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bout d'une verge, représentant la justice, précédait le pontife-roi, qui marchait à pied, vêtu d'une robe blanche et d'une tunique par-dessus , entouré de vacies vêtus à peu près comme lui, et suivis de la noblesse.

Ce cortége étant arrivé au pied du chêne choisi, le grand-prêtre, après quelques prières, brûlait un peu de pain, versait quelques gouttes de vin sur l'autel, offrait le pain et le vin en sacrifice, et les distribuait aux assistans; il montait ensuite sur l'arbre, coupait le gui avec une serpette d'or, et le jetait dans la tunique d'un des prêtres. Le pontife descendait alors, immolait les deux taureaux, et terminait la solennité de ce sacrifice, en priant Dieu de communiquer sa vertu au présent qu'il venait de faire à son peuple, de donner la fécondité aux femmes stériles et aux animaux qui en prendraient, et de le rendre un remède efficace et puissant contre toute sorte de poison (1)

(1) Est autem (viscum ) rarum admodum inventu, et repertum magnâ religione petitur, et ante omnia sexta luna....... Sacrificiis epulisque sub arbore ritè paratis, duos admovent candidi coloris tauros, quorum cornua tum primum vinciuntur. Sacerdos candida veste cultus arborem scandit, falce aureâ demetit, candido id excipit sago : tùm deinde victimas immolant, precantes ut suum donum Deus prosperum faciat his quibus dederit. Fæcunditatem eo poto dari cuicumque animali sterili arbitrantur, contraque venena omnia esse remedia : tanta gentium in rebus frivolis plerumqu religio est. ( Plin., Hist. nat., l. 16, c. 44. )

Les druides recueillaient avec moins de pompe l'herbe appelée selago, espèce de camphorata ou de mousse terrestre (I); on y employait cependant quelques pratiques mystérieuses. Un prêtre à jeun, purifié par le bain, vêtu de blanc, commençait par le sacrifice du pain et du vin; et s'avançant pieds nus dans la campagne, comme s'il eût voulu cacher à ses propres yeux ce qu'il allait faire, il passait la main droite sous la manche du bras gauche, arrachait l'herbe de terre sans aucun ferrement, et l'enveloppait dans un linge blanc et neuf; il en exprimait ensuite le suc, qui passait pour un remède spécifique dans toutes sortes de maladies (2); et l'on supposait sans doute que son efficacité était principalement due

(1) Pline (Hist. nat., 1. 5 ) dit que l'herbe qu'on appelait selago est la même que la sabine. Matthieu Martin, dans son Lexicon, en parle ainsi : Selago herba similis sabinæ , videtur dici à seligendo, quod certo ritu seligeretur : sed gallicam seu gerinanıcam esse censeo à selig, salvus, beatus ; num contrà omnem perniciem seligebatur ex druidarum doctrinâ.

(2) Legitur sine ferro dextrâ manu per tunicam quá sinistra exuitur velut à furante, candidâ veste vestito, puraque lautis, nudis pedibus, sacro facto priusquàm legatur, pane vinoque, fertur in mappá nová. Hanc contrà omnem perniciem habendam prodidere druidve Gallorum, et contrà omnia oculorum vicia fumum ejus prodesse. ( Plin., Hist. nat., l. 24.) Ce secret, perdu pendant long-temps, a été enfin retrouvé depuis peu par les carmes, qui se sont prétendus descendans et successeurs des druides : on l'a remis en vogue sous le nom de l'eau de mélisse ou de l'eau des carmes.

aux cérémonies avec lesquelles il était cueilli et composé. C'est ainsi que dans les fausses religions on a eu recours aux mystères, pour rendre respectables des choses qui sans cela n'auraient été que puériles.

On cueillait la samole (1) à jeun, avec la main gauche, sans la regarder. On la mettait dans des canaux que l'on pratiquait pour abreuver les bestiaux, et l'eau qui y coulait les guérissait de leurs maladies (2). La verveine avait aussi bien des vertus du temps des druides. Ils la cueillaient au commencement de la canicule, avant que le soleil et la lune l'eussent éclairée de leurs rayons. Après avoir offert à la terre des fèves et du miel en sacrifice d'expiation, ils creusaient la terre avec un couteau, qu'ils tenaient de la main gauche, et faisaient sauter en l'air la verveine; ensuite ils faisaient sécher à l'ombre la tige, les feuilles et la racine, le tout séparément. Cette plante, ainsi préparée, chassait les fièvres, conciliait les cours, et guérissait toutes sortes de maladies ; il suffisait de s'en frotter pour avoir tout ce qu'on voulait. Si on aspergeait la salle où l'on mangeait avec une branche de cette herbe, ceux qui avaient le bon

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(1) Cette plante est, selon quelques-uns, la même qu'on appelle anagallis. Elle approche de la véronique, mais celleci a une fleur composée de quatre pétales ou feuilles, au lieu que celle du samolus en a cinq.

