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pu être utilisés sur l'ensemble de ces crédits ; mais, en 1861, les dépenses se sont élevées à 27 millions, et ont permis de réaliser des résultats importants. La somme de 19,500,000 fr, qui reste disponible sur l'ensemble de ces allocations, devra être reportée sur l'exercice 1862, et sera très-utilement employée pour maintenir l'activité des chantiers dès le commencement de la campagne prochaine.

— La longueur totale des routes impériales est actuellement de 37,034 kilomètres, y compris celles des départements annexés. Toutes ces routes ne sont pas également favorables à la circulation; certaines sections récemment classées, notamment dans les départements annexés, ne sont pas encore ouvertes; d'autres, situées à l'extrême frontière ou sur de hautes montagnes, n'offrent qu'un simple sentier muletier; d'autres encore, bien qu'en partie praticables, n'ont jamais été construites régulièrement. Ces diverses parties de routes sont considérées comme étant à l'état de lacunes.

La longueur totale de ces lacunes était, au 1 er janvier 1862, y compris les routes thermales et celles des départements annexés, de 948 kilomètres, sur lesquels 418 kilomètres sont en voie de construction. La dépense faite à la même époque sur les entreprises commencées était d'environ 4,765,000 fr., et la dépense restant à faire de 12,275,000 fr. Enfin, en dehors de ces travaux, on évalue à 21,500,000 fr. la somme nécessaire pour combler toutes les lacunes des routes impériales sur une longueur de 530 kilomètres. Dans ce dernier chiffre les départements annexes figurent pour une somme de 9,715,000 fr., applicable à une longueur d'environ 246 kilomètres.

HENRI BAUDRILLART.

Paris, 15 février 1862

L'Administrateur-Gérant, GUILLAUMIN.

133. — PARIS. — IMPRIMERIE POUFART-DAVIL ET C, RUE DU BAC, 30.

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(RAPPORT FAIT A L'ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES)

- SUITE (1)

LE NORD DE LA FRANCE.

SAINT-QUENTIN. — LILLE. — ROUBAIX. — AMIENS.

Parmi les industries que les filatures du Nord alimentent, il y a beaucoup de tissages où le coton se combine avec d'autres matières, comme la laine, le lin, la soie, l'alpaga et le jute. Ces articles, dont le goût et l'art relèvent et varient les dispositions, ont élabli la réputation et fait la fortune des ateliers de Roubaix, de Tourcoing et de Lille. Il est difficile de pousser plus loin le talent d'assortir les matières et les couleurs, de mettre plus d'imagination au service de la nouveauté, de mieux fixer la clientèle par des surprises continuelles. Je reviendrai plus tard sur

(1) Voir les livraisons de janvier, février, avril, octobre, novembre 1861 et janvier 1862.

2° SÉRIE. T. XXXIII. – 15 mars 1862.

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ces mélanges qui intéressent la laine autant que le coton, et qui sont l'un des meilleurs titres de la fabrication française. Notre génie y est à l'aise et s'y meut en liberté; nous n'y copions personne, et ailleurs on nous copie. Sur un seul point il y a un perfectionnement à désirer.

Tous ces tissages de produits mélangés sont des tissages à la main, et longtemps on a cru qu'ils ne comportaient pas d'autre mode d'exécution. Les dessins en sont très-compliqués, et il en est qui exigent l'emploi d'autant de cartons que les étoffes de soie pure dans les qualités courantes. Les fabriques anglaises sont parvenues pourtant à y introduire le procédé mécanique, et Roubaix a suivi cet exemple dans quelques essais heureux. Il ne reste plus qu'à étendre les bénéfices de cette innovation

à tous les produits qui en sont susceptibles. C'est, en général, sur les · conditions de la main-d'ouvre que se règle cette révolution dans les méthodes de travail. Tant que la main de l'homme fournit des services à bas prix, on la prodigue; on cherche à l'épargner quand ces services deviennent plus coûteux. La loi est constante ; par la force des choses, elle soumet à la longue les industries les plus rebelles. N'a-t-on pas vu la plus consistante de toutes, l'agriculture, conduite à l'usage des machines par la rareté des bras? Ni les espaces sur lesquels elle s'exerce, ni les difficultés des opérations n'ont arrêté ce perfectionnement quand il est devenu nécessaire. A plus forte raison, les industries, agissant sur un terrain concentré, sont-elles mises en demeure de renouveler leurs moyens d'action, sous peine de rester au-dessous de leur tâche. On a beau s'en défendre, les faits sont impérieux. Il y a là d'ailleurs, pour le philosophe, un sujet d'observation non moins digne d'intérêt que pour l'économiste. D'un côté, c'est la part de plus en plus grande que prélèvent les services humains diminués dans leur durée, accrus dans leur valeur, même pour ce qu'ils ont de plus élémentaire et de plus ingrat; de l'autre, c'est le concours vigilant de la nature qui supplée l'homme quand il ne suffit plus, le soulage sans l'évincer, et tôt ou tard l'associe aux avantages d'une exécution combinée.

