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évêques de ces églises et de quelques autres n'ont pas même toute l'autorité nécessaire pour nous rassurer.

4° Grégoire de Tours, qu'on nomme, avec raison, le père de l'histoire de France, rapporte au consulat de Dèce, c'est-à-dire à l'an 250, la mission des fondateurs des principales églises des Gaules. « Ce fut « sous Dèce, dit-il (1), que sept évêques furent or« donnés et envoyés dans les Gaules pour y prêcher « la foi, ainsi

que

le
marque

l'Histoire du martyre « de saint Saturnin ; car on y lit : « Sous le consulat « de Dèce et de Gratus, comme on le sait par une « tradition fidèle, la ville de Toulouse eut saint Sa< turnin

pour son premier évêque. » Grégoire ajoute: « Voici donc les évêques qui furent envoyés : Gra« tien à Tours, Trophime à Arles, Paul à Narbonne, « Saturnin à Toulouse, Denis à Paris, Austremoine « en Auvergne, et Martial à Limoges. » On ne peut guère supposer que Grégoire, qui était évêque de Tours, qui avait été élevé dans l'église d'Auvergne sa patrie, et si voisine de Limoges, qui avait fait de fréquens voyages à Paris, ait ignoré la tradition de ces quatre églises sur l'époque de leur fondation. Les actes de saint Saturnin sont garans de ce qu'il avance

temps de ce premier évêque de Toulouse. La Vie de saint Paul de Narbonne ne contient rien qui nous oblige de le faire plus ancien. Il n'y a donc que saint Trophime d'Arles sur lequel il nous paraît

sur le

(1) Grég. Tur., Hist., l. 1, c. 18.

que Grégoire de Tours s'est trompé pour les raisons suivantes :

1° On croit devoir préférer à cet auteur le témoignage des évêques plus anciens, et mieux instruits des prérogatives de l'église d'Arles, leur métropole; nous avons rapporté leurs paroles.

2° Ce que saint Cyprien dit, dans une de ses lettres, de Marcien, évêque d'Arles, ne peut s'accorder avec le temps que Grégoire de Tours assigne à l'épiscopat de saint Trophime ; selon lui, Trophime fut envoyé de Rome à Arles, sous Dèce, c'est-à-dire au plus tôt l'an 249. On ne peut lui donner moins

que cinq ou six ans pour fonder cette église ; comment donc voit-on, dès le commencement du pontificat de saint Etienne, qui fut en 252, un Marcien évêque d'Arles, et attaché au parti des Novatiens ? Les évêques des Gaules en écrivirent au pape et à saint Cyprien; saint Cyprien en écrivit lui-même au pape Etienne, au plus tard l'an 253 : car il fallait que ce fût avant leur différend, qui s'éleva cette même année. Or, Marcien était évêque depuis plusieurs années. « Il y a long-temps qu'il se vante, dit saint

Cyprien (1), qu'il s'est séparé de notre communion. « Qu'il lui suffise d'avoir laissé mourir, les années « précédentes, plusieurs de nos frères, sans leur don« ner la paix. » On voit par-là qu'il fallait

que

Marcien fût au moins évêque d'Arles dès l'an 250. Où

(1) Cyprian., ad Steph, ep. 68.

I. 10€ LIV.

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placer donc saint Trophime? Aussi des critiques, qui s'en tiennent à l'époque de Grégoire de Tours, rejettent la lettre de saint Cyprien comme une pièce supposée, sans autre raison, sinon qu'elle les incommode. Que si on place saint Trophime après Marcien, on sera obligé de convenir que le siége d'Arles était déjà établi avant le milieu du troisième siècle; et l'on n'aura rien pour prouver qu'il ne le fut pas dès le premier, puisqu'en prenant ce parti, l'époque de Grégoire de Tours pour la mission de saint Trophime d'Arles, ne sera plus celle de la fondation de cette église.

