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rent acquérir et posséder toute espèce de biens, tester et recueillir des successions; enfin, jouir de tous les priviléges, franchises et libertés dont jouissaient les propres sujets du roi. Dans ces lettres, ils étaient dénommés marchands et autres Portugais appelés nouveaux chrétiens.

Ces lettres furent enregistrées au Parlement de Paris le 22 décembre 1550, et confirmées le 11 novembre 1574, par Henri III, qui les rendit communes aux Portugais établis au Saint-Esprit; car la ville de Bordeaux n'était pas la seule dans laquelle ces marchands étrangers étaient venus se fixer : il y en avait à SaintJean-de-Luz, à Peyrehorade et dans divers autres lieux de la Guienne et de la Gascogne, où ils étaient proté

la maison de Grammont, fort puissante dans cette province.

Vers la fin du seizième siècle, le parlement de Bordeaux renvoya de la ville tous les Portugais qui n'y avaient

pas

dix ans de domicile. Ils se retirèrent à Bayonne, à Peyrehorade et à Bidache; mais Henri IV leur ôta, en 1602, le droit de résider dans la

première de ces villes.

En attendant, tous ces priviléges ne leur étaient encore accordés que comme à des marchands étrangers; et bien que leur origine fût connue, ils passaient toujours pour chrétiens, et ils faisaient baptiser leurs enfans. Ce fut vers l'an 1686 qu'ils cessèrent de se contraindre sur ce point; et vingt ans plus tard, ils renoncèrent aussi à se marier devant les curés catholiques : ils firent alors construire des synagogues à

gés par

la pre

Bordeaux , et eurent bientôt après un cimetière particulier. Enfin, au mois de juin 1723, de nouvelles lettres - patentes données à Meudon les confirmèrent dans leurs priviléges; et ce fut alors que, pour mière fois, ils furent reconnus légalement pour être de la religion juive, et que la qualification de Juifs leur fut officiellement donnée. Ils payèrent, pour ces lettres, un droit de joyeux avènement de 110,000 liv.

Louis XVI confirma leurs priviléges par des lettrespatentes de 1776, dont les termes sont très - honorables pour eux.

On vient de dire que les Portugais établis à Bordeaux ne furent publiquement reconnus pour Juifs qu'en 1723 : cinq ans après, un arrêt du conseil défendit aux supérieurs de couvens et communautés religieuses de recevoir, sous prétexte de religion, les enfans de ces Juifs avant l'âge de douze ans.

Il existait aussi, avant la révolution, quelques Juits portugais à Paris et à Marseille.

Les Juifs établis en France se distinguent en trois races : les Portugais, dont il vient d'être question ; les Avignonais et les Allemands. Les Juifs avignonais sont, selon toute apparence, comme les femmes, originaires d'Espagne et de Portugal. Il s'en trouvait beaucoup dans le Midi; mais le nombre en était fort petit dans les autres provinces. Ceux du Comtat venaissin étaient obligés de porter un chapeau jaune - orangé, et les femmes un ruban de la même couleur sur leur coiffe. Ils vivaient suivant leurs lois et coutumes; ils nommaient des personnes pour les administrer et pour

faire, sous l'approbation de la police locale, les règlemens nécessaires pour le maintien de leur police intérieure. Ces personnes étaient appelées baylens.

Quant aux Juifs allemands, ils étaient établis dans l'Alsace, la Lorraine et les Trois-Evêchés, long-temps avant que ces provinces fissent partie du royaume

de France. A Metz surtout il y en a eu depuis les temps les plus reculés; mais ils

у

furent souvent inquiétés et persécutés. Enfin, le 6 août 1567, le maréchal de la Vieuville, gouverneur de cette ville, permit à quatre familles de s'y établir , moyennant une somme de 200 écus comptant, et une redevance annuelle de 200 francs messins. Le duc d'Epernon renouvela, en faveur de leurs descendans, cette permission de séjour l'an 1603; et le roi Henri IV, par deux déclarations, l'une de cette même année et l'autre de 1605, les autorisa définitivement à se fixer à Metz : ils

у avaient pourlorsune synagogue. Louis XIII, Louis XIV et Louis XV confirmèrent, à diverses reprises, leurs priviléges : ils payaient au roi un droit d'habitation et de protection dont, à l'époque de la révolution, le duc de Brancas jouissait par concession spéciale. Cette redevance était de 20,000 liv. par an; plus, 450 liv. à l'hôpital de Saint · Nicolas de Metz, 175 liv. à la ville, et 200 liv. au vicaire de la paroisse.

Régis intérieurement par des règlemens particuliers, ils étaient tenus de porter un costume distinctif : c'était un chapeau sans forme, un petit manteau noir, un rabat blanc et une longue barbe. Ils ne pouvaient posséder d'autres immeubles que les maisons qu'ils habitaient. Les filles ou veuves juives de Metz et du pays Messin ne pouvaient se marier à des Israé. lites étrangers. Ils ne pouvaient entrer dans les communautés d'arts et métiers. Les professions qu'il leur était permis d'exercer étaient celles de brocanteurs, fripiers, prêteurs sur gages, marchands de chevaux et de bestiaux, etc. Ils pouvaient cependant faire le commerce de marchandises neuves venant de l'étranger, mais sans tenir boutique ouverte.

Louis XIV accorda, dans l'année 1681, aux Juifs d'Alsace, tous les priviléges dont jouissaient ceux de Melz; mais en 1784 ils en reçurent de beaucoup plus étendus. Il leur fut permis de se livrer à toute sorte de commerce en gros et en détail. Ils jugèrent les contestations civiles qu'ils avaient entre eux, avec droit d'appel aux tribunaux ordinaires; les sentences des grands rabbins devenaient exécutoires en vertu d'un exequatur ou pareatis délivré par le juge ordinaire. Dans la même année 1784, ils furent affranchis de divers péages corporels qu'ils devaient à l'évêque de Strasbourg et à la noblesse immédiate de l'Alsace. Ils restèrent néanmoins soumis à une foule de difficultés et de distinctions : ainsi, ils ne purent ni témoigner en justice criminelle contre les chrétiens, ni se marier sans le consentement du gouvernement, ni tenir des cabarets, ni loger dans la même maison que

des chrétiens. On remarquera que, dans l'année 1775, une exception spéciale et fort honorable fut faite en faveur de la famille Cerf-Berr, qui obtint, la première, le droit de demeurer dans la ville de Strasbourg, fui pleinement naturalisée, et autorisée à acquérir des immeubles.

Nous ferons observer, enfin, qu'avant la révolution les Juifs n'avaient d’existence légale que dans les provinces du Midi dont nous avons parlé, dans l'Alsace, la Lorraine et les Trois-Evêchés: à Paris, ils n'étaient que tolérés, demeurant sous l'inspection de la police, et obligés de faire renouveler tous les trois mois la permission de séjour qui leur était accordée.

l. 10€ LIV.

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