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vers son maître , aggrave la culpabilité qu'il encourt ; ajoutons d'un autre côté que la qualité de patron est aussi, dans certains cas , une circonstance aggravante , dans le cas, par exemple, de viol, attentat à la pudeur, excitation à la débauche de mineurs (Cod. pén., art. 331, 332, 333, 334). Nous aurons d'ailleurs à revenir, dans des chapitres particuliers, soit sur les délits spéciaux aux ouvriers, soit sur l'aggravation de peine que la qualité de patron ou d'ouvrier entraine pour des délits communs.

SECTION II.

INSTITUTIONS DE PATRONAGE POUR LES APPRENTIS.

L'enfant, au moment où il commence son apprentissage, ne demande plus les soins attentifs que réclame la première enfance. Mais c'est le moment où il a le plus besoin de bons exemples, de bons conseils, d'une sage direction et d'une active surveillance. C'est dans ce moment décisif que la charité a besoin de tous ses efforts pour accomplir sa noble mission. Les meilleures lois, les règlements les plus mûrement réfléchis seraient insuffisants si la charité privée ne leur donnait tout son concours. L'apprenti est à l'âge où les passions commencent à fermenter, où tous les vices se présentent à l'homme avec toutes leurs séductions, où la lutte du bien contre le mal est si difficile. Ses parents n'ont pas toujours le temps et la possibilité de veiller sur lui ; une grande responsabilité pèse sur ses patrons; ceux-ci ont beaucoup de devoirs à remplir vis-à-vis de leurs apprentis, et s'il est à croire qu'ils comprennent ces devoirs et que la plupart d'entre eux savent s'y conformer, il est cependant bien utile pour ces enfants et pour la société, que la sollicitude éclairée de personnes vertueuses et charitables veillant sur eux les préserve des maux dans lesquels les jetteraient les entrainements de leur åge, les mauvais conseils, les mauvais exemples, ou l'insuffisance de la surveillance des patrons.

Il existe un très grand nombre d'institutions de patronage qui s'occupent à placer les enfants en apprentissage chez des maîtres et maîtresses d'une moralité et d'une capacité reconnues. Là ces enfants sont visités et surveillés. Le dimanche ils sont réunis pour remplir leurs devoirs religieux et recevoir de salutaires exhortations ; des encouragements et des récompenses sont distribués à ceux qui se sont distingués par leur travail et leur bonne conduite. Des facilités leur sont faites lorsqu'ils quittent leur apprentissage pour se faire une position. Pendant cet apprentissage, il est pourvu à leur instruction primaire et à leur éducation religieuse.

Ces sociétés de patronage doivent être autorisées par le gouvernement, ne fusse que pour qu'on ne puisse pas cacher sous leur titre respectable des associations qui auraient un tout autre but. Elles ont chacune des règlements particuliers qu'aucune loi n'a généralisés. Ces règlements varient suivant les localités. Leur exécution est confiée au zèle et au dévoûment des membres de ces sociétés ; elle est plus ou moins utile suivant leur intelligence, leur aptitude, le temps qu'ils peuvent consacrer à cette bonne euvre, les sacrifices qu'ils peuvent faire.

Les institutions de cette nature sont très nombreuses et nous devons faire des voeux pour leur propagation. Sans entendre en faire ici une nomenclature complète , qu'on nous permette de citer :

L'quvre de Patronage fondée à Paris par M. Armand, de Mélun, en 1842, et qui patrone aujourd'hui près de mille enfants.

Les sociétés de la Sainte-Enfance, établies à Paris et répandues aussi dans les départements ; celle des Jeunes Economes qui a pris naissance en 1823; l'association de Sainte-Anne; l'institution de Saint - Nicolas; la société pour le Patronage des jeunes garçons pauvres du département de la Seine , fondée

par

M. Allier, avec le concours dévoué de M. Portalis ; l'ouvre des Apprentis , fondée en 1841 ou 1842 ; l'oeuvre du Choléra qui, sous la présidence de Mgr. de Quélen, a fonctionné à Paris depuis le premier choléra ; la société pour le Placement en apprentissage des Jeunes Orphelins, qui date de 1821 et qui a été déclarée d'utilité publique en 1839 ; l'association des Fabricants et Artisans pour l'adoption d'Orphelins des deux sexes , détachée en 1842 de la société de la Morale Chrétienne; la société des Amis de l'Enfance, fondée vers 1828 ; l'ouvre de St-Jean dans les paroisses de Ste-Valère et de St-Pierre du Gros-Caillou : la maison des Jeunes Luthériennes, etc.

La société Industrielle de Nantes ; la maison des Ap

prentis de Nancy; la société des Enfants Pauvres de Lyon; l'asile de Bethléem à Rheims : l'établissement de Mesnières, etc., etc.

La protection des apprentis rentre également dans le but des sociétés de St-Vincent-de-Paul , répandues sur toute la surface de la France.

Parmi les institutions que nous venons de citer, il y en a qui non-seulement s'occupent du patronage des apprentis placés dans les ateliers particuliers; mais il y a encore de véritables ateliers d'apprentissage où les jeunes ouvriers reçoivent l'éducation professionnelle et l'enseignement pratique. De pareils établissements existent également dans les autres pays d'Europe ; dans quelques-uns même leur existence est spécialement consacrée par des actes législatifs.

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