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siècle, étant si faibles, loin de renverser l'opinion de Grégoire de Tours, elles lui donnent un nouveau poids.

4° La Vie de saint Ausone d'Angoulême, qui a souffert le martyre sous Chrocus, le fait disciple de saint Martial. Or, ceux qui placent le plus tôt l'irruption de Chrocus, ne la mettent que sous l'empire de Gallien, vers l'an 263 : c'est donc une nouvelle raison de croire que saint Martial n'a pas été contemporain des apôtres.

On ne s'arrêtera pas à réfuter l'aréopagitisme de saint Denis de Paris; il suffit de remarquer que son église, qui avait le plus d'intérêt de lui conserver ce titre, après un mûr examen, l'a jugé insoutenable, et a retranché de son office tout ce qui pouvait le marquer : elle a suivi l'autorité de plusieurs anciens martyrologes, d'Usuard, de Bède et de diverses églises de France, qui distinguent saint Denis de Paris de saint Denis l'aréopagite, évêque d'Athènes : celui de Paris est honoré le 9 d'octobre, et celui d'Athènes le 3 du même mois. Le Père Sirmond se plaint que, dans le manuscrit d'Usuard de Saint-Germain-des-Prés, on avait effacé l'article de saint Denis d'Athènes.

Pour saint Paul, évêque de Narbonne, nous reconnaissons que plusieurs martyrologes le confondent avec Sergius Paulus, converti à la foi par l'apôtre; mais l'auteur de sa vie n'en dit rien : c'est une raison de croire que le même nom n'avait pas encore fait confondre deux personnes qui paraissent différentes. D'ailleurs, d'anciens actes le font venir en

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Gaule avec saint Saturnin. On peut donc encore ici s'en tenir à l'époque de Grégoire de Tours; cependant, l'autorité des anciens martyrologes nous empêche de prononcer si hardiment. Comme nous avons montré que le christianisme était établi dans les Gaules dès le premier siècle, il est assez naturel de croire : qu'il l'aura été à Narbonne, qui était une ville des Gaules des plus célèbres et des plus connues des Romains.

On peut présumer la même chose des villes de Provence plus voisines de l'Italie, sans être obligé d'exa-* miner si sainte Marie-Madeleine, sainte Marthe, saint Lazare et saint Maximin y ont jeté les premières se- mences de la foi : c'est une tradition respectable, que je ne veux pas combattre.

Il serait inutile et ennuyeux de s'étendre sur tous les autres saints évêques, qu'on prétend avoir fondé des églises dans la Gaule dès le premier siècle. Les actes de la plupart ne font naître que des incertitudes et des contradictions qu'il coûte toujours de relever, parce qu'on craint de blesser la délicatesse de ceux qui ont plus de zèle pour la gloire des saints, qu'ils n'ont de lumières.

J'en ai dit assez sur ce point pour justifier ce que j'avais avancé; savoir : qu'autant qu'il est certain en général que la religion chrétienne a été établie dans les Gaules dès le premier siècle, autant ce qu'on ra-, conte en particulier des premiers fondateurs des églises est-il incertain; sur quoi j'espère que les personnes équitables, en me sachant bon gré d'avoir par la pre

mière proposition établi la gloire de l'Eglise gallicane, ne me sauront pas mauvais gré d'avoir par la dernière soutenu les intérêts de la vérité, en regardant comme douteuses les traditions de quelques églises sur leur antiquité : elles ne leur sont honorables, ces traditions, qu'autant qu'elles sont appuyées sur la vérité, contre laquelle, dit Tertullien (1), ni l'espace des temps, ni l'autorité des personnes, ni les priviléges des pays ne peuvent prescrire. « Il serait honteux de « faire servir le mensonge à la gloire de ceux qui ne « seraient pas saints, dit le moine Lethalde (2), s'ils « n'avaient détesté le mensonge. »

(1) De veland. Virg.
(2) Lethald., in prol, vitæ S. Juliani.

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SUR L'ÉTABLISSEMENT DE LA RELIGION CHRÉTIENNE

DANS LES GAULES (1).

Cet ouvrage est divisé en cinq parties.

Dans la première, l'auteur développe d'abord les différentes opinions des savans pour ou contre l'antiquité des églises des Gaules. Il fait observer que M. de Tillemont, à qui surtout il a l'intention de répondre, a paru fort embarrassé, et n'a point osé prendre de parti, quoiqu'il penche évidemment pour celui qui est contraire à l'antiquité de notre Eglise.

Un article est ensuite consacré à énumérer les difficultés dans lesquelles s'engagent les auteurs qui suivent ce dernier sentiment. Les principales sont la nécessité d'abandonner le sens littéral de l'Evangile et des épîtres de saint Paul, où nous voyons que la foi devait être prêchée, et qu'elle le fut effectivement dans la plus grande partie du monde connu, avant la ruine de Jérusalem. 2° Celle de renoncer au témoignage des saints Pères, qui nous apprend que, dès les

(1) Cette analyse est de M. Cohen.

premiers temps, il y avait des chrétiens partout l'empire romain, et même dans les Pays-Bas. 3° De faire dire à Sulpice Sévère que la religion chrétienne a été reçue assez tard dans les Gaules, tandis que cet historien dit seulement qu'elle y a été reçue plus tard qu'en Orient et en Italie. 4° Ils se fondent principalement sur l'autorité de Grégoire de Tours, qui est peu exact, et qui se contredit fort souvent. 5° Ils sont obligés de soutenir, comme M. de Launoy, que la lettre de saint Cyprien au pape Etienne, celle du pape Zozime, et la requête des évêques de Provence à saint Léon, sont des pièces supposées. Ces pièces sont en effet inconciliables avec la mission des sept évêques placée par Grégoire de Tours à l'an 250, ce que l'on voit clairement par les peines inutiles que M. de Tillemont s'est données pour les accorder ensemble. 6° Ils doivent prétendre, contre toute vraisemblance, que sous Marc-Aurèle il n'y avait qu'un seul évêque dans les Gaules, celui de Lyon. 7° Dans les Celtes dont parle saint Irénée, ils ne reconnaissent pas tous les Gaulois, mais seulement les peuples de la Gaule Lyonnaise. 8° Ils demandent des preuves de certains faits qu'il est impossible de leur fournir.

L'article 3 de la première partie est l'analyse de l'ouvre d’Abbadie (1).

Dans l'article 4, l'auteur examine pourquoi les

se

(1) V. Observations préliminaires de l'Edit. C. L.

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