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fût permis de leur rendre aucun culte. L'abus qu'on avait fait des images chez les Grecs avait sa source dans l'ancienne idolâtrie (1), et peut-être dans leur goût pour la peinture et la sculpture.

On ne peut donc taxer les anciens Gaulois d'idolâ

(1) Les idées confuses que les hommes s'étaient formées de la Divinité furent la source de leurs erreurs : en voulant fixer ces idées et les communiquer à d'autres hommes, ils eurent recours à des figures et à des images sensibles : ces figures, appliquées au culte religieux , furent une occasion d'idolâtrie. La distinction de la représentation et de l'objet représenté n'est guère éclaircie dans l'esprit du peuple; chaque attribut fut pris pour un être complet, et la consécration des images les fit insensiblement regarder comme étant devenues le siége de la Divinité. Il serait facilede trouver des exemples de cette gradation d'idées grossières chez plusieurs peuples. Un seul trait suffit pour prouver ce que je viens de dire. Par le second article du Décalogue , Dieu défend à son peuple de faire des images taillées et des figures de tout ce qui est en haut dans le ciel et en bas sur la terre , et de tout ce qui est dans les eaux sous la terre: Non facies tibi sculptile, neque omnem similitudinem quæ est in cælo desuper , et quoe in terrâ deorsum, nec eorum quor sunt in aquis sub terrâ. Par le troisième article du Décalogue , Dieu défend encore à son peuple d'adorer les images et de leur rendre le souverain culte : Non adorabis ea, neque coles. Enfin Dieu défend à Moïse de faire des dieux d'argent et des dieux d'or : Non facietis deos argenteos, nec deos aureos facietis vobis. Ces défenses du Seigneur prouvent sans réplique que les images étaient alors pour les peuples une occasion d'idolâtrie.

trie; mais s'ensuit-il qu'ils ne fussent pas polythéistes, qu'ils ne partageassent point l'administration de l'univers entre plusieurs divinités distinctes ? On ne peut résoudre cette question que par de simples conjectures.

L'âme trouve en elle - même l'idée d'un Être qui • connaît tout, qui est tout-puissant, et qui est parfait; et de cette notion elle juge que Dieu, qui est cet Être tout parfait, est ou existe. Les nations, quelque différentes qu'elles aient été par leurs caractères, par leurs inclinations, par leurs moeurs, se sont trouvées et se trouvent encore aujourd'hui réunies dans un point essentiel, qui est le sentiment intime d'un être supérieur; c'est l'opinion de toutes les contrées, de tous les peuples. Un consentement si général, si uniforme, si constant de toutes les nations de l'univers, que ni l'intérêt des passions, ni les faux raisonnemens de quelques philosophes, ni l'autorité et l'exemple de certains princes, n'ont jamais pu affaiblir ni faire varier; ce consentement universel n'a pu venir que d'un premier principe qui fait partie de la nature de l'homme, d'un sentiment intime gravé dans le fond de son coeur par l'auteur de son être, et d'une tradition primordiale aussi ancienne que le monde.

La première tradition des hommes atteste donc l'existence de l'Être suprême, et cette idée a dû être celle d'un Etre unique. Les peuples, dispersés dans les différentes parties de la terre, y apportèrent ces notions, qu'ils avaient reçues de leur père commun, lorsqu'ils ne formaient qu'une seule famille; mais les erreurs de l'esprit et les vices du cæur, funestes effets de la

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corruption de la nature humaine, ne tardèrent pas à défigurer ces premiers traits. Les hommes, mesurant la puissance de l'Être suprême par leur faiblesse naturelle, se persuadèrent que le Dieu souverain ne pouvait seul prendre soin de toutes les choses de ce monde. De là vint la pluralité des dieux. Nous voyons que dès le temps que le peuple de Dieu sortit de l’Egypte, les nations avaient associé de nouvelles divinités à l'Etre suprême. C'est pourquoi le Seigneur défend à son peuple d'adorer d'autres dieux que lui (1).

