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PREMIÈRE PARTIE.

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RELIGION.

1. Religion. II. Morale. 111. Politique. Le génie de Platon a tout embrassé, comme celui de Montesquieu : « L'homme, dit l'auteur de l'Esprit des Lois, I, 1, pouvait à tous les instans oublier son créateur; Dieu l'a rappelé à lui par les lois de la Religion. Il pouvait à tous les instans s'oublier lui-même; les philosophes l'ont averti par les lois de la Morale. Fait pour vivre dans la société, il y pouvait oublier les autres; les législateurs l'ont rendu à ses devoirs par les Lois politiques et civiles. »

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DIEU.

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presque tous

Pag. 73. L'Eternel créa le monde.... «L'Eternel résolut, dans la plénitude des temps , de former des êtres divins et heureux comme lui. Ces êtres n'étaient pas; il voulut , et ils furent ». Shustah. « C'était l'aurore des siècles ; Dieu seul vivait. Il n'existait encore ni rivage, ni mer, ni douce haleine des vents : point de terre, point de cieux: partout le vaste abîme de l'espace. » Edda. Tel est le début de les anciens livres religieux. Cependant Gassendi, Hardouin, Brucker, etc., prétendent qu'on ne trouve nulle part

dans Platon le Dieu créateur ; Mosheim s'applique surtout à le prouver dans les chap. 15 et suivans de sa dissertation, de Creatione ex nihilo, p. 973 de sa traduction de Cudworth ; et St.-Basile ; avant eux , croyait que l'erreur de Platon venait de ces mots de la Genèse , 1, 2: « Or la terre était vide , solitaire , et les ténèbres couvraient la face de l'abîme. » Mais

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que signifient donc ces termes Platoniques, l'auteur, le formateur, le père? Ne valent-ils pas bien xtiotus, que l'on voudrait voir dans le texte , que l'on attaquerait s'il s'y tronvait, et qui ne veut dire que fondateur? Sans doute la matière préexiste, suivant le Timée; mais elle avait été créée par Dieu même, Sophist. , p. 185, C; Phileb. , p. 378, A. C'est l'opi -nion des Platoniciens, Clément d'Alexandrie , Strom., V, p. 592 , D; Iamblique , de Myster. Ægypt., V, 23; VIII, 2; Porphyre, ap. AEneam in Theophr. , p. 56; Hiéroclès, de Prov., ap. Phot. , codd. 214, 242; et le formateur du monde est toujours le Dieu créateur. Si , malgré ces textes et quelques autres, qui mériteraient d'être discutés, on s'en tient à Popinion de Mosheim, qu'on ne s'imagine point que

l'école de Socrate en ait eu pour cela une idée moins haute de la Divinité. L'abbé d'Olivet, plus juste que le Père Hardouin, qui cherche partout des preuves d'athéisme, prend un sage parti dans sa Théologie des philosophes , et il justifie Platon, s'il s'est trompé : «Un métaphysicien le sauvera, en disant que la qualité de créateur, qui suppose la puissance réduite à l'acte, n'est pas un des attributs essentiels de la divinité , puisque Dieu, ayant créé le monde librement, pouvait ne pas le créer. » Je ne veux donc pas, dès les premiers mots, combattre

pour des doutes. Pag. 73. Et quand cette image des êtres intelligibles.... Plutarque, de Placit. philos., I, 7; II , 6. Cudworth , qui veut voir ici les trois hypostases, est fort bien réfuté par Mosheim, son commentateur, Syst. intell. , IV, 36, not. 73. Ces dieux éternels sont les idées. « Il est indubitable , dit Malebranche, qu'il n'y avait que Dieu seul avant que le monde fût créé, et qu'il n'a pu le produire sans connaissance et sans idées ; que ces idées ne sont point différentes de lui-même; et qu'ainsi toutes les créatures, même les plus matérielles et les plus terrestres, sont en Dieu, quoique d'une manière toute spirituelle et que nous ne pouvons comprendre. » Recherche de la Vérité, III, 2,5.