(2) Hanc sinistra manu legi à jejunis contrà morbos suim boúmque, nec respicere legentem nec alibi, quam in canali depanere, ibique congerere poturis. ( Plin., Hist. nat., l. 24, c. 11.)

heur d’être placés dans les endroits où l'eau de la verveine était tombée, se sentaient bien plus gais que les autres.

Les prêtres gaulois vantaient sur toutes choses, au rapport de Pline, un ceuf qu'ils disaient être formé de la bave des serpens (1), lorsqu'ils s'assemblaient en été. Quand l'oeuf était formé, les serpens l'élevaient en l'air, et le soutenaient par la force de leurs sifflemens; les druides étaient attentifs à ce qui se passait, et épiaient le moment qu'il allait tomber; l'un d'eux s'avançait, et le recevait dans son habit, avant qu'il touchât à terre : précaution nécessaire, moins pour empêcher l'oeuf de se casser, que pour lui conserver toutes les vertus qu'il renfermait. Le druide qui l'avait reçu prenait la fuite, monté sur un cheval fort léger, pour échapper à la poursuite des serpens, qui ne manquaient jamais de courir après lui, jusqu'à ce qu'ils trouvassent une rivière qui leur fermât le passage. La bonne fortune était renfermée dans cet ouf. Les druides le donnaient au peuple un certain jour de la lune; et ceux qui etaient assez heureux pour en porter un sur eux, se croyaient sûrs d'avoir gain de cause dans tous leurs différens, et d'obtenir un libre accès auprès des grands (2).

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(1) Pline (l. 29, c. 3) nomme cet oeuf ovum anguinum, et la description qu'il en fait montre qu'on donnait ce nom à un échinite, espèce de fossile, qui n'est autre chose que le corps d'un poisson pétrifié.

(2) Angues innumeri æstate convoluti , salivis faucium corpo

Les druides distribuaient le gui par forme d'étrennes, au commencement de l'année : c'est de là qu'est venue la coutume des Percherons, de nommer les présens qu'on se fait encore à pareil jour, les éguilas, et le peuple chartrain éguilables, pour dire le gui de l'an neuf (1). Les chefs des druides portaient une robe blanche, ceinte d'une bande de cuir doré, une espèce de rochet et un bonnet blanc tout simple. Le pontife-roi était distingué par le sceptre et une houpe sur le bonnet, d'où pendaient deux bandes d'étoffe comme aux mitres des évêques.

Les bardes portaient un habit brun, un manteau de même étoffe, attaché avec un petit morceau de

rumque spumis artifici complexu glomerantur, anguinum appellatur. Druidoe sybillis id dicunt in sublime jactari, sngoque oportere intercipi, ne tellurem attingat. Profugere raptorem equo : serpentes enim insequi, donec arceantur amnis alicujus interventu; esperimentum ejus esse, si contrà aquas fluitet vel auro vinctum. Atque, ut est magorum solertia occultandis fraudibus sagax, certa lunâ capiendum censent, tanquam congruere operationem eaṁ serpentium humani sit arbitri. Vidi equidem id opum mali orbiculati modici magnitudine, crusta cartilaginis, velut acetabulis brachiorum polypi crebris, insigne druidis. Ad victorias litium ac regnum aditus mirè laudatur. ( Plin., Hist. nat., 1. 29, c. 1.)

(1) Tous les enfans, dans le Vendômois, courent les rues le premier jour de l'an, et disent à ceux qu'ils rencontrent : « Donnez-moi ma gui-l'an-neu, » Dans le Maine, le peuple court aussi les rues la nuit qui précède le premier jour de l'an, chante des chansons aux portes des particuliers, et les termine par demander quelque chose pour la gui-lan-neu,

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