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séculier. Il n'y a que les Vénitiens qui se soient mieux défendus des nouveautés.

En Espagne, depuis l'invasion des Maures, les chrétiens ont été long-temps faibles, obligés d'implorer le secours des autres, et de recourir aux papes pour avoir des croisades (1) et des indulgences, afin d'encoura

K

(1) Les papes et ceux qui, par leur ordre, prêchaient la croisade, ne cessaient de la représenter à la noblesse comme l'affaire de Dieu et le meilleur moyen d'assurer leur salut. Prêchaient-ils la vérité ?...... « Aujourd'hui, dit M. Fleury, « que les esprits ne sont plus échauffés sur cette matière, et « que nous la considérons de sang-froid, nous ne trouvons « dans ces discours ni solidité ni justesse de raisonnement. «La religion de Jésus-Christ n'est point attachée aux saints « lieux; il nous l'a déclaré lui-même, en disant que le temps « était venu Dieu ne serait plus adoré ni à Jérusalem ni à Samari, mais par toute la terre, en esprit et en vérité...... La

croisade servit de prétexte aux gens obérés, pour ne point a payer leurs dettes ; aux malfaiteurs, pour éviter la punition « de leurs crimes; aux moines indociles, pour quitter leurs

cloîtres; aux femmes perdues, pour continuer plus libre« ment leurs désordres.... Les croisés étaient, pour ainsi « dire, des pécheurs tout crus qui, sans conversion de coeur « et sans préparation précédente, sinon peut-être une con«fession telle quelle, allaient, pour l'expiation de leurs péchés, s'exposer aux occasions les plus dangereuses d'en u commettre de nouveaux : des hommes choisis entre ceux « de la vertu la plus éprouvée auraient eu peine à se cona server en tels voyages.... Les croisades ont procuré la ces« sation des pénitences canoniques....... Elles ont rendu les catholiques l'horreur des infidèles et des schismatiques.....

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ger leurs troupes. Ce n'est que depuis deux cents ans que

leur puissance est rétablie et réunie; et c'est alors qu'ils ont reçu l'inquisition (1), et se sont soumis à la plupart des usages modernes.

L'Angleterre, avant le schisme d'Henri VIII, était soumise au pape, même pour le temporel; le denier Saint-Pierre

y

était établi dès le temps des premiers Anglais (2), et Jean-sans-Terre avait achevé de se

« Et voilà l'honneur qui revint à Jésus-Christ de ces entre« prises formées à si grands frais. >>

(Edit.) (1) L'inquisition a été introduite dans plusieurs Etals catholiques, en Italie, à Venise, en Espagne et en Vorlugal. C'est en France que fut d'abord établi ce tribunal. On voit combien il était odieux, par la difficulté qu'il y ent de l'établir, même en Italie et dans l'état ecclésiastique, et par les inquisiteurs qui furent mis à mort. L'inquisition n'était pas seulement odieuse aux hérétiques, qu'elle recherchait et poursuivait, mais aux catholiques mêmes, aux évêques et aux magistrats, dont elle usurpait la juridiction; aux particuliers, auxquels elle se rendait terrible par la rigueur et quelquefois par l'injustice de sa procédure. Les papes furent obligés de publier diverses constitutions pour en modérer l'excessive sévérité. On a senti en France les inconvéniens terribles de ce tribunal. Il a été aboli; il n'en reste présentement (au milieu du dernier siècle) d'autre vestige que

le titre d'inquisiteur, que porte encore un dominicain à Toulouse, avec une pension modique du roi, mais sans aucune fonction

(Edit.) (2) Le denier Saint-Pierre fut établi par Ethelulfe, roi d'Ouessex en Angleterre, qui l'an 856 laissa, par son testament, trois cents marcs d'or par an à l'Eglise romaine ; rendre sujet du pape, en lui faisant hommage de son royaume. Il n'y a point de pays où l'on se soit tant plaint des exactions de la cour de Rome.

En Allemagne, les empereurs ont résisté aux entreprises des papes par d'autres entreprises, et par une conduite outrée et mal soutenue. Leur puissance est tombée dans les derniers temps. Les ecclésiastiques ont mêlé à leur vraie autorité le faste et la domination séculière : la doctrine et les fonctions ecclésiastiques ont été presqu'abandonnées à des réguliers dépendant particulièrement du pape; et depuis Luther, les catholiques voulant relever l'autorité du pape, se sont souvent jetés dans les excès contraires. Il en est de même à proportion de la Pologne : le christianisme n'y a commencé que

le
temps
où les
papes

s'accoutumaient à pousser le plus loin leurs prétentions.