La religion véritable est la seule où le dogme de l'unité absolue de Dieu soit universellement reçu (2). Partout ailleurs on suppose un Dieu suprême, et l'on en parle d'une manière plus ou moins développée; mais le culte religieux s'adresse à des divinités inférieures, et ce partage efface de l'esprit de presque tous les hommes, l'idée du Dieu unique, supérieur à ces êtres particuliers. Si les Gaulois n'avaient reconnu qu’un dieu, les Romains, qui vivaient au milieu d'eux, l'auraient sans doute observé; et Cicéron, Pline, Sénèque, tous les écrivains, en un mot, qui ont traité philosophiquement de la religion, nous auraient parlé de cette singularité si capable de frapper leurs regards. Les inscriptions trouvées dans les pays occupés par

(1) Exod., C. 20, p. 2.

(2) L'unité de Dieu est aussi un des articles fondamentaux de la croyance des mahometans; mais on doit considérer le mahométisme comme une hérésie de la religion chrétienne et du judaïsme. .

les Gaulois, nous montrent qu'ils avaient des divinités distinguées par des noms et par des attributs différens. Ces noms, comme Hesus, Teutates, Belenus, Belisama, Taranis, étaient gaulois; ce qui prouve que la domination romaine n'en avait pas introduit le culte dans les Gaules.

Les dogmes particuliers de la religion gauloise nous sont peu connus, parce que la tradition seule en était dépositaire, et que les druides, chargés de l'enseigner aux peuples, se faisaient une loi de n'en point divulguer le détail. L'immortalité des âmes, et leur entrée dans une nouvelle vie après la mort, étaient les seuls principes qu'ils enseignassent ouvertement. Nous l'apprenons de Mela, qui écrivait sous Claude: Unum ex üs quce præcipiunt in vulgus effluit, videlicet ut forent ad bella meliores, æternas esse animas, vitamque alteram ad manes (1).

Lucain, qui composa sa Pharsale sous Néron, successeur de Claude, parle, dans le premier livre, du système des druides. Après avoir dit que l'opinion qu'ils ont des dieux est différente de celle de tous les autres hommes,

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Solis nosse deos et cæli numina vobis,
Aut solis nescire datum. ....,

il ajoute que dans leur système les âmes ne passent point après la mort dans les sombres demeures de

(1) Lib. 3, cap. 2.

Pluton; mais qu'elles vont, dans un autre monde, animer d'autres corps et recommencer une nouvelle vie:

Vobis autoribus, umbro
Non tacitas Erebi sedes, Ditisque profundi
Pallidu regna petunt. Regit idem spiritus artus
Orbe alio : longæ (canitis si cognita) vitæ
Mors media est, etc.

Diodore de Sicile a confondu l'opinion que les Gaulois avaient d'une autre vie avec la métempsycose égyptienne et pythagoricienne, c'est-à-dire avec le passage successif de la même âme dans de nouveaux corps. « Ils ont fait prévaloir chez eux, dit cet historien, « l'opinion de Pythagore, qui veut que les âmes des « hommes soient immortelles, et qu'après un certain « nombre d'années elles reviennent animer d'autres al corps; c'est pourquoi lorsqu'ils brûlent leurs morts « ils adressent à leurs amis et à leurs parens défunts « des lettres qu'ils jettent dans le bûcher, comme s'ils « devaient les recevoir et les lire. » Mais ce témoignage de Diodore, qui n'avait point voyagé dans les Gaules, et qui voulait toujours rapporter tout aux idées et aux opinions des Grecs, n'est ici d'aucun poids.

César semble aussi attribuer aux druides le dogme pythagoricien du retour des âmes dans de nouveaux corps. Voici ses termes : In primis hoc volunt persuadere, non interire animas, sed ab aliis post mortem transire ad alios, atque hoc maximè ad virtutem excitari putant, metu mortis neglecto....... Funera sunt pro cultu Gallorum magnifica et somptuosa ;

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