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« sainte Eglise romaine ne l'ignore pas, qu'Arles, la & première ville des Gaules, a mérité de recevoir de « saint Pierre saint Trophime pour évêque, et que « c'est de cette ville que le don de la foi s'est com« muniqué aux autres provinces des Gaules (1). » Si saint Trophime d'Arles n'avait reçu sa mission qu'au milieu du troisième siècle, comme on le prétend, aurait-on pu ignorer ce fait à Rome et dans la Gaule vers le milieu du cinquième siècle, ou ces évêques auraient-ils pu s'exprimer comme ils font? Peut-on supposer qu'ils ignorassent à Lyon et à Vienne, dès le second siècle, une chrétienté nombreuse qui avait donné à l'Eglise de si illustres martyrs ? Ainsi, en soutenant que l'église d’Arles est plus ancienne, ils prétendent qu'elle a été fondée dès le premier siècle.

C'est donc en vain que, pour éluder cette autorité, quelques critiques répondent que ces évêques, en disant que saint Trophime a été envoyé par saint Pierre, entendent seulement qu'il a été envoyé par le saint Siége. Je sais que saint Pierre, selon l'expression de saint Pierre Chrysologue, vivant et présidant toujours dans son siége, les envoyés du saint Siege sont quelquefois appelés les envoyés de saint Pierre : l'histoire nous en fournira plus d'un exemple; mais cette réponse ne peut avoir ici aucun lieu. Les évêques de la province d'Arles voulaient montrer l'antiquité de leur métropole : l'auraient-ils fait, s'ils avaient seu

(1) Preces episcop. Provinciæ Erelatens. T. 1, Concil. gall., p. 89.

de passer

lement prétendu dire que le premier évêque de cette église avait été envoyé par le saint Siege ?

Mais il y a peut-être quelque chose de plus glorieux encore à l'Eglise gallicane : on peut dire, avec assez de vraisemblance, que saint Paul en jeta lui-même les premiers fondemens. En effet, quand il écrivit sa lettre aux Romains, il avait dessein, comme il le marque,

de Rome en Espagne (1). Plusieurs saints Pères, comme saint Epiphane, saint Chrysostôme, saint Jérôme et Théodoret, veulent qu'il ait exécuté ce projet quand il fut élargi de sa première prison de Rome. Or, s'il alla de Rome en Espagne, il est vraisemblable qu'il y alla par le grand chemin qui conduisait d'Italie en Espagne, c'est-àdire

par la Gaule; et comme les voyages de saint Paul étaient autant de missions, on ne peut croire qu'il ait manqué d'annoncer la foi aux Gaulois. Une ancienne inscription trouvée en Espagne, nous apprend que le christianisme y avait pénétré dès le temps de Néron; elle était conçue en ces termes : A Néron, césar auguste, pour avoir purge la province de brigands, et de ceux qui enseignaient aux hommes une nouvelle superstition. Mais si la foi avait dès lors pénétré en Espagne, comment aurait-elle été inconnue dans les Gaules, plus voisines de l'Italie ?

Supposons cependant, si l'on veut, que tous ces faits sont incertains; voici des preuves plus solides de la vérité que j'ai avancée, et qu'on ne pourrait com

(1) Rom. 15, 25, 28.

battre sans démentir les auteurs les plus anciens et les plus respectables :

Saint Irénée, qui florissait au second siècle de l’Eglise, et qui écrivait dans le sein de la Gaule, nous assure que, de son temps, il y avait plusieurs Eglises établies parmi les Celtes et dans les Germanies, c'està-dire dans les deux provinces de la Gaule belgique, nommées la première et la seconde Germanie ; car on sait

que la foi ne pénétra que long-temps après dans la Germanie d'au-delà du Rhin. « Ces peuples, # dit ce saint docteur (1), qui parlent tant de lan« gues différentes, tiennent sur la foi le même lan« gage. Les Eglises qui sont dans les Germanies, dans «l'Espagne, parmi les Celtes, dans l'Orient, dans « l'Egypte et la Libye, ont toutes la même croyance ( et la même tradition. »