Mais, me dira-t-on, si vous rejetez l'autorité de saint Grégoire de Tours touchant saint Trophime d'Arles, pourquoi admettre cette même autorité touchant les autres évêques dont il parle, particulièrement touchant saint Martial de Limoges, saint Denis de Paris, saint Paul de Narbonne ? C'est

que

les ves qu’on apporte pour donner une plus grande antiquité à ces saints évêques, surtout aux deux premiers, tombent d'elles-mêmes. On veut que saint Martial ait été un des soixante-douze disciples, que saint Denis de Paris soit l'aréopagite, et que saint Paul de Narbonne soit le proconsul Sergius Paulus converti par saint Paul; examinons sur quoi sont fondées ces prétentions.

Pour prouver ce qu'on avance sur saint Martial, on produit deux lettres qu'on lui attribue : sa Vie, qu’on suppose écrite par son disciple; l'autorité d'un pape et de deux conciles, qui le mettent au rang des

preuapôtres comme ayant été disciple du Seigneur. Rien de plus spécieux que ces preuves; mais elles disparaissent, dès qu'on en approche le flambeau de la critique. 1° Les lettres attribuées à saint Martial sont des pièces inconnues à toute l'antiquité; elles n'ont paru que sous le règne de Philippe ler, roi de France.

Voici ce qu'on trouve, touchant ces lettres, dans un manuscrit de l'église de saint Martial (1): «Pen« dant la persécution de Domitien, ces deux lettres « ont été mises dans un tombeau de la basilique de « Saint-Pierre, où était autrefois la sépulture des évê« ques ; et elles y sont demeurées cachées jusqu'à « présent, comme nous le trouvons marqué dans le « titre. Mais, par la grâce de Jésus-Christ, à qui tout « honneur et toute victoire sont dus, elles ont été « trouvées de notre temps, c'est-à-dire sous le règne « du roi Philippe; et comme elles étaient écrites en « caractères qui nous étaient presqu'inconnus,

sui( vant la coutume des anciens, et qu'elles étaient "presque consumées par le

temps, on a eu bien de « la peine à les déchiffrer. » Si ce fait est véritable, il y a tout lieu de croire que ces lettres avaient été cachées par quelqu'un dans l'endroit où il savait qu'on devait bientôt fouiller. Mais le style seul de ces lettres en démontre la supposition; l'Ecriture sainte est citée suivant la version de saint Jérôme, et l'on y fait dire à saint Martial qu'il a baptisé dans les Gaules la

(2) Apud Bolland., 30 junii.

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fille du roi Etienne, comme si la Gaule, qui était soumise aux Romains depuis long-temps, eût encore été gouvernée par des rois. .

2° La Vie de saint Martial a encore moins d'autorité : les savans éditeurs des Acta sanctorum ne l'ont pas jugée digne d'être mise dans leur ouvrage, quoiqu'ils y aient inséré bien de mauvaises pièces, comme on le voit par la critique qu'ils en font. Mais celle-ci leur a paru insoutenable en tout : on y dit, par exemple, que saint Martial sera exempt des douleurs de la mort, parce qu'il est exempt de la concupiscence; que douze anges sont députés à sa garde, pour empêcher qu'il n'ait faim ni soif : on y nomme le prince Etienne, duc des Gascons et des Goths; or, ces derniers ne sont passés en Gaule que près de quatre cents ans après, et les Gascons encore plus tard. Avec quelle pudeur peut-on supposer que cette pièce a été écrite dans le premier siècle? 3° Il est vrai

que

le
pape

Jean XIX, un concile de Bourges et un de Limoges, dans l'onzième siècle, ont déclaré que saint Martial devait être mis au rang des apôtres, comme ayant été témoin de la résurrection et de l'ascension de Jésus-Christ; mais ce pape et ces conciles ne se sont appuyés que sur la vie apocryphe de saint Martial, dont on ne s'avisait pas

alors de douter dans ces temps d'ignorance : c'est un pur fait historique, sur lequel il n'est pas surprenant qu'on se soit trompé; saint Martial mérite, d'ailleurs, le nom d'apôtre par ses travaux et par son zèle. Ainsi les preuves qu’on apporte pour établir sa mission dans le premier

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