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trés de la nécessité de combler une aussi regrettablelacune, que, lorsque la célèbre institution du Geological Survey s'est présentée pour opérer la centralisation indispensable en pareille matière, elle a obtenu immédiatement le concours de tous les industriels. Il faut lire les notices et les introductions que MM. Roderick I. Murchison, le savant directeur général du Museum of the geological Survey, et Robert Hunt, à l'infatigable et consciencieuse sollicitude duquel est confiée exclusivement l'enquête annuellement faite depuis 1853, mettent régulièrement en tête de chaque volume; on y voit percer la légitime satisfaction d'hommes qui ont la conviction d'avoir produit une œuvre dont l'utilité est chaque jour appréciée davantage. M. Robert Hunt ne cesse d'adresser ses remerciments aux nombreux industriels qui, non contents de mettre à sa disposition les chiffres les concernant personnellement, l'aident à évaluer exactement ceux de leur district, souvent au prix d'un grand travail, aux propriétaires, fermiers ou directeurs des mines, aux maîtres de forges, aux fondeurs, aux négociants en métaux, aux grandes compagnies de chemins de fer, aux inspecteurs de Sa Majesté pour les houillères, que lord Palmerston a invités à prêter leur assistance au Mining record office. M. Robert Hunt constate, avec un juste orgueil, l'unanimité du concours qui lui est apporté et sans lequel une enquête aussi gigantesque n'aurait évidemment produit aucun résultat; il en sollicite avec instance la continuation pour l'avenir et appelle sur son beau travail toutes les critiques propres à en amener l'amélioration : c'est même cette courtoise invitation qui m'a fait consigner franchement tout à l'heure l'impression que m'a produite un commerce très-assidu avec la collection des Mineral statistics. Tel est enfin le succès de cette publication annuelle qu'un meeting, dont on peut lire le compte rendu dans le Mining journal du 26 mai 1860, sous cette rubrique Hunt's testimonial fund, — a été tenu à Londres pour offrir à l'auteur (que sa modestie seule a empêché d'avoir, aumuséum de l'école des mines, son buste en marbre sculpté par un artiste renommé du Cornwall) un témoignage spécial de gratitude. Les souscripteurs, appartenant à toutes les parties du Royaume-Uni, avaient réuni immédiatement 450 guinées (12,000 fr.), qui ont servi à l'achat d'une pièce d'argenterie sur laquelle a été gravée l'inscription suivante, entourée d'un ruban portant cette devise d'un à propos évident : Nil sine magno vita labore dedit mortalibus : « Présentée, avec un service d'argenterie et une bourse de souverains, à Robert Hunt, par les interessés des industries minérale et métallurgique, comme un témoignage de leur appréciation des services qu'il a rendus en établissant une statistique des ressources minérales du pays. » Cet épisode, que j'ai personnellement beaucoup de plaisir à publier, donne la clef d'un passage de l'introduction du Mineral statistics de 1859 (1860), où M. Hunt, faisant

allusion à ce magnifique témoignage d'estime et y voyant une preuve de l'importance du travail auquel il a attaché son nom, assure les souscripteurs qu'encouragé par leurs marques de satisfaction, il a la confiance de venir à bout de mettre le recensement de la richesse minérale du Royaume-Uni sur le même pied que la statistique similaire d'un gouvernement quelconque de l'Europe.

Il n'est, en effet, pas permis de douter, d'après les promesses du passé et du présent, des résultats que l'avenir réserve aux intelligents et laborieux efforts de M. Robert Hunt, et tous les économistes, à quelque nation qu'ils appartiennent, s'en féliciteront certainement. Je dois faire remarquer à ce sujet que, procédant un peu autrement que ses confrères du continent, cet auteur va du simple au composé, grossit chaque année ses volumes, en élargit successivement le cadre et augmente toutes les fois le nombre des renseigneinents qu'il livre à la publicité, en conservant d'ailleurs précieusement cette symétrie qui permet toujours la comparaison de l'une des années avec l'autre. Beaucoup de renseignements sont trop particuliers à l'Angleterre pour qu'il soit possible, notamment dans ce recueil, de les utiliser; mais presque tout ce qu'il est essentiel de connaitre, pour ceux qu'intéresse l'industrie minérale, se trouve déjà maintenant dans la statistique du RoyaumeUni.

