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La circulaire du 2 avril 1841, relative au cinquième census, appelle particulièrement l'attention par ce fait qu'elle réalise une amélioration depuis longtemps désirée : la substitution de la simple résidence au domicile pour la détermination du lieu où doit être dénombré chaque habitant. Il est certain que l'obligation de ne recenser, dans chaque localité, que les domiciliés, entraînait nécessairement l'omission d'une grande partie des populations flottantes. Le nouveau census eût donc très-probablement donné des résultats plus exacts que les précédents, s'il n'eût été opéré sous l'influence fâcheuse des graves événements amenés par le recensement des valeurs locatives. Représenté par une presse hostile comme une annexe de cette opération délicate, il rencontra, de la part des habitants et de l'autorité municipale elle-même, des résistances très-vives dont de nombreuses omissions furent la conséquence. Il donna pour résultat le chiffre de 34,247,719 habitants, ou 676,809 de plus qu'en 1836. D'après l'excédant des naissances, l'accroissement aurait dû s'élever à 772,958.

En 1846, l'administration (circulaire du 6 mai) réalise une nouvelle amélioration en décidant que les populations flottantes (garnisons, internes des établissements d'instruction publique, malades des hôpitaux, etc.,) seront dénombrées à jour pisce; c'était le seul moyen d'éviter soi! des omissions, soit des doubles emplois. Le census de cette année, effectué au milieu d'un calme profond, répare les erreurs, volontaires ou non, de 1841, en portant la population à 35,400,486, ou à 1,182,767 de plus qu'en 1841. Dans l'intervalle, l'excédant des naissances n'avait été que de 931,836.

Le census de 1851, prescrit par la circulaire du 14 mars, n'élève la population qu'à 35,783, 170, soit un surplus de 382,684. Par l'excédant des naissances, elle s'était réellement accrue de 524,569. La différence est probablement due aux émigrations provoquées par les vives appréhensions qu'inspirait, à cette époque, la situation politique de la France. Ce dénombrement est le premier à l'occasion duquel l'administration, dont le zèle commençait à être stimulé par l'exemple de l'Angleterre, de la Belgique, de la Hollande, de la Saxe et de la Suède, se soit décidée à recenser l'âge, le culte, la profession et la nationalité de chaque habitant.

Au 1or juillet 1856, la population officiellement recensée (circulaire du 14 mars 1856) ne s'élevait qu'à 36,039,364 habitants. L'augmentation (256,192) était la plus faible qu'on eût constatée jusqu'alors. Mais il y a lieu de croire que toutou partie de la portion de l'armée d'Orient qui, au moment de l'énumération, se trouvait encoreen Crimée, n'y avait pas été comprise. Si l'on évalue à 100,000 le nombre des omis, l'accroissement réel aurait été de 356,192, chiffre assez rapproche de l'excédant des · naissances, de 1854 à 1856, qui est de 328,833. Ainsi, de 1846 à 1856, la population française, par suite des chertés (1846-47, 1854, 1855, 4856), des révolutions, des épidémies (1849, 1854, 1855) et de la guerre, a obéi à un mouvement d'arrêt très-sensible.

Ce mouvement, encore visible, de 1856 à 1861, sous l'influence combinée d'une cherté persistante, du progrès des agglomérations urbaines, des épidémies (1859), de la guerre et des préoccupations générales sur la situation politique de l'Europe, a cependant perdu de son intensité, comme l'indiquent les résultats de la dernière énumération.

11 La France s'étant accrue, par suite des événements de 1859, d'une certaine étendue de territoire et d'un certain nombre d'habitants, il importe, pour l'exactitude des comparaisons que nous allons établir avec les résultats des quatre census antérieurs, de la réduire à son ancienne circonscription. D'un autre côté, pour rendre ces comparaisons plus justes, nous éliminerons l'armée de nos calculs, les fréquentes variations de son effectif amenant, d'une année à l'autre, dans le chiffre des habitants, de brusques changements qui n'ont rien de commun avec le mouvement ordinaire de la population.

