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suit que la loi ne peut que garantir ces droits; loin de les créer elle ne fait que les reconnaitre, e ben lungi dal crearli essa non fa che riconoscer li.

Fort des vrais principes qui régissent la matière, l'auteur proclame que la raison naturelle, les intentions des législateurs et le texte de la convention internationale du 22 mai 1840 sur la propriété littéraire et la jurisprudence étrangères concourent à persuader que la reproduction des œuvres publiées avant ladite convention ne peut êlre faite sans le consentement de l'auteur.

Et nous disions, nous, que Manzoni ne saurait perdre ses droits, qu'ils sont imprescriptibles, et que le jeune légiste italien a sainement jugé et parfaitement soutenu la cause de la vérité.

Nous sommes heureux de constater, en terminant, que le gouvernement, fidèle au vrai principe qui régit la matière, a provoqué le travail d'une commission spéciale qui a conclu à la perpétuité de la propriété et qu'une loi s'élabore dans ce sens au conseil d'État. La commission était présidée par LL, EE. MM. les ministres d'État et de l'intérieur, deux protecteurs éclairés des lettres.

JULES PAUTET.

CHRONIQUE ÉCONOMIQUE

SOMMAIRE. – La question américaine; M. Lincolo et l'esclavage. – Discours de

M. Rouher au concours de Poissy; son rapport sur la marine marchande. — Discours de M. Gladstone. - Premières nouvelles de l'Exposition de Londres. - La coalition des ouvriers typographes et le travail des femmes. - Encore des obstacles au traité de commerce franco-prussien. - Le banquet donné à M. Frédéric Passy. - Mort de M. de Launay, du Havre.

L'attention publique continue à se porter exclusivement, la question italienne mise à part, sur la lutte gigantesque qui se poursuit entre les États du Nord et les États du Sud de l'Amérique du Nord. L'Europe de plus en plus s’alarme de cette lutte sans issue, ce semble, malgré une récente victoire du Nord et la nouvelle que l'on présente comme certaine de la prise de la Nouvelle-Orléans. Mais le Sud est-il près de céder? Et quelle union peut sortir d'une lutte si acharnée fondée sur d'autres antipathies encore que celle qu'établit l'esclavage entre les deux parties de l'ancienue Union américaine? On se demande comment la crise des centres manufacturiers en Angleterre et en France ne s'aggraverait pas. La belle et fière attitude des fabricants du Lancashire refusant les secours de l'État et voulant, à force de sacrifices, suffire aux plus urgentes nécessités, en ajoutant au self governing, comme ils disent noblement, le self supporting, n'est malheureusement pas une solution. L'augmentation dans la production des pays autres que les États-Unis d'où l’Angleterre et la France tirent le coton, ne saurait combler que quelques vides. La question subsiste donc entière. L'esprit se perd en conjectures, et sans être alarmistes, on a peine à échapper aux hypothèses défavorables. Si, ce qui parait peu vraisemblable, sans être impossible, la masse de coton tenue en réserve dans le Sud, venait à la fois à déborder sur l'Europe, cela pourrait-il se passer sans crise? Si, ce qui est malheureusement plus probable encore, le coton n'arrive pas, que deviendra la manufacture, que deviendront nos ouvriers ? Quant à la question de l'esclavage, elle paraît avoir fait un pas. On a lu dans les journaux le Message par lequel le président Lincoln a donné sa sanction au bill du congrès qui proclame l'affranchissement des esclaves dans le district de Colombie. Si dans une question de cette nature on ne considérait que les chiffres, le Message du président Lincoln et le bill du congrès n'auraient pas avancé de beaucoup la solution qu'attendent les adversaires de l'esclavage. Sur une population totale de 3 millions 204,000 esclaves que renferment les États-Unis, le district de Colombie n'en posséde que 3,687. Sur 41,000 habitans qui forment la population libre de la Colombie, 1,477 seulement sont propriétaires d'esclaves. Dans ce chiffre, il est vrai, nous ne comprenons pas une classe très-nombreuse aux États-Unis, celle des loueurs d'esclaves; car un nègre étant une propriété au même titre qu'un cheval, un champ ou une maison, se prend à ferme, à bail ou à louage de la même façon et aux mêmes conditions qu'un champ, une maison ou un cheval. Or, qu'est-ce que 3 ou 4,000 esclaves de moins ? Rien en apparence. Qu'est-ce que 1,477 propriétaires à indemniser? Peu de chose. Mais l'acte qui vient de s'accomplir à Washington n'en reste pas moins un des grands événemens politiques de l'histoire, encore peu chargée de faits, de la jeune république américaine. La statistique toute seule ne saurait nous en faire apprécier l'immense portée morale.

