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saint Paul de Narbonne sont disciples de saint Paul; que saint Saturnin de Toulouse et saint Martial de Limoges ont aussi été des hommes apostoliques ; qu'enfin, plusieurs autres fondateurs de nos églises avaient la même qualité, et que quelques-uns avaient scellé leur prédication par l'effusion du sang (1).

Parmi les partisans plus ou moins exagérés de cette opinion, on distingue le savant archevêque de Toulouse de Marca, qui, dans une lettre latine adressée à H. de Valois, soutient avec autant d'érudition que de chaleur, le fait des missions apostoliques du premier siècle (2); le bénédictin Jean Bondonnet, l'un des plus rudes adversaires du docteur de Launoy, dont nous parlerons bientôt (3); le célèbre Chifflet, pour qui Denis l'aréopagite et Denis, évêque de Paris, ne sont qu'un même apôtre, parce qu'en effet cette identité est l'un des principaux fondemens du système qui rattache l'église la plus vénérable de France aux temps les plus reculés du christianisme (4); René Ouvrard , chanoine de Tours (5), et Bernard Labenazie, autre

و

(1) Dom Liron, Sing. hist., t. 4, p. 50.

(2) Epist. ad Henr. Valesium de tempore quo primùm in Gal. lis suscepta est Christi fides. 1658, in-8°.

(3) Réfutation des trois Dissertations de M. de Launoy, touchant les Missions apostoliques dans les Gaules, au jer siècle, 1653, in-40.

(4) Dissertatio de uno Dionysio primùm Areopagitå et episcopo Atheniensi, deindè Parisiorum apostolo et martyre. 1676, in-8". La traduction française in-12 est du même auteur.

(5) Défense de l'ancienne tradition des églises de France, or

chanoine d’Agen (1), ont aussi combattu dans les mêmes rangs, et défendu avec un zèle plus ardent que réfléchi l'antiquité des églises des premiers siècles, et ce qui leur a paru être la conséquence inévitable de nos plus anciennes traditions.

D'autres ont soutenu, au contraire, que l'établissement du christianisme dans les Gaules ne remonte pas au-delà du milieu du troisième siècle, et que l'Evangile n'y a été prêché, au plus tôt, qu'à la fin du second.

Telle est la thèse soutenue par le docteur de Launoy, dont l'ardeur infatigable dans cette lutte, semblait devoir dompter tous ses adversaires, et n'obtint cependant qu'un demi-triomphe (2).

On lit dans Sulpice Sévère que la persécution ayant recommencé sous Marc-Aurèle, successeur d’Antonin, ce fut alors que l'on vit pour la première fois des martyrs dans les Gaules, la religion chrétienne ayant été reçue plus tard au-delà des Alpes (3).

la Mission des premiers predicateurs dans les Gaules, du temps des apôtres....; par R. O. (René Ouvrard'). 1678, in-80.

(1) Défense de l'antiquité des églises de France...... contre les principes de Launoy (par Labenazie ). 1696, in-12.

(2) Joannis Launoii, Constantiensis, dispunctio epistolae de tempore quo primùm in Galliis suscepta est Christi fides. 1659, in-8°. Launoy avait déjà écrit précédemment contre la venue de sainte Madeleine à Marseille. i643, in-8°.

(3) Hist. sac.

D'un autre côté, Grégoire de Tours nous apprend que, « vers l'an 250, sous l'empire de Decius, la ville « de Toulouse commença d'avoir un évêque, qui fut « saint Saturnin, et que ce prélat fut envoyé de Rome « avec six autres pour prêcher l'Evangile dans les « Gaules; savoir: Gatien à Tours, Trophime à Arles, « Paul à Narbonne, Denis à Paris, Austremoine à « Clermont, et Martial à Limoges (1). » Voilà ce qu'on appelle la mission des sept évêques.