L'accroissement de la population civile des 86 départements avait été de 319,883 de 1846 à 1851, et de 209,435 de 4854 à 1856 ; il s'est élevé à 670,506 en 1861. Si nous tenons compte de l'armée (distraction faité de la portion afférente aux territoires annexés), nous trouvons que la population, qui était officiellement de 35,400,486 en 1846, de 35,783,170 en 1851 et de 36,039,364 en 1856, s'élevait, au fer juillet dernier, à 36,755,871. L'accroissement apparent est de 746,507; mais il faut le réduire de toute la portion de l'armée d'Orient que nous avons cru devoir ajouter aux résultats de 1856, et par conséquent l'abaisser à 616,507. Ce résultat n'en est pas moins d'autant plus satisfaisant, qu'il était en grande partie imprévu, l'excédant des naissances sur les décès n'ayant été, de 1856 à 1860, que de 495,678 se répartissant ainsi qu'il suit entre les cinq années de la période :

1856. ...... 115,034 1859. ...... 38,563 1857. ...... 81,924

1860. ...... 164,000 (1) 1858. ...... 95,157

Total.... 494,678 L'augmentation de la population civile survenue de 1857 à 1864 porte en réalité sur 60 des 86 départements, les fortes diminutions que présentent le Var et les Landes s'expliquant par des changements de circonscription territoriale. Or, il importe de rappeler à ce sujet que, d'après le census précédent, 55 départements avaient perdu de leur

(1) Approximation.

population et que cette perte avait atteint le chiffre de près d'un demimillion (458,496). De 1856 à 1854, on n'a constaté que dans 26 seulement un déficit dont le total n'a pas dépassé 101,678. Voici comment se classent ces 26 départements au point de vue de leur perte absolue et relative (pour 100 habitants): Puy-de-Dôme. .. 12,188 2.07 Lozère. ..... 3,388 2.41 Creuse. ..... 10,163 3.63 Alpes (Hautes-).. 3,365 2.67 Lot-et-Garonne... 8,223 2.42 Alpes (Basses-). ... 2,855 1.92 Gers. ......

7,653 2.50 Marne (Haute-). .. 2,099 0.82 Cantal.. ..... 6,943 2.81 Indre. ......

875 0.32 Orne. ...... 6,321 1.47 Eure-et-Loir. .... 822 0.28 Pyrénées (Hautes-). 6,226 2.55 Pyrénées (Basses-). 790 0.18 Manche. ..... 5,869 1.00 Côte-d'Or. .... 694 0.18 Corrèze. ..... 4,864 1.54 Pyrénées-Orient. . 410 0.23 Eure. ....... 4,820 1.20 Tarn. ......

300 0.85 Ain........ 4,649 1.28 Sarthe ...... 182 0.04 Dordogne..... 3,536 0.70 Vienne. ..... 49 0.02 Tarn-et-Garonne.. 3,474 0.48

La perte moyenne par département est de 3,910.

Dans 24 de ces 26 départements, la population avait déjà décru, de 1854 à 1856, et dans des proportions sensiblement supérieures, comme nous allons le voir : Côte-d'Or..... 15,685 3.95 Pyrénées (Hautes-). 5,223 2.09 Manche ...... 12,698 2.13 Eure-et-Loir. ... 4,078 1.38 Marne (Haute-) .. 11,886 1.43 Lozère. ...... 2,853 2.67 Pyrénées (Basses.). 11,488 2.61 Alpes (Hautes-).. 3,450 2.67 Eure. ........ 10,792 2.62 Alpes (Basses-).. 3,291 2.17 Orne. . ...... 10,517 2.40 Gers. ........ 2.865 0.93 Tarn........ 9,839 2.72 Tarn-et-Garonne. . 2,821 0.19 Creuse. ...... 8,368 2.90 Dordogne . .... 1,395 0.28 Puy-de-Dôme... 7,179 1.21 Ain.........

1,343 0.37 Sarthe. ...... 6,536 1.39 Lot-et-Garonne.. 1,138 0.33 Corrèze ...... 5,882 1.83 Indre........ 632 0.23 Cantal....... 5,732 2.27 Vienne (Haute-). . 6 0.00

La perle totale est de 146,792, soit en moyenne de 5,283 par département.

Enfin, des mêmes départements, 12 avaient également vu diminuer leur population de 1846 à 1851. Ce sont les suivants : Eure. ....... 9,296 2.20 Tarn-et-Garonne.. 4,180 1.73 Gers. ....... 8,704 2.74 Orne........ 2,649 0.60 Cantal. ...... 7,092 2.73 Manche ...... 2,615 0.44 Lot-et-Garonne. . 5,282 1.53 Sarthe. ...... 1,528 0.32 Puy-de-Dôme. ... 4,990 0.83 Alpes (Hautes-) .. 969 0.74 Alpes (Basses). .. 4,563 2.92 Pyrénées (Hautes-). 298 0.12

La perte totale est de 52,216 ou de 4,354 par département.