Un des problèmes de l'industrie serait de fixer autrement que d'une manière empirique la limite où commence la convenance de cette substitution d'un moteur mécanique à l'emploi direct des bras. Jusqu'à présent, tout a été livré aux inspirations particulières, et il était impossible qu'il en fût autrement. Il y a, en fabrique, tant de variétés de situations, qu'elles excluent l'uniformité des calculs et les volontés. Cependant, il est permis de dégager de cette confusion une sorte de règle qui, à l'insu des intéressés, y demeure dominante. L'avantage des instruments

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automatiques va du simple au compliqué. Dans les matières dont le traitement n'exige qu'un petit nombre de combinaisons, cet avantage est absolu et si bien indiqué, qu'il s'impose, pour ainsi dire. A mesure que les combinaisons se multiplient, cet ayantage devient relatif, et dépend des lieux et des circonstances; il cesse quand des combinaisons nombreuses et délicates remettent en première ligne la main de l'homme. Mais là encore le terrain est disputé, et il s'y fait plus d'un empiètement. Le travail mécanique ne s'arrête pas devant le travail manuel qui recule; il n'abandonne aucune de ses conquêtes et s'en appuie pour passer à des conquêtes nouvelles. C'est ainsi qu'il est parvenu à s'introduire dans la fabrication qui en paraissait le moins susceptible et qui est une des richesses des départements du nord; je veux parler des imitations de la dentelle.

Certes, si une industrie pouvait se croire à l'abri d'une usurpation, c'est cette industrie patiente, ingénieuse, raffinée, où la dextérité des femmes va jusqu'au prodige. Elle semblait défendue non-seulement par l'art qu'elle exige, mais encore par le prix qu'on y met. Produit de la main-d'ouvre la plus modeste, elle s'adressait à des besoins de pure fantaisie excitée par un double attrait, l'élégance unie à la rareté. Dès les temps anciens, la dentelle était connue; elle se composait de réseaux, de tissus à mailles qui s'exécutaient à l'aiguille. Venise, qui fut l'héritière de cet art, n'employait pas d'autre procédé, et c'est à la Belgique que l'on doit le premier emploi des fuseaux. Longtemps l'usage de cet objet de luxe fut renfermé dans les cours; nos rudes seigneurs du moyen âge ou la dédaignaient, ou n'y prétendaient pas. Sous Charles V, la mode s'en mêla, et il est de notoriété historique que Charles le Téméraire perdit ses dentelles à la bataille de Granson. A partir du xvi° siècle, l'industrie est sérieusement constituée ; on a le point de France, le point de Venise, le point de Flandres; on est parvenu à reproduire en toilé des ornements, des figures, des personnages. Un recueil de dessins à dentelles, sans texte, imprimé en 1587, qu’un Vénitien, Frédéric de Vinciolo, avait dédié à la reine de France, indique à quels raffinements cet art était poussé sous les derniers Valois; on y voit non-seulement le premier réseau, le point coupé et lacis, mais plusieurs beaux portraits de réseaux, de points de côté avec le nombre de mailles, le tout défendu par un privilége du roi, qui était l'équivalent de nos brevets de fabrique. L'élan était imprimé, grands et petits y cédèrent. Le clergé donna l'exemple; il couvrit de dentelles les aulels et les habits sacerdotaux; les dames de la cour en chargèrent leurs toilettes, les grands seigneurs en garnirent leurs rabats, leurs manchettes et leurs bottes; on en orna les carrosses et jusqu'aux chevaux; quelquefois mémeon en mettaitaux linceuls. L’abus alla si loin, qu'en 1629 un édit en prohiba la vente et l'usage. Mais il en fut de cet édit comme de toutes les lois somptuaires : le goût du public n'en devint que plus vif; ni les confiscations, ni les amendes ne purent l'empêcher de se donner carrière. Il est même curieux de remarquer que les plus grands perfectionnements datent de ce moment. La dentelle, qui n'était qu'une sorte de passementerie blanche en fil de lin, puis une toile découpée à fortes nervures destinée aux ornements d'église ou d'ameublement, devint un tissu plus délicat, d'un til plus fin, avec des jours et des motifs variés, et ce passement, ainsi amélioré, donna naissance à la guipure, qui se prêtait aux plus riches dessins. Ce qu'on nomme le point fut également perfectionné; on le traita sur des carreaux, métier portatif, armé de fuseaux auxquels on attache les fils, et d'épingles qui servent de jalons à l'ouvrière. Chaque pays, chaque ville même avait ses procédés, qui donnaient au produit une sorte de cachet d'origine où les connaisseurs ne se trompaient pas, avec des qualifications et des prix qui y correspondaient. On eut bientôt dix sortes de dentelles, et la nomenclature allait encore s'enrichir.

Sous Colbert, les édits somptuaires cessèrent d'être en vigueur; ce ministre en comprenait la vanité. Son principe était de créer plutôt que de proscrire. Il voyait Venise et Bruxelles en possession d'une industrie de luxe; il essaya d'en détourner une part au profit de la France. On lui avait présenté une dame du nom de Gilbert, née à Alençon, et qui était allée sur les lieux étudier le point de Venise; il lui accorda un privilége, mit à sa disposition le château de Lonray, dont il était propriétaire, et y ajouta un don de 150,000 livres pour les frais de premier établissement. Ce fut l'origine du point d'Alençon, qui devint ensuite le point de France. Louis XIV prit lui-même à tâche de mettre cette dentelle en crédit. Il porta les premières qui parurent, et en recommanda l'usage à sa cour. Les seigneurs, comme on le pense, s'empressèrent de se conformer au désir du roi, et il devint d'étiquette de ne se montrer à Versailles qu'avec des jabots, des manchettes et des garnitures de robes en points d'Alençon. Madame Gilbert reçut sur la cassette une gratification considérable. Mais un singulier incident marqua cette fabrication. Pour les débuts, on avait fait venir des ouvrières de Venise, qui naturellement transportèrent en France leurs procédés; seulement, quand il s'agit de former des ouvrières françaises, on ne put obtenir d'elles l'équivalent de l'exécution vénitienne, qui était pour ainsi dire tout d'une pièce

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