C'est principalement d'après ces deux autorités que de Launoy et ses auxiliaires ont ramené la fondation des premières églises de France au troisième siècle.

Mais, en admettant que Sévère et Grégoire ne se soient point trompés, et que les passages cités aient été bien compris par ceux qui s'en appuient, la mission des sept évêques, au milieu du troisième siècle, n'excluerait

pas

absolument la possibilité d'une prédication antérieure; et il se pourrait que

l'établissement du christianisme dans les Gaules, sans avoir été général ni florissant, ni même stable dès le temps

des apôtres, pût néanmoins se rattacher par quelques liens aux premières missions apostoliques.

De là une troisième opinion moyenne, qui se divise en deux nuances différentes.

Abbadie, chanoine de saint Gaudin de Comminges, entreprit de concilier tous les esprits, en admettant à la fois la mission des sept évèques dans le troi

(1) Hist. fr., l. 2, c. 8.

et les

sième siècle, et une prédication antérieure vers la première moitié du second siècle; mais, suivant cet auteur,

la foi se serait fort affaiblie et presqu'éteinte dans l'intervalle de la première mission à la seconde,

sept évêques envoyés pour la rétablir auraient complété cette ouvre sous l'empire de Dèce.

D'autres, enfin, adoptant l'existence de missions vraiment apostoliques qui auraient répandu les premiers germes du christianisme dans les Gaules dès le prenier siècle, et sans admettre que ces germes aient été étouffés depuis par des circonstances que rien ne démontre, ont cru devoir conserver à saint Grégoire de Tours la confiance dont il jouit comme père de notre histoire, et ne rattacher la prospérité générale de l'Eglise chrétienne dans les Gaules qu'à la mission des sept évêques. Ceux-ci pensent donc

que

les effets de la prédication apostolique ont commencé à se manifester chez nos pères dès le premier siècle, mais que la religion chrétienne ne s'est généralement propagée et n'est devenue florissante dans les Gaules

que vers le milieu du troisième siècle.

Cette opinion, fondée sur les données les plus vraisemblables, et qui peut seule se soutenir sans le secours de suppositions forcées, a été partagée par les meilleurs esprits; et il nous suffira de faire observer que le Nain de Tillemont, Fleury et l'abbé Lebeuf ne s'en sont point éloignés dans leurs ouvrages, pour justifier la préférence qu'elle nous paraît mériter sur toutes les autres.

Tel est aussi le sentiment développé dans la Dissertation que nous donnons ici sur l'Etablissement du christianisme dans les Gaules. Cet écrit est surtout remarquable par une grande concision et par une sagesse de style assez rare dans ces sortes d’écrits ; elle est placée à la tête de l'Histoire de l'Eglise gallicane, par plusieurs jésuites, dont les huit premiers volumes sont du Père Longueval (1).

C'est ici le cas de signaler, comme l'un des ouvrages les plus savans et les plus forts qu'on ait écrits pour

la défense de l'extrême antiquité de notre Eglise, la Dissertation publiée par dom Liron, bénédictin de la congrégation de saint Maur, qui forme la principale pièce du tome 4 de ses Singularités historiques et littéraires (2). L'opinion de ce docte critique se distingue encore, par des nuances marquées, de toutes celles dont il vient d'être question, et avec lesquelles nous devions conséquemment éviter de la confondre.

Dom Liron ne cherche pas son appui dans l'identité supposée de Denis l'aréopagite avec le premier évêque de Paris : il prouve, ou du moins il soutient, par des argumens moins faciles à détruire, contre ceux qui suivent Grégoire de Tours et la mission des sept évêques, que les églises des Gaules ont été fon

(1) Paris, 1730-49. 18 vol. in-4°. Les continuateurs de Longueval sont les PP. Claude Fontenay, Brumoy et Berthier.

(2)Recueil savant et peu commun, composé de 4 v. in-12, qui ont paru successivement à Paris. Le dernier est de 1740.

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