La première manifestation de la tâche nouvelle que s'imposait le Geological Survey a paru dans la seconde partie du deuxième volume de ses Memoirs, publié en 1848. Il s'agissait du plomb et du cuivre : la production, l'importation et l'exportation, soit des minerais, soit des métaux, étaient brièvement indiquées. Ces relevés, successivement augmentés, furent continués dans les Records of the school of mines. Enfin, en 1855, le Mining record office publia un petit volume spécial, donnant, pour 1853, la statistique de l'étain, du cuivre, du plomb et de l'argent; pour 1854, celle des métaux, du fer et de la houille, et même quelques chiffres relatifs à diverses autres substances minérales. Depuis lors, un peu après l'expiration du premier semestre de chaque année, les Mineral statistics de l'année précédente sont régulièrement publiés. Le cadre et l'étendue de ce travail me permettent seulement de m'occuper ici du dernier volume, relatif à l'année 1860; je suis même, à mon très-grand regret, obligé de laisser entièrement de côté le précieux document auquel je faisais allusion en commençant. Je dois du moins en signaler très-explicitement l'existence au lecteur ; je veux parler de l'état général des progrès de l'industrie minérale du RoyaumeUni, de 4854 à 1859, où sont d'ailleurs réunis pour la houille, le fer et les autres métaux, les chiffres les plus anciens qui puissent être obtenus sur la production, l'importation (lorsqu'il y a lieu), l'exportation, le commerce intérieur, etc. — Ces renseignements, qui remontent parfois

à la première moitié du xviie siècle, sont entièrement inédits et il suffit, pour en faire apprécier l'utilité, de rappeler les divergences considérables d'évaluation qu'on remarque, en ce qui concerne seulement la houille, chez les auteurs anglais qui se sont occupés incidemment de cette branche capitale de la richesse nationale de la Grande-Bretagne.

Tel a été, du reste, l'empressement de la très-grande majorité des industriels à répondre aux questions qui leur ont été posées, soit dans des circulaires auxquelles étaient annexés des états à remplir, soit de vive voix dans des visites des principaux centres de production minérale, que M. Robert Hunt s'est même trouvé en mesure de publier pour 1858 un second volume du Mineral statistics, spécialement relatif aux pierres, argiles, etc. — Il y a vingt ans qu'en France, l'administration des mines a dù renoncer à dresser la statistique des carrières, 'par suite des difficultés innombrables qu'elle rencontrait dans la réunion des renseignements relatifs à la production de cette catégorie d'exploitations minérales, qui ne figure plus maintenant que sur les tableaux d'accidents.

-L'administration belge donne seulement le nombre des carrières exploitées, souterrainement ou à ciel ouvert, celui des ouvriers et des chevaux qui y sont occupés, le nombre et la force des machines à vapeur et autres qui sont employées à l'extraction des produits ou à l'épuisement des eaux, ainsi que la valeur de ces produits (15,000,000 fr. en 1859). En Angleterre, les obstacles inévitables se sont seulement manifestés par un retard dans la publication de la seconde partie du Mineral statistics de 1858, qui, attaquée dès le début, n'a pu avoir lieu cependant qu'en 1860; mais cette partie renferme des détails presque aussi circonstanciés que la première : la valeur totale des minéraux terrestres du Royaume-Uni a été évaluée à près de 200,000,000 fr.

Belgique. — « Dès la création du ministère des travaux publics, en janvier 1837, le ministre qui était à la tête de ce département conçut la pensée de publier la statistique générale des mines et des usines minéralurgiques du royaume. Il demanda également aux ingénieurs la liste rétrospective des accidents occasionnés par l'exploitation des mines. Le premier travail réclamé des ingénieurs devait se rapporter à l'année 1836. » Ces phrases, qui ouvrent l'Introduction du premier volume de la statistique minérale de la Belgique, font connaître les circonstances et la date de naissance d'une série de publications, à la dernière desquelles nous allons emprunter plusieurs chiffres. Il était difficile que la mise à exécution de la pensée ministérielle fût aussi rapide que la conception l'avait été : 1836 et 1837 n'ont donc produit que des documents incomplets, qui permettent seulement quelques utiles rapprochements avec les documents de 1838, première année d'un exposé complet et détaillé de l'état de l'exploitation des mines et des usines minéralurgiques de la Belgique. On avait ainsi un texte à annexer à la belle Carte topographique des mines, minières, carrières et usines minéralurgiques du royaume, officiellement publiée quelque temps auparavant par le savant ingénieur en chef Cauchy. Dans ce voluine, qui ne parut qu'en 1842, un préambule d'une centaine de pages précède une précieuse collection de tableaux authentiques et en résume, suivant l'usage, les conclusions principales; en outre, il contient une fort intéressante description géologique, industrielle et commerciale, des bassins carbonifères et métallifères d'un royaume placé à tous égards dans des conditions éminemment favorables de prospérité; on y trouve même une appréciation, ultérieurement continuée, des résultats de l'intervention des sociétés financières dans l'exploitation de la propriété souterraine, de 1834 à 1838.