Tertullien, qui écrivait peu de temps après, ne craint pas de dire que toutes les Espagnes, les diverses nations des Gaules, et les endroits des îles britanniques inaccessibles' aux Romains, étaient soumis à Jésus-Christ (2). Ces diverses nations des Gaules étaient sans doute les Aquitains, les Celtes et les Belges : il y avait donc déjà des Eglises dans toutes ces provinces. Lactance s'exprime encore d'une manière plus forte ; il dit qu'après la mort de Domitien, arrivée dans le premier siècle, l'Eglise s'étendit de l'O

- (1) Iren., adver. hæres., l. 1, c. 5.

(2) Tertul., adv. Judæos, c. 7.

rient à l'Occident (1): « en sorte qu'il n'y avait au« cun coin de la terre, si reculé, où la lumière de la « foi n'eût pas pénétré; aucune nation, si barbare, « dont elle n'eût pas adouci les moeurs. Mais, ajoute<< t-il, cette longue paix fut troublée ; car, long-temps « après, Dèce s'éleva pour persécuter l'Eglise. » Ainsi, long-temps avant l'empire de Dèce, c'est-à-dire avant le milieu du troisième siècle, la religion chrétienne était répandue dans les diverses parties du monde. Ces autorités ont d'autant plus de force, que la plupart de ceux qui refusent de reconnaître l'établissement du christianisme dans les Gaules dès le premier siècle, le reculent jusqu'au milieu du troisième. Les critiques paraissent peu craindre ces raisonnemens, parce qu'ils se flattent d'avoir des armes invincibles pour combattre le sentiment que j'établis. Je vais tâcher de les leur enlever, ou de les tourner contre euxmêmes.

SECONDE PROPOSITION.

La religion chrétienne, quoiqu'établie dès sa naissance

dans les Gaules, n'y fit que peu de progrès pendant les deux premiers siècles.

Les plantes qui doivent durer plus long-temps sont celles qui prennent plus lentement leur accroiss ment. Il n'est pas surprenant que la foi, qui devait s'affermir si solidement dans la Gaule, ait été si long

(1) Lact., de Mortib. persecut, c. 3.

temps à y jeter des racines. Le

peu d'ouvriers qui furent d'abord employés à défricher ces terres, et le grand attachement des Gaulois pour leurs superstitions, purent en être la principale cause. Quoi qu'il en soit, les premiers progrès de l'Evangile, dans ces provinces, furent si lents, qu'ils parurent comme insensibles : les témoignages les plus formels justifieront ce que j'ai à prouver. u

Sept évêques écrivant d'un concile à sainte Radegonde, lui disent : « Quoique la religion ait été pré« chée dès sa naissance dans les Gaules, elle fut embrassée de

peu

de personnes (1). » Ce texte si court prouve également la première et la seconde proposition que j'ai avancées. Sulpice Sévère, Gaulois de naissance, parlant de la cinquième persécution, qui est celle de Marc-Aurèle, dit que ce fut alors qu'on « vit dans les Gaules les premiers martyres, la reli

gion, dit-il, ayant été reçue plus tard au-delà des « Alpes. » Tum primùm intra Gallias martyria visa, seriùs trans Alpes Dei religione suscepta. Il ne dit pas qu'elle y fut préchée plus tard ; il dit qu'elle y fut embrassée plus tard, parce qu'elle y fit peu de progrès dans les commencemens. L'auteur ancien des Actes de saint Saturnin tient le même langage. « La « connaissance de l'Evangile, dit-il, s'est répandue « dans toute la terre, insensiblement et comme pas « pas, et la prédication des apôtres a fait dans nos pro« vinces des progrès lents : tardo progressu. »

à

(1) Conc. gall., t. 1, p. 348.

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