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main convive du roi, de trois cents sous, celle d'un antrustion de six cents sous (1).

Grégoire de Tours (2) raconte que Gontran et Chilperic, après s'être fait une cruelle guerre, convinrent d'une trève, et de remettre la décision de leur différend au jugement des évêques et des seigneurs : Pacem fecerunt pollicentes alter alterutro, ut quidquid sacerdotes vel séniores populi judicarent, pars parti componeret. C'est apparemment par inattention que le Père Daniel nomme ici les seigneurs avant les évêques, contre le témoignage formel de Grégoire de Tours, qu'il cite.

Gontran et Childebert se trouvèrent à l'assembléc d'Andlau avec les évêques et les seigneurs, par la médiation desquels on devait conclure un traité d'alliance entre ces deux rois : Mediantibus sacerdotibus

(1) Si quis ingenuus Francum aut barbarum qui șalicâ lege vivit, occiserit, viIIM den., qui faciunt sol.cc, culpabilis judicetur.

Si Romanus homo conviva regis occissus fuerit, XIIM denar., qui faciunt sol cec, qui eum interficit culpabilis judicetur.

Si verò Romanus homo possessor occissus fuerit, qui eum occiserit IIM denar., qui faciunt sol c, culp. jud.

Si verò eum qui in truste dominicâ est occiderit, XXIIIM den., qui faciunt sol. DC, culp. jud. (Même Rec. -- Marcul. Form.)

De regis Antrustione. Si quis fortusse eum interficere præsumpserit, noverit se ouirgildo suo sol. DC. esse culpabilem, judicetur.

Si quis episcopum interficerit, DCCCC salidos componat. (Ibid.) (2) L. 6, c. 3.

atque proceribus. Ce sont les termes du traité (1).

Clotaire II ayant cédé l'Austrasie à son fils Dagobert avec le titre de roi, ce jeune prince demanda quelques années après, à son père, la restitution de toutes les villes qui avaient été détachées du

royaume qu'il possédait. Clotaire rebuta cette demande. Pour terminer ce différend, les deux rois choisirent douze seigneurs, du nombre desquels ils mirent Arnoul, évêque de Metz, et les autres évêques qui se trouvaient alors auprès de leurs personnes. Electis, dit Frédegaire (2), ab his duobus regibus duodecim

Francorum proceribus ut eorum disceptatione hæc finiretur intentio : inter quos et dominus Arnulfus, pontifex Mettensis, cum reliquis episcopis eligitur.

L'an 44 du règne de Clotaire II, les évêques et tous les seigneurs des royaumes de Bourgogne et de Neustrie s'assemblèrent à Clichy avec ce prince, pour régler ce qui pouvait être avantageux au roi et au salut de la patrie. Anno quadragesimo quarto regni Clotharü, cum pontifices et universi proceres regni sui, tam de Neusterio quàm de Burgundid, Clippiaco ad Clotharium pro utilitate regid et salute patriæ conjunxissent. Ce sont les paroles de Frédegaire (3).

Le même auteur raconte que Clotaire II étant

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mort, Dagobert vint d’Austrasie avec une armée à Soissons, où les évêques et seigneurs de Bourgogne le reconnurent pour roi, à l'exclusion de son frère Charibert. Il ajoute que les évêques et la plupart des seigneurs de Neustrie en firent autant : Dagobertus Suessionas peraccedens, omnes pontifices et leudes de regno Burgundiæ inibi se tradidisse noscuntur : sed et Neustrasii pontifices et proceres plurima pars regnum Dagoberti visi sunt expetisse (1).

Dagobert ayant fait couronner son fils Sigebert roi d'Austrasie en 633, il lui naquit l'année suivante un second fils, qui fut nommé Clovis. Ce prince voulant qu'il eût un jour part à sa succession, fit prêter serment à tous les grands d’Austrasie, aux évêques et aux autres vassaux de Sigebert, son fils aîné, qu'après sa mort ils consentiraient que son fils Clovis héritât de ses royaumes de Neustrie et de Bourgogne : Austrasiorum omnes primates, pontifices, cæterique leudes Sigiberti, manus eorum ponentes insuper sacramentis, firmaverunt ut Neptricum et Burgundia solidato ordine ad regnum Chlodovei, post Dagoberti discessum, adspicerent (2). Le terme de primates, grands, que Frédegaire place ici le premier, doit être un titre commun qui désigne ceux qui étaient à la tête de l'État, soit ecclésiastiques, soit séculiers, puisque cet auteur distinguant ensuite ces

(1) Frédeg., c. 56. (2) Ibid., c. 76.

deux ordres, nomme les évêques et tous les autres vassaux. Un autre passage de Frédegaire, que nous rapporterons dans cette Dissertation, donnera à notre explication la dernière évidence.

Dagobert donna un acte par lequel il accorde des immunités au monastère de Rebais. Il adresse ce diplome à nos pères apostoliques les seigneurs et évêques et aux hommes illustres les ducs, de même qu'au magnifique comte Chanulfe. A postolicis patribus nostris dominis episcopis, et illustribus viris ducibus, itemque magnifico Chanulfo comiti (1).

Thierri III confirma l'élection d'Erembert pour l'abbaye de Corbie, par un acte adressé aux évêques et aux hommes illustres : Theodericus rex Francorum episcopis et viris illustribus (2).

Thierri IV adresse un acte qu'il donne en faveur du monastère de Morbach, aux hommes apostoliques, pères évêques, et aux hommes illustres, ducs, patrices, comtes ou agens : Theodericus rex Francorum, viris apostolicis, patribus episcopis, nec non illustribus viris, ducibus, patricüs, comitibus vel agentibus (3).

On voit, par ces monumens, que les évêques jouissaient de la plus haute considération sous les rois Mérovingiens. Ils sont appelés princes de l'Etat. Nos rois, dans leurs diplomes, les nomment toujours en premier ordre; ils leur donnent même le titre de seigneurs et de très-grands. Les lois de la nation, en exigeant la plus forte compensation pour le meurtre des prélats, marquent par-là qu'elle les regarde comme les principales personnes de l'Etat. On ne parle d'aucune assemblée convoquée par nos monarques, où les évêques ne se trouvent, et où ils n'aient place avant tous les seigneurs. Nos souverains les prennent pour arbitres dans leurs démêlés, et s'en tiennent à leur décision. S'élève-t-il quelques troubles dans la famille royale, ils

(1) Recueil des hist. des Gaules et de France, t. 4, p. 630.... .....680.....

(2) Ibid., t. 4, p. 66o. (3) Ibid., t. 4, p. 706.

у rétablissent la paix. Par considération pour eux, nos rois accordent grâce aux criminels qui se retirent dans leur église, ou même dans son parvis. Et qu'on ne croye pas que ces titres n'aient été

que de simples titres, que cette considération n'ait été que de bienséance, que l'honneur du premier ordre accordé aux évêques n'ait été qu'une vaine prééminence qui ne leur donnait aucune autorité dans l'Etat. Leur pouvoir, leurs domaines, leurs richesses répondaient au rang distingué qu'ils y occupaient. Tenant la première place dans les assemblées de la nation, quelle influence n'avaient-ils pas dans les résolutions qu'on y prenait? Nos rois, dans leur absence, les ren

dent dépositaires de leur autorité, pour faire réformer - les sentences injustes rendues par les comtes. Ils leur

font part de la législation ; s'ils tiennent les plaids pour rendre justice à leurs sujets, les évêques jugent conjointement avec eux, et l'on place leur nom à la tête de l'arrêt, immédiatement après celui du prince.

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