Il est curieux de voir, au commencement de ce préambule, l'administration se demander consciencieusement s'il était utile et s'il n'était pas dangereux de présenter au pays un pareil exposé, et répondre affirmativement à la première question, négativement à la seconde. — Le ministre constate d'abord à bon droit que le producteur, le commerÇant, l'économiste, l'administrateur trouveront, dans ces documents, des matériaux propres à les éclairer pour la solution des problèmes qu'ils ont journellement à résoudre. « Le temps est passé, ajoute-t-il ces paroles datent de vingt ans, il ne faut pas le perdre de vue), où il existait des secrets en économie politique, où les nations jalouses devaient se redouter mutuellement. D'ailleurs les questions commerciales ne se composent pas seulement de chiffres; les intérêts les plus divers y sont en jeu... Encore une fois, rien ne reste ignoré, et les chiffres isolés n'engendrent pas de conclusions. — C'est donc... une ouvre intéressante que celle qui expose ainsi à découvert le tableau des richesses d'un pays. » Toutefois, des renseignements, dont le caractère (on ne sait trop pourquoi) fut jugé trop intime, durent être supprimés dans un des volumes postérieurs, sur les observations des propriétaires intéressés.

Le compte rendu suivant, embrassant la période de 1839 à 1844, ne fut publié qu'en 1846 ; il offrait d'abord, comme celui de 1842, une série de résumés généraux, dont la comparaison avec les tableaux antérieurs était facilitée par la similitude des divisions; en outre, il renfermait quelques documents nouveaux, et notamment une représentation graphique des variations annuelles de la production houillère et du prix de la tonne de combustible minéral. — En 1845, un cadre plus complet est arrêté sur l'avis de la commission centrale de statistique, mais de manière à permettre encore la comparaison du volume de la période de 1845 à 1849 (publié en 1852) avec les deux volumes auxquels il fait suite; on voit apparaitre la distinction du sexe et de l'âge des ouvriers employés tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des mines, les documents principalement commerciaux, etc. — La description détaillée de 1842 fut refaite pour l'année 1850 (1855), avec la réserve que j'ai mentionnée. — Enfin, en 1858, parut le dernier volume (période de 1851 à 1855) publié dans le système, aujourd'hui abandonné, d'une publication isolée. Il venait d'être décidé que les statistiques de plusieurs départements ministériels seraient à l'avenir publiées par le ministère de l'intérieur, avec le concours de la commission centrale de statistique; detelle sorte qu'en 1857, lorsque ce nouveau système a été inauguré, il y eut une sorte de double emploi, le volume dont je viens de parler à l'instant n'étant, à proprement parler, que le développement du chapitre maintenant consacré à l'industrie minérale dans la statistique générale de Belgique. Les tomes II (1858), III (1859), IV (1860) et V (1861) de cette publication ont trait aux années 1856, 1857, 1858 et 1859, et il est regrettable, en ce qui concerne le sujet spécial dont je m'occupe, que la promptitude et l'exactitude de M. Robert Hunt ne puissent être imitées par l'administration belge, d'autant plus que le cadre un peu vaste qu'elle avait d'abord adopté a été considérablement restreint, sans cesser pour cela d'être suffisant pour la très-grande majorité des économistes.

A propos de la modification restrictive que la Belgique a été amenée par l'expérience à apporter dans sa statistique minérale, je crois devoir faire remarquer que certainement tout renseignement exact sur un sujet quelconque peut, à un moment donné, avoir son utilité; mais que cependant une trop grande multiplicité de documents peut avoir de graves inconvénients, en effrayant les lecteurs et compliquant les recherches. Pour ne prendre qu'un exemple, qui soit de nature à bien expliquer ma pensée, je crois pouvoir dire qu'une statistique des accidents, telle qu'elle était primitivement établie, — c'est-à-dire où chaque fait était l'objet d'une mention spéciale et circonstanciée, – avait peut-être des proportions excessives. Bien qu'elle pût être utilement consultée dans quelques cas particuliers, il me semble que l'administration a sagement agi en la réduisant à quelques tableaux, indiquant le nombre des ouvriers des mines, celui des victimes, la nature et le nombre des accidents, finalement classés sous le rapport de la fréquence. Toutefois, je préfère encore le système suivi par l'administration française, qui, ainsi que j'ai eu occasion de le dire incidemment plus haut, ne se borne point à considérer les mines. Les exploitations minérales de toute nature figurent dans sa statistique funèbre, qui comprend deux états généraux des accidents survenus, en 1853 et 1857, dans les mines de diverses natures, les minières de fer, les tourbières, les carrières souterraines et à ciel ouvert, distingués tant par départements que suivant les

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