Ces rapprochements ont un intérêt tout particulier, ils montrent qu'il est en France un certain nombre de départements dont la population sernble obéir à un mouvement de décroissance régulier. Pour les douze qui précèdent, ce mouvement continue depuis 15 ans; douze autres sont dans la même situation, depuis 1831 et deux depuis 1856; ce qui élève à 26 le nombre de ceux où les pertes de population prennent le caractère d'un fait permanent.

Nous ne connaissons que trois causes possibles de ces pertes : 1° un excédant de l'émigration sur l'immigration; 2. un excédant des décès sur les naissances ; 30 à la fois un excédant de l'émigration et des décès.

Point de doute pour les départements alpestres, pyrénéens et des autres grandes chaînes de la France; l'émigration est la cause principale de leur dépopulation. Ils présentent, en effet, le plus souvent, un excédant des naissances sur les décès.

Point de doute encore pour la plupart des départements formés de l'ancienne Normandie et pour quelques départements du midi. Par des circonstances peu connues jusqu'à ce jour, mais où l'on serait tenté de voir l'effet préventif ordinaire sur la fécondité d'un bien-être croissant, ces départements présentent un excédant régulier des décès sur les naissances, non comme conséquence d'un accroissement de mortalité, puisqu'au contraire la durée de la vie moyenne s'y accroît sans relâche, mais par le fait de la diminution des naissances à nombre égal de mariages.

Voici, au surplus, quels ont été, pour les trois périodes quinquennales correspondantes, les résultats du mouvement de l'état civil dans les départements dont la population, d'après les trois derniers census paraît obéir à un mouvement continu de diminution :

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DEUXIÈME PÉRIODE (1851-56).
Excédant des

Excédant des

112

Orne..........

Naissances. Décès. Ain...........

2,186 Alpes (Basses-).

1,371 Alpes (Hautes-). > 169 Cantal. .........

3,029 Corrèze. ... ... 11,653 Côte-d'Or......

1,024
Creuse. , .,,.,. 5,609
Dordogne...... 9,444
Eure...

» 7,996
Eure-et-Loir.... 1,728
Gers.......... 1,869
Indre......... 9,508
Lot-et-Garonne. » 1,268

Naissances. Décès.
Lozère. ....... 3,327
Manche........
Marne (Haute-).

6,701

1,142
Puy-de-Dôme... 3,079
Sarthe, ....... 3,323
Pyrén. (Basses-) 3,097
Pyrén. (Hautes-) 4,105
Tarn..........

788
Tarn-et-Garon.. 447
Vienne........ 4,798

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TROISIÈME PÉRIODE (1856-60).

Excédant des

Excédant des

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Naissances.
Ain........... >>
Alpes (Basses-). »
Alpes (Hautes-). »
Cantal......... 1,473
Gorrèze .,.,..,
Côte-d'Or.,.... 670
Creuse.. .....
Dordogne...... 432
Eure..........
Eure-et-Loir
Gers.........
Indre ......... 3,176
Jura ..........
Lot-et-Garonne. »

Naissances. Décès.
Lozère ........ 3,286
Manche........ 789
Marne (Haute-). 3,690
Orne........

2,284
Puy-de-Dôme... , 2,623
Pyrénées (B.-).. 2,515
Pyrénées (H.-).. 1,098
Pyrén.-Orient.. 2,939
Sarthe ........ 585 2,347
Tarn-et-Gar.... »
Vienne, ....... 4,180

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fre Période. – Tandis que le census constatait une perte totale, dans les 12 départements ci-dessus, de 52,216, cinq d'entre eux seulement avaient eu un excédant de décès s'élevant à 3,715 seulement; les sept autres présentaient un excédant de naissances de 5,426. Il est évident que l'émigration a joué ici le plus grand rôle. Son action est surtout manifeste dans les Alpes Hautes et Basses, le Cantal, le Puy-deDôme et les Hautes-Pyrénées, situés sur les plateaux les plus élevés de la France.

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