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la Mecque et l'Euphrate, vit ses jours les plus prospères. Alep éclipsait Antioche. Dans l'ancienne Mésopotamie, Babylone et Ctésiphon n'étaient plus; mais Bagdad les avait remplacées, et Bassora, qui sur le Chatt-elArabs lui servait de port, était renommée pour les immenses richesses de ses marchands. Hérat, Kandahar sur les frontières de l'Iran, Samar cande dans le Touran, étaient de vastes marchés et de belles cités dont les voyageurs racontaient les merveilles. D'ailleurs les routes étaient toujours celles de l'antiquité; mais les événements religieux et poli tiques qui avaient fait la fortune de l'Asie avaient amené une circulation plus active et avaient enrichi les grandes stations.

L Europe. — Les nations chrétiennes participèrent tardivement à cette activité. Au milieu de cette barbarie nouvelle, ce ne fut pourtant pas l'Orient qui alla porter le commerce et la vie à l'Occident, comme l'avaient fait dans l'antiquité les Phéniciens et les Grecs; l'Occident se réveilla de lui-même, et ce fut l'Italie qui devint son grand entrepôt maritime.

Venise. — Venise, à peine née au fond de ses lagunes, lança ses navires dans la Méditerranée. Au vi* siècle, du temps de Cassiodore, elle allait déjà dans les ports de l'empire grec chercher les épices, les tissus d'or et de soie, les peaux teintes, la pourpre, les plumes, l'ivoire, les pierres précieuses, et portait en échange des bois de construction, du fer et des armes. La conquête arabe n'interrompit pas, dans les échelles du Levant du moins, des relatious qui, dès le xie siècle, firent de Venise un puissant empire. La république ne fondait pas des colonies comme les anciens, mais elle faisait des conquêtes et formait des comptoirs; elle étendit successivement la ligne de ses possessions sur la Dalmatie, l'Illyrie, Corfou, Coron, Candie, Nauplie, Naxos et Négrepont, s'assurant ainsi de la route qui conduisait ses flottes dans les ports de Syrie, ou à Constantinople et dans la mer Noire. La destruction de l'empire grec et les progrès des Turcs, avec qui elle fut presque constamment en lutte, la repoussèrent peu à peu de l'Archipel et commencèrent sa décadence.

Amalfi avait été, au xi' siècle, l'émule de Venise ; ses flottes naviguaient alors dans