Dieu , content de son ouvrage.... Genèse, I, 10, 12, 18, et sup. Rollin rapproche les deux passages, en parlant de l'obéissance des Spartiales à l'ordre établi par Lycurgue , et de la joie secrète du législateur. Traité des Etudes, "liv. V, 3e part. , C. 2. Il les compare encore, Hist, anc. , XXVIII, 2, 3. Cette pensée se trouve aussi dans le Shastah des Brames. M. de Châteaubriand, Génie du Christianisme , 2° part. , liv. VI, c. 2,

fait cependant cette observation : « Dieu qui voit la lumière , et qui, comme un homme content de son ouvrage , s'applaudit lui-même et la trouve bonne , est un de ces traits qui ne sont point dans l'ordre des choses humaines; cela ne tombe point naturellement dans l'esprit. Homère et Platon , qui parlent des dieux avec tant de sublimité, n'ont rien de semblable à cette naïveté imposante: c'est Dieu qui s'abaisse au langage des hommes pour leur faire comprendre ses merveilles, mais c'est toujours Dieu. » On voit qu'il y a ici une erreur légère. Montesquieu aurait dit : « Si ce grand homme a erré, que ne dois-je pas craindre » ? Espr. des L., XXX, 25.

Pag. 73. Il fit une image mobile de l'éternité ; et gardant pour lui la durée indivisible.... (Timée de Locres, de Univ., II, 6; Plutarque, de Pl. phil., 1, 21; Cicéron, Tuscul., I, 27.)

Le temps, cette image mobile
De l'immobile éternité.

J. B. R., Od., III, 2. Lorsque Dieu existait seul, il forma le dessein de créer le monde : il créa d'abord le temps ». Veidam. Dans la fable, Saturne est fils de Coelus.

(C

Dieu dit au mouvement: Du temps sois la mesure.

Il dit à la nature :
Le temps sera pour vous,

l'éternité pour moi.
THOMAS, Ode sur le Temps.

Elle est, voilà son attribut. « Dieu dit à Moïse: Je suis celui qui suis. Ainsi tu diras aux fils d'Israël : Celui qui est m'a envoyé vers vous. » Exode , III, 14. Oui, Platon connaissait nos livres, s'écrie St.-Augustin, en faisant ce parallèle, de Civit. D., VIII, 11. « Dieu , père du monde, communique l'être à tout ce qui existe; et seul, il est de lui-même. » Origène, de Princip., lib. 1; Chalcidius, in Tim., c. 105. «Il est, dit Iamblique, il règne, dans la solitude de son unité. » De Myster., VIII, 2. Voici des paroles inspirées par la même pensée à l’éloquence de Fénélon, Exist. de Dior, II, 5. a C'est retomber dans l'idée du temps et confondre tout, que de vouloir imaginer en Dieu rien qui ait rapport à aucune succession: en lui rien ne dure , parce que rien ne passe; rien n'a été ,

une folie

rien ne sera, tout est fixe.... 0 Dieu , vous ne pouvez souffrir aucun passé et aucun avenir en vous. C'est

que de vouloir diviser votre éternité, qui est une permanence indivisible : c'est vouloir que le rivage s'enfuie, parce qu'en descendant le long d'un fleuve je m'éloigne toujours de ce rivage immobile. » Voy. encore Malebranche, Rech. de la Vérité, IV, 11. Platon semble promettre de réfuter ailleurs ce faux langage; il tient parole vers le commencement du Théétète, éd. de 1602, p. 116. Cicéron parle d'après lui, Tuscul. , I, 24; et Plutarque , sur l’Inscr. de Delphes, etc.

Pag. 75. L'immuable ne peut être de la veille ni du lendemain. Les Indiens donnent au souverain Etre le surnom d'immobile, panamanack. Bernier, I. III. C'est peut-être pour une raison plus profonde que celle que Montesquieu suppose, Espr. des L., XIV, 5. « Notre globe a eu sans doute ses métamorphoses, ses changemens de forme; et chaque globe a eu les siennes, puisque tout étant en mouvement, tout a dû nécessairement changer : il n'y a que l'immobile qui soit immuable. » Volt., Quest. sur Encycl.

