulement, comme Platon nous l'apprend ailleurs, « prendre la ressemblance d'une chose pour la » chose même, que l'on dorme ou que l'on veille, » c'est rêver (4).

Une étude plus attentive nous a fait découvrir enfin « la justice elle-même. » Nous voyons que « la justice est quelque chose de semblable à ce » que nous prescrivions : seulement, au lieu de » s'arrêter aux actes matériels de l'homme, elle » règle sa conscience et ne permet jamais qu'une

(1) Plal., p. 442 et 443.
(2) Plat., p. 643, a, b, c, d.
(3) Ibid.
(4) Ibid., p. 476, C, d.

» des parties de son âme usurpe des fonctions qui » lui sont étrangères (1). ,

Telle est la véritable justice ; et l'éducation que nous avons donnée à nos jeunes gens avait pour principe et pour fin cet ordre admirable qui doit conduire à leur perfection les individus et les peuples.

Que la justice règne, maîtresse absolue de l'éducation, qui lui livre les esprits et les cours; que chaque citoyen lui doive une règle de conduite constante, universelle, infaillible, il y aura partout, dans l'État, comme une pente facile vers le bien : la société tout entière y sera portée par une impulsion naturelle et irrésistible. Chacun sera libre, n'étant sujet que de la loi , c'est-àdire de la raison même et de la justice reconnues par tout un peuple. Chacun restera dans sa condition, chacun fera ce qu'il doit faire. Dès lors le gouvernement sera bon quelles qu'en soient les institutions et la forme : là où la justice est souveraine, tout pouvoir devient légitime.

« Que le commandement soit entre les mains · d'un seul ou de plusieurs, les lois fondamentales » de l'État demeurent immuables, tant qu'il ob » serve dans l'éducation les règles indiquées plus

baut (2). »

Nul n'est mieux entré dans la pensée de Platon que celui qui a dit : « Voulez-vous prendre une » idée de l'éducation publique : lisez la République

(1) Plat., p. 444, 4, b. (2) Ibid., p. 445, d, es

66 LA JUSTICE, FONDEMENT DE L'ÉDUCATION.

de Platon. Ce n'est point un ouvrage de poli, tique, comme le pensent ceux qui ne jugent des » livres que par leur titre. C'est le plus beau traité , d'éducation qu'on ait jamais fait. » (Rousseau, Émile , liv. I.)

CHAPITRE VI.

DE L'UNITÉ NATIONALE.

SOMMAIRE : Que l'unité parfaite, l'harmonie de l'État est la forme par ex.

cellence, l'expression véritable de la justice. — Exagération de ce principe, ce qu'on appelle aujourd'hui le Communisme.

Nous savons que l'État emprunte sa valeur des citoyens qui le composent (1); les citoyens, de l'éducation qui les a formés (2); l'éducation, de la justice qui en est le principe, la règle et le but (3). Nous avons assisté à la naissance de la Justice : nous l'avons vue s'affermir dans le sein de l'État, par le sage équilibre des fonctions sociales. Nous avons déterminé les caractères qui lui sont propres, caractères naturellement conformes à son origine (4). Il est aisé maintenant de marquer son véritable rôle dans la société humaine.

Comme la justice est née des rapports intimes qui lient les citoyens entre eux par un échange mutuel de devoirs et de services, la forme la plus parfaite et l'expression la plus pure de la justice doit être l'unité de l'État, l'étroite fraternité de ses membres, l'accord et l'harmonie de toutes ses parties. « Quel est le plus grand bien d'un État, celui

(1) Chap. III.
(2) Chap. IV.
(3) Chap. V.
(1) Ibid.

» que le législateur doit se proposer comme but, » et quel en est le plus grand mal ? Le plus grand ► mal d'un État, c'est ce qui le divise et forme plu, sieurs cités d'une seule. Son plus grand bien, » c'est ce qui en lie toutes les parties et le rend » un (1). »

Sans doute, en écrivant ces lignes, Platon songe aux destinées de la Grèce : témoin de la décadence précoce de sa patrie, il voit condamnées par les exemples de l'histoire, par les tristes leçons de l'expérience, la discorde et la désunion. qu'il proscrit , au nom de la science, comme un fléau mortel pour les sociétés. Invincible à Marathon, à Salamine, à Platée, où l'invasion étrangère suspend les luttes intérieures, et réunit dans le sentiment du péril commun des cités rivales et ennemies, la Grèce, à peine affranchie des Barbares, s'épuise en dissensions intestines, et tourne ses forces contre elle-même. «O vous, s'écrie Aristophane, qui » å Olympie, aux Thermopyles , à Delphes, ar» rosez les autels de la même eau lustrale, et ne » formez qu'une seule famille, vous ruinez par la » guerre les Grecs et leurs villes, en présence des · Barbares vos ennemis (2). , Athènes triomphe

(1) Plat., p. 462, a. b.
(2) Aristoph., Lysistrata, v. 1127 Et plus loin, vers 1247 :

u O Muse, tu vis près d'Artemisium, les Athéniens, semblables à des » Dieux, s'élancer sur les vaisseaux ennemis, el vaincre les Médes. Et » nous, Léonidas nous poussail au combat comme des sangliers qui ont » aiguisé leurs défenses ; l'écume inondait notre chevelure et tout notre

corps : c'est que les Perses égalaient en nombre les grains de sable de la » mer. Reine des bols, Diane chasseresse, viens présider à notre alliance , »» viens consacrer notre éternelle union! Que désormais la douce amitié » règne entre nous. >>

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