M. Lincoln, par la loi qu'il vient de promulguer, a dignement rempli la mission dont l'avait chargé la confiance du Nord. Il a fait plus qu'arrêter la marche de l'esclavage. Quoi qu'il arrive, il l'aura refoulée. Depuis quarante ans et plus, c'est la première défaite éclatante que subit la cause esclavagiste, et si l'on veut bien regarder à la situation spéciale du district de Colombie, on conviendra que les effets réels, les conséquences juridiques et constitutionnelles de cette mesure en valent bien l'effet moral. Le district de Colombie est un territoire neutralisé, privé des prérogatives dont l'ensemble forme la qualité d'État fédéré. Il appartient indivis à la confédération. Du moment que l'esclavage est extirpé de ses limites, ce n'est pas simplement un territoire de quelques milles carrés qui se trouve affranchi. La confédération déclare par un acte solennel que l'esclavage devient plus que jamais une institution particulière, et que si la guerre présente se termine par la soumission du Sud, la Floride, les deux Carolines, la Géorgie, la Louisiane, etc., pourront bien rester, chacune en ce qui la concerne, des États à esclaves, mais que les États-Unis eux-mêmes, ni directement ni indirectement, ne laisseront entrer l'esclavage dans le droit fédéral. Le district et la ville fédérale affranchis de l'esclavage, bien qu'après le rétablissement de plus en plus problématique de l'Union, des propriétaires d'esclaves puissent être contraints par la constitution d'y venir résider à titre de députés et de sénateurs, le district et la ville de tout le monde places en matière d'esclavage sous le régime exclusif des lois du Nord, cela veut dire que l'exception odieuse reprendra dès à présent son rang et son caractère d'exception, tolérée par politique et par prudence dans une zone soigneusement déterminée et irrévocablement restreinte.

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- A l'intérieur, chaque mois apporte quelque nouvelle intéressant l'économie politique. Le mois d'avril n'était pas encore terminé que nous avons entendu pour la première fois les doctrines de la liberté commerciale franchement professées parun ministre du commerce. C'est là le sens du discours remarquable prononcé par M. Rouher à la distribution des récompenses de Poissy. Il ne tenait qu'à M. Rouher de se renfermer dans ces formules évasives et atténuantes par lesquelles la plupart de ses prédécesseurs cherchaient à absoudre aux yeux des préjugés économiques les mesures même libérales qu'ils prenaient. M. Rouher a voulu en finir avec ces subterfuges et ces réticences qui constituaient la théorie du libre commerce à l'état de doctrine honteuse. Il a pris corps à corps les maximes protectionistes. Il en a fait justice avec une élévation et une rigueur de termes qui ont frappé tous les économistes. La liberté du commerce devenue doctrine officielle, c'est là un fait considérable. Au reste, M. Rouher fait mieux encore que de prêcher, il agit. Son rapport sur la marine marchande, en provoquant de nouvelles réformes qui mettront cette partie de notre commerce en rapport avec l'esprit de notre nouveau code douanier, est une suite aux mesures dont il a déjà eu l'initiative. Nulle part ailleurs, les préjugés économiques ne sont plus invétérés. Il faut cependant en avoir raison dans l'intérêt de la marine elle-même comme dans celui de nos relations commerciales. La réforme économique forme un ensemble. On ne saurait la laisser en souffrance sur un point sans la compromettre sur les autres. Nous sommes donc convaincu que la réforme de la législation qui régit notre marine est une des questions aujourd'hui les plus urgentes. M. Rouher le comprend, et sa courageuse initiative lui vaut trop d'attaques pour que nous lui ménagions l'expression de notre approbation et de notre adhésion

reconnaissante pour sa ferme attitude en face de tant de censures intéressées et de réclamations voisines de la violence.

Tandis que M. Rouher défendait à Poissy le traité de commerce, c'est ce que faisait aussi à peu près en même temps, à un point de vue qui n'était pas seulement anglais, M. Gladstone. L'illustre homme d'État a justifié le traité de commerce contre les objections qu'il a soulevées des deux côtés du détroit, et il en a fait ressortir les avantages au double point de vue économique et politique. Il a principalement insisté sur ce point, que l'influence du traité n'a pas été circonscrite à la France, et que les effets s'en sont étendus à l'Italie, à la Belgique, où le principe de la liberté commerciale a fait des progrès rapides. Ainsi, a dit M. Gladstone, le traité portera le dernier coup à la politique restrictive et servira puissamment la cause de la civilisation. Au point de vue politique, la France et l'Angleterre se sont rapprochées, les antipathies nationales ont disparu, les relations entre les deux peuples sont devenues intimes, ainsi que l'atteste le nombre des lettres échangées entre les deux pays. Enfin a dit l'orateur en terminant, le traité conclu par l'Angleterre avec la France prouvera que le commerce n'a pas seulement pour effet de civiliser et d'enrichir les peuples, mais encore d'assurer la paix et le bonheur de l'humanité.