Les maximes des ultramontains que nous rejetons en France sont les suivantes :

1° La puissance temporelle est sous-ordonnée à la spirituelle, en sorte que les rois et les souverains sont soumis, au moins indirectement, au jugement de l'Eglise, en ce qui regarde leur souveraineté, et peuvent en être privés, s'ils s'en rendent indignes;

2° Toute l'autorité ecclésiastique réside principale

vers

cept pour

cent pour

saint Pierre, cent pour saint Paul,

les largesses du pape. Ce tribut a son origine dans la taxe imposée par Ina, roi d'Ouessex, dans le septième siècle, pour l'entretien du collége anglais qu'il avait fondé à Rome. Ce tribut fut augmenté par (ffa, roi des Merciens. (Edit.)

ment dans le pape, qui en est la source, en sorte que lui seul tient immédiatement son pouvoir de Dieu; les évêques le tiennent de lui, et ne sont que ses vicaires; c'est lui qui donne l'autorité aux conciles , même universels; lui seul a droit de décider les questions de foi; et tous les fidèles doivent se soumettre aveuglément à ses décisions, parce qu'elles sont infaillibles; il peut lui seul faire telles lois ecclésiastiques qu'il lui plaît, et dispenser, même sans cause, de toutes celles qui sont faites; il peut disposer absolument de tous les biens ecclésiastiques; il ne rend compte qu'à Dieu de sa conduite; il juge tous les autres, et n'est jugé de personne.

De cette maxime jointe à la première, les ultramontains concluent que le pape peut aussi disposer des couronnes, et que toute puissance temporelle ou spirituelle se rapporte à lui seul.

Ces maximes ont été avancées peu à peu depuis Grégoire VII, qui tenait le saint Siege l'an 1080, et qui soutint le premier que tous les royaumes dépendaient de l'Eglise romaine, et que les princes excommuniés devaient être déposés. Quelques auteurs ont enseigné que l'Eglise pouvait absoudre les sujets du serment de fidélité, du moins en cas d'hérésie et d'apostasie. Mais dans des temps plus éclairés et plus paisibles, on a reconnu l'erreur de cette doctrine pernicieuse, et depuis elle a toujours été rejetée.

Le schisme d’Avignon donna occasion, vers l'an 1400, aux disputes de la supériorité du pape ou du concile. Le différend du pape Eugène IV avec le concile de Bâle en 1438, les échauffa. Sous Jules II, en 1515, on passa jusqu'à soutenir l'infaillibilité du pape. Les nouvelles hérésies ont excité plus de théologiens à la défendre opiniâtrement; et parce que l'antiquité est peu favorable à ces maximes, ceux qui en sont prévenus regardent l'étude des Pères et des conciles comme une curiosité inutile, ou même dangereuse. La plupart des réguliers attachés au pape par leurs exemptions et leurs priviléges, ont embrassé cette nouvelle doctrine (1), et y ont attaché une idée de piété capable d'imposer aux consciences délicates. Il faut, dit-on, se tenir au plus sûr en des matières si

(1) Quelques communautés séculières, préposées à l'éducation des jeunes ecclésiastiques, leur permettaient de soutenir les quatre articles seulement, comme des opinions controversées et moins probables; mais aujourd'hui (dernier siècle), il est ordonné de les soutenir, dans toutes les écoles de théologie, comme la seule doctrine véritable.

Et, en effet, ce que nous appelons nos libertés n'est que la possession où nous sommes de nous conduire suivant les anciens canons, et selon les règles primitives de l'Eglise universelle. Nos libertés ne sont ni des exemptions contraires à la règle, ni de pures grâces que nous tenions de la libéralité du Saint - Siége; elles sont ce que les anciens ont appelé droit commun, lois inviolables, coutumes imprescriptibles, que les plus anciens et plus savans pontifes ont toujours suivies, et dont nos souverains se sont constamment déclarés protecteurs et défenseurs, sauf des cas fort rares, qui firent exception, et que les parlemens n'ont jamais admis. (Edit.)

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