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conduit alors à Clotho, qui, par son immortelle main et les révolutions du fuseau infatigable, lui assure le destin qu'elle a choisi. Après ce gage sacré de leur union, ils s'approchent ensemble d'Atropos qui file les jours du monde, et la trame est irrévocable. Enfin, sans retourner la tête, on arrive au trône de la Nécessité. Dès qu'on a passé devant elle, on se trouve dans le champ de l'Oubli, affreux désert, séjour brûlant, privé d'ombre et de verdure. Il fallut nous arrêter le soir au bord du fleuve Amélès, dont aucun vase ne saurait contenir l'eau fugitive. On est obligé d'en boire ; des imprudens en boivent trop; d'autres qui en boivent sans cesse perdent c'étoute mémoire. Nous dormions près du fleuve, tait le milieu de la nuit : soudain le tonnerre gronde, l'immensité s'ébranle, et les âmes, lancées dans l'espace comme des astres, vont çà et là prendre une

vie nouvelle.

Il m'était défendu de boire à la source d'oubli; mais comment, par quelle route mon âme est-elle revenue dans ce corps qu'elle a retrouvé? je l'ignore. Un matin, promenant tout-à-coup les yeux autour de moi, je me suis vu sur le bûcher funèbre.

Tel est le récit que la tradition a fait vivre jusqu'à nous. Cette leçon peut nous sauver : si l'homme en profite, il passera heureusement le Léthé, et son âme ne sera pas déshonorée par les taches du crime.

RÉPUBLIQUE, LIV. X.

QUID BONIS ET MALIS FUTURUM.

Εὖ οἶδ ̓ ὅτι, ἐάνπερ εἰσίω εἰς δικαστήριον περὶ τούτων τινὸς κινδυνεύων ὧν σὺ λέγεις, πονηρός τίς με ἔσται ὁ εἰσάγων· οὐδεὶς γὰρ ἂν χρηστὸς μὴ ἀδικοῦντ ̓ ἄνθρωπον εἰσάγοι. Καὶ οὐδέν γε ἄτοπον εἰ ἀποθάνοιμι· βούλει σοὶ εἴπω διότι ταῦτα προσδοκῶ; Οἶμαι μετ ̓ ὀλίγων Αθηναίων, ἵνα μὴ εἴπω μόνος, ἐπιχειρεῖν τῇ ὡς ἀληθῶς πολιτικῇ τέχνῃ, καὶ πράττειν τὰ πολιτικὰ μόνος τῶν νῦν· ἅτε οὖν οὐ πρὸς χάριν λέγων τοὺς λόγους οὓς λέγω ἑκάστοτε ἀλλὰ πρὸς τὸ βέλτιστον, οὐ πρὸς τὸ ἥδιστον, καὶ οὐκ ἐθέλων ποιεῖν ἃ σὺ νῦν παραινεῖς, τὰ κομψὰ ταῦτα, οὐχ ἕξω ὅ τι λέγω ἐν τῷ δικαστηρίῳ.

Κρινοῦμαι γὰρ, ὡς ἐν παιδίοις ἰατρὸς ἂν κρίνοιτο, κατηγοροῦντος ὀψοποιοῦ. Σκόπει γὰρ, τί ἂν ἀπολογοῖτο ὁ τοιοῦτος ἄνθρωπος ἐν τούτοις ληφθεὶς, εἰ αὐτοῦ κατηγοροῖ τὶς λέγων, ὅτι· Ω παῖδες, πολλὰ ὑμᾶς καὶ κακὰ ὅδε εἴργασται ἀνὴρ καὶ αὐτοὺς, καὶ τοὺς νεωτάτους ὑμῶν διαφθείρει· τέμνων τε, καὶ κᾴων, καὶ ἰσχναίνων, καὶ πνίγων, ἀπορεῖν ποιεῖ, πικρότατα πόματα διδοὺς, καὶ πεινῇν καὶ διψῇν ἀναγκάζων, οὐχ ὥσπερ ἐγὼ πολλὰ καὶ ἡδέα καὶ παντοδαπὰ εὐώχουν ὑμᾶς. Τί ἂν οἴει ἐν τούτῳ τῷ κακῷ ἀποληφθέντα ἰατρὸν ἔχειν εἰπεῖν; ἣ, εἰ εἴποι τὴν ἀλήθειαν, ὅτι, Ταῦτα πάντα ἐγὼ ἐποίουν, ὦ παῖδες, ὑγιεινῶς· ὁπόσον οἴει ἂν ἀναβοῆσαι τοὺς τοιούτους δικα

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LA VERTU, LE CRIME, L'AVENIR.

OUI, je puis être traîné devant les juges d'Athènes, Mais je le sais d'avance: il n'y aura qu'un méchant qui ose accuser Socrate; car l'homme de bien n'accuse jamais l'innocent. Je puis aussi mourir condamné. Pourquoi ? — C'est que j'entreprends, seul ou presque seul dans Athènes, d'être homme et citoyen; et comme je dis tout, excepté des flatteries, comme je cherche le vrai plutôt que l'agréable, comme je ne veux point de cet art fastueux des rhéteurs, je n'aurai rien à répondre aux juges.