- Les premières nouvelles de l'Exposition de Londres nous en attestent le succès encore supérieur à celui des expositions antérieures. Les recettes ont été considérables dès les premiers jours. Le nouveau palais del'Exposition, toutefois, à la différence du premier, est reconnu pourune assez laide construction. C'est fåcheux, et puisque l'art fait aussi partie de l’Exposition, il vaudrait mieux ne pas commencer par une lourde et désagréable exposition architecturale. Mais on s'accorde à louer l'intérieur, ce qui est plus important après tout, pour la convenance de l'aménagement, le parcours facile et les abords au milieu des vitrines et des montres. L'exposition des produits français est située dans un des côtés de la grande nef, au sud, et dans la cour ou division sudouest. Bien qu'incomplète pour le moment, elle a déjà fort bonne apparence et tiendra dignement sa place au nouveau palaisde Kensington. Au nord, perpendiculairement aux façades de l'est et de l'ouest, s'allongent des kilomètres d'annexes, et perpendiculairement à la face du nord sont les buffets et refreshments de toute espèce que les Anglais ne négligent jamais. Entre les annexes, la Société d'horticulture a créé un immense parterre émaillé des produits de la flore artificielle du pays, et orné des colosses, fontaines et groupes de statues qui, par leur poids et leur volume, ne pouvaient étre admis dans l'intérieur du palais. Un portique, d'un goût bysantin, fait le tour du jardin, et à l'extrémité sont des terrasses où sont établis deux orchestres.

L'exposition des beaux-arts se déroule dans la grande galerie supérieure, parallèle à Cromwell-Road, au sud : la plus grande partie au sud-est pour l'Angleterre, et l'autre côté pour la France et l'Allemagne. Un grand nombre de statues et de bustes ornent les galeries de tableaux : les groupes les plus importants par leur dimension ont été distribués au rez-de-chaussée. Les galeries de peinture sont, dit-on, bien éclairées et d'une heureuse proportion. Mais vous ne voulez pas anticiper. L'Exposition de Londres commence à peine : elle est loin encore de déployer tous ses trésors, et nous aurons plus d'une fois certainement à en entretenir nos lecteurs.

- On s'est préoccupé ici de la coalition d'un certain nombre d'ouvriers typographes, et de la condamnation qui vient de frapper quelques-uns d'entre eux appartenant à l'imprimerie de M. Paul Dupont. En principe, nous sommes partisan du droit de coalition. Dans la pratique, nous regrettons dans la plupart des cas l'usage qui en est fait et les tristes résultats qu'ont les grèves pour les ouvriers même dans les pays où elles ne constituent pas un délit. Il ne nous appartient pas de nous prononcer sur le débat trop prolongé qui sépare les patrons et les ouvriers typographes. Nous ne pouvons qu'émettre le veu de le voir terminé le plus tôt possible, grâce à ce sage esprit de concilation sans lequel rien ne se termine, et qui seul empêche les querelles de s'éterniser et de s'envenimer au préjudice des deux parties. Quant à la prétention élevée par une certaine partie des ouvriers d'empêcher les femmes de travailler dans les ateliers d'imprimerie, nous la trouvons exorbitante, et nous croyons que la dernière discussion engagée au sein de la Société d'économie politique en a porté la juste condamnation. Il est fàcheux sans doute que cette question ait été introduite dans un moment de conflit. Il n'est pas moins regrettable qu'elle se complique de la circonstance d'une industrie privilégiée, et, d'autre part, d'une larification de salaires que nous désapprouvons comme tout tarif en général en matière de salaires. Mais nous n'en regardons pas moins le droit des femmes à utiliser leur travail partout où elles peuvent comme étant tout aussi sacré que le même droit chez les hommes. Leur interdire le travail, ressource indispensable pour elles, c'est les précipiter dans la misère et dans le désordre. Il n'y a pas de profession dont les hommes aient et doivent avoir légalement le privilége, et la différence du sexe est une considération de nulle valeur qui s'efface devant l'unité de la nature humaine. Il faut que les ouvriers comprennent qu'hommes et femmes font partie de la même humanité, tout comme les noirs, les cuivrés, les blancs. Nier cela, c'est nier le dogme de l'égalité humaine, en même temps que

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