Le temps naquit avec le ciel.... Fénelon Exist. de Dieu, II, 5. Aristote croit le monde éternel ( du Ciel, 1, 10; Cicér., Tuscul., I, 29), ét Ocellus avant lui, I, 2. On voit toutes les conséquences de ce principe : Aristote n'en évite aucune. Les scholastiques avaient bien mal choisi leur philosophe.

La parole et la pensée de Dieu.... Le P. Mourgues , Plan théologique du Pythagorisme, p. 167, veut qu'on traduise : Le Verbe et la pensée divine. Il se fonde sur l'autorité de Philon , d’Eusébe et de Théodoret. Plus littéralement, le Verbe et l'Esprit. Voy. sur la trinité platonique les Notes du morceau suivant.

Et les cinq autres astres. « Avant Platon, et de son temps, par le nom de planètes on entendait Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. » Note de Barthélemy sur le chap. 31 d'Anacharsis. Ainsi dans Cicéron : Lunce , solis , quinque errantium. Tuscul., I, 25; de Nat. d., 1, 31;II, 20, etc.

Ici commence un des fragmens de la traduction du Timée attribuée à Cicéron, de Universitate, c. 9. Cependant son Velléius , de Nat. d., 1,8, prête à Platon des sentimens qu'il n'eut jamais. Cicéron, traducteur du Timée , PENSÉES DE PLATON.

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avoue , de Finib., Il, 5; Academ., II, 39, qu'il n'est pas sûr de l'avoir entendu. Je suis effrayé de cet aveu.

Pag. 77. Je me perdrais à travers tant de nouveaux prodiges. « Nous avons beau enfler nos conceptions, nous n'

n'enfantons que des fantômes au prix de la réalité des choses. C'est une splère infinie, dont le centre est partout, la circonférence nulle part. Enfin c'est un des plus grands caractères sensibles de la toute-puissance de Dieu, que notre imagination se perde dans cette pensée. » Pascal.

Chacun d'eux suivit le mouvement oblique qui lui est propre.... Dans le texte, l'Autre. - Maîtrisé par celui de l’ame universelle.... Dans le texte , le Même. « Le Même signifie un principe de mouvement ordonné à une fin, et qui tend à unir les substances par une forme régulière; l' Autre signifie le principe du mouvement désordonné, contraire à celui de Dieu ; principe qui agit au hasard, et qui tend à désunir et décomposer : l'un est Dieu, l'autre la matière. » Batteux, Rem. sur Timée de Locres. Voy. aussi l'Hist. des Causes premières, p. 275. Je crois avoir reconnu, après une longue étude des ouvrages de Platon, que, dans un sens plus restreint, mais toujours conforme à cette idée générale, il entend le plus souvent par la nature même le cercle des étoiles fixes, et par l'autre, celui des planètes et tout le système où notre terre se trouve comprise. Il ne faut jamais perdre de vue cette distinction dans la lecture des Dialogues, et surtout dans celle du Timée.

Et dont le mowement apprit l'art des nombres..., « S'il est vrai, ce que dit Platon, que le soleil et la lune aient enseigné aux hommes la science des nombres, c'est-à-dire, qu'on ait commencé les comptes réglés par celui des jours, des mois et des ans , les Egyptiens sont les premiers qui aient écouté ces merveilleux maîtres. Les planètes et les autres astres ne leur ont pas été moins connus,

et ils ont trouvé cette grande année qui ramène tout le ciel à son premier point. » Bossuet, Disc. sur l'Hist. unio., III, 3. L'année Platonique est de 12,954 ans, suivant les anciens astronomes, et de 25,920, suivant quelques modernes. Cicéron en parle, de Nat. d., II, 20; de Rep., VI, 15; Plutarque, Sylla, c. 7; le dialogue de Oratoribus , c. 16; Solin , c. 36; Censorinus, c. 18; Chalcidius, in Tim., c. 117 et 146;

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