Que dirait, devant un tribunal d'enfans, le médecin qui les soigne accusé par l'esclave qui les nourrit? Enfans, s'écrierait le délateur, voilà celui qui vous met au supplice: armé du fer et de la flamme contre vous et des infortunés plus jeunes encore, il vous amaigrit, il vous dessèche; et par son ordre, des boissons amères, la faim la soif vous tourmentent. C'est moi, moi, seul qui satisfais votre appétit et songe à vos plaisirs. Que répondra le médecin à l'accusation? Mes enfans, dira-t-il, je n'ai rien fait que pour votre santé. Il a raison; mais quels cris vont s'élever d'un

στάς; Οὐ μέγα; Οὔκουν οἴει ἐν πάσῃ ἀπορίᾳ ἂν αὐτὸν ἔχεσθαι ὅ τι χρὴ εἰπεῖν; Πάνυ γε.

Τοιοῦτον μέντοι καὶ ἐγὼ οἶδα ὅτι πάθος πάθοιμι· ἂν εἰσελθὼν εἰς δικαστήριον. Οὔτε γὰρ ἡδονὰς, ἂς ἐκπεπόρικα, ἕξω αὐτοῖς λέγειν· ἃς οὗτοι εὐεργεσίας καὶ ὠφελείας νομίζουσιν· ἐγὼ δὲ οὔτε τοὺς πορίζοντας ζηλῶ, οὔτε οἷς πορίζεται. Εάν τέ τίς με ἢ νεωτέρους φῇ διαφθείρειν, ἀπορεῖν ποιοῦντα, ἢ τοὺς πρεσβυτέρους κατηγορεῖν, λέγοντα πικροὺς λόγους ἢ ἰδίᾳ ἡ δημοσίᾳ, οὔτε τὸ ἀληθὲς ἕξω εἰπεῖν, ὅτι, Δικαίως πάντα ταῦτα ἐγὼ λέγω καὶ πράττω, τὸ ὑμέτερον δὴ τοῦτο, ὦ ἄνδρες δικασταί, οὔτε ἄλλο οὐδέν. Ωστε ἴσως, ὅ τι ἂν τύχω, τοῦτο πείσομαι.

Δοκεῖ οὖν σοί, ὦ Σώκρατες, καλῶς ἔχειν ἄνθρωπος ἐν πόλει οὕτω διακείμενος, καὶ ἀδύνατος ὢν ἑαυτῷ βοηθεῖν; Εἰ ἐκεῖνό γε ἐν αὐτῷ ὑπάρχοι, ὦ Καλλίκλεις, ὃ σὺ πολλάκις ὡμολόγησας· εἰ βεβοηθηκὼς εἴη αὑτῷ, μήτε περὶ ἀνθρώπους, μήτε περὶ θεοὺς ἄδικον μηδὲν μήτε εἰρηκὼς μήτε εἰργασμένος. Αὕτη γάρ τις βοήθεια ἑαυτῷ πολλάκις ἡμῖν ὡμολόγηται κρατίστη εἶναι. Εἰ μὲν οὖν ἐμέ τις ἐξελέγχοι ταύτην τὴν βοήθειαν ἀδύνατον ὄντα ἐμαυτῷ καὶ ἄλλῳ βοηθεῖν, αἰσχυνοίμην ἂν καὶ ἐν πολλοῖς καὶ ἐν ὀλίγοις ἐξελεγχόμενος, καὶ μόνος ὑπὸ μόνου· καὶ εἰ διὰ ταύτην τὴν ἀδυναμίαν ἀποθνήσκοιμι, ἀγανακτοίην ἄν. Εἰ δὲ κολακικῆς ῥητορικῆς ἐνδείᾳ τελευτῴην ἔγωγε, εὖ οἶδα ὅτι ῥᾳδίως ἴδοις ἄν με φέροντα τὸν θάνατον· αὐτὸ μὲν γὰρ τὸ ἀποθνήσκειν οὐδεὶς φοβεῖται, ὅςτις μὴ παντάπασιν ἄλογός τε καὶ ἄνανδρός ἐστι· τὸ δὲ ἀδικεῖν φοβεῖται. Πολλῶν γὰρ ἀδικημάτων γέμοντα τὴν ψυχὴν εἰς

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tel tribunal! On lui ferme la bouche, on le condamne.

Et moi aussi, traduit en justice, que ferai-je ? Socrate ne peut dire à ses juges: Rappelez-vous mes bienfaits. Car ils entendent par là des flatteries, des plaisirs; et je n'envie ni ceux qui les donnent, ni ceux qui les reçoivent. Si l'on m'accuse de corrompre et de tourmenter la jeunesse par mes questions, d'insulter même aux plus âgés en blâmant partout leurs erreurs et leurs fautes, répondrai-je : Athéniens, mes actions, mes paroles sont justes; votre bien, votre seul intérêt m'inspire. C'est la vérité; mais j'entends déjà prononcer ma sentence.

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Quoi? nous ne plaindrons pas un homme si faible contre les lois de sa patrie? Non, s'il est fort avec lui-même, s'il trouve de quoi répondre à sa conscience, si aucun mot, aucun fait de sa vie ne l'a rendu coupable envers les hommes ni les dieux. Cette force intérieure, vous ne pouvez vous empêcher d'en convenir avec moi, est une arme invincible. Si dans cette cause ou dans quelque autre, je me sentais privé de cette défense, je rougirais d'une condamnation où publique ou secrète; je rougirais encore, condamné par moi seul, et je mourrais avec effroi. Mais si je ne meurs que pour n'avoir pas su flatter comme un sophiste, vous me verrez calme au dernier moment: car la mort en elle-même n'épouvante que les sots et les lâches. C'est de l'iniquité qu'il faut trembler, parce qu'il n'y a pas de sort plus affreux que d'arriver en

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