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par des hommes apostoliques dès le premier siècle; qu'elles étaient en grand nombre et très-florissantes dans le second, et que la foi se trouvait répandue chez toutes les nations gauloises et celtiques dès le commencement du quatrième siècle.

Comme il n'est pas sans intérêt de savoir par quels moyens on a pu ébranler et (suivant le critique) ruiner l'autorité de Sévère et de Grégoire de Tours en pareille matière, nous donnerons, à la suite de la Dissertation du Père Longueval, l'analyse des Recherches de dom Liron, dans ce qu'elles ont de plus substantiel, et le lecteur en jugera. (Edit

. C. L.)

I, roe LIV.

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DISSERTATION

SUR LE TEMPS DE L'ÉTABLISSEMENT DE LA RELIGION CHRÉTIENNE

DANS LES GAULES (1).

Je n'ignore pas que le sujet de cette Dissertation a été traité par d'habiles critiques; mais je sais qu'il n'a pas été épuisé : il у

reste des difficultés que je me trouve obligé, par le dessein de mon ouvrage, d'approfondir, pour éclaircir un des points les plus intéressans de l'histoire que j'écris.

Il s'agit de savoir si le christianisme a été établi dans les Gaules par les disciples des apôtres dès le premier siècle de l'Eglise, ou si l'on doit différer l'époque de son établissement jusqu'au milieu du troisième siècle. Les deux opinions ont des autorités et des défenseurs respectables : les uns, en soutenant l'antiquité de l'Eglise gallicane, ont cru devoir combattre avec zèle

la gloire de leur patrie ; les autres, en l'attaquant, se sont flattés de ne combattre que pour la défense de la vérité, et ils ont cru, avec raison, qu'une Eglise aussi illustre n'avait

pour

(1) Par le P. Jacques Longueval, jésuite, né près de Péronne, en 1680, auteur de divers écrits estimés sur des matières religieuses, et notamment des huit premiers volumes de l'Hist. de l'Eglise gallicane; mort subitement le 14 janvier 1735.

(Edit. C. L.)

pas

besoin de faux titres de noblesse. Mais la chaleur qui se mêle presque toujours dans ces sortes de disputes, a fait donner les uns et les autres dans des extrémités également condamnables. Ceux-là se sont engagés à défendre un grand nombre de traditions populaires , et à soutenir les pièces les plus décriées; et ceux-ci n'ont pas toujours déféré aux témoignages les plus dignes de foi. Pour éviter également l'un et l'autre de ces écueils, et pour rendre la vérité plus sensible en la débarrassant des difficultés qui l'obscurcissent, je vais tâcher de démêler par quelques propositions ce qui paraît dans cette question de certain, d’avec ce qu'il y a de douteux ou même de faux.

PREMIÈRE PROPOSITION.

Il paraît certain que la religion chrétienne

a été établie dans les Gaules,
dès le premier siècle, par les disciples des apôtres.

Il faut convenir d'abord que les préjugés les plus légitimes favorisent ce sentiment. Il est difficile de se persuader que saint Pierre et saint Paul étant à Rome uniquement occupés à la propagation de l'Evangile, aient négligé de le faire annoncer à une nation aussi illustre et aussi voisine de l'Italie que l'étaient les Gaulois. Le zèle de ces saints apôtres serait une raison suffisante de présumer qu'ils l'auront fait; mais on ne manque pas de preuves positives pour établir cette vérité.

Saint Epiphane assure que saint Luc et quelques autres disciples de saint Paul ont prêché la foi dans la Gaule. « Le ministère de la divine parole, dit ce « saint docteur (1), ayant été confié à saint Luc, il « l'exerça en passant dans la Dalmatie, dans la Gaule, << dans l'Italie et dans la Macédoine, mais particuliè« rement dans la Gaule, ainsi que saint Paul l'assure « dans ses épîtres de quelques-uns de ses disciples. « Crescent, dit-il, est en Gaule. Car, ajoute saint « Epiphane, il ne faut pas lire en Galatie, comme « quelques-uns l'ont cru faussement, mais en Gaule. » Il ne s'agit pas de savoir si ce saint docteur a raison de lire, dans le texte de saint Paul, en Gaule, au lieu d'en Galatie; il nous suffit qu'il ait cru qu'on devait lire de la sorte, pour être en droit d'en conclure qu'il passait alors pour constant que saint Crescent avait prêché la foi dans la Gaule.

Ce sentiment était si bien établi dans l'Orient, que Théodoret, qui lit dans la Galatie, ne laisse

pas

d'entendre la Gaule, parce qu'en effet les Grecs donnaient ce nom à la Gaule; et les Galates n'avaient été ainsi nommés, qu'à cause qu'ils étaient une colonie de Gaulois. La tradition de l'église de Vienne confirme cette opinion : elle a cru, de morial, cette église, que saint Crescent, son premier évêque, fut disciple de saint Paul; et presque tous les

temps imme

(1) Epiphan. hæresi, 51, Edit. Petav., p. 433.

martyrologes lui donnent cette qualité. Il peut paraître étonnant que le Père Petau (1) prétende que la Gaule, qui fut, selon saint Epiphane, la mission de saint Luc, était la Gaule cisalpine. Il n'y avait plus de province ainsi nommée, du temps de ce saint docteur; et quand même le nom de cette province aurait subsisté, il est manifeste que, dès qu'on nomme simplement la Gaule, on doit entendre la Gaule proprement dite. On voit d'ailleurs, par le texte de saint Epiphane, que la Gaule où a prêché saint Luc est celle où a prêché saint Crescent, que l'église de Vienne reconnaît pour son fondateur. Nous croyons devoir nous rendre à l'autorité de saint Epiphane; il siérait mal à des écrivains français de combattre ce que des auteurs grecs, des saints Pères, respectables par leur antiquité et leur érudition, ont avancé de glorieux à l'Eglise gallicane. Il ne nous paraît pas moins certain

que

saint Trophime fut envoyé dans les Gaules par saint Pierre, et y fonda l'église d'Arles, qui fut, à ce qu'on croit, la première église des Gaules. Nous avons pour garant de ce fait une tradition si ancienne et si universellement reçue, qu'on ne pourrait la contredire sans témérité : c'est sur ce principe que

le
pape

saint Zozime fonde les priviléges qu'il accorde à l'église d’Arles ; c'est le motif de la requête que les évêques de la province d'Arles présentèrent à saint Léon, pour

le

supplier de rendre à cette métropole les priviléges qu'il lui avait ôtés. « Toute la Gaule sait, disent-ils, et la

(1) In notis ad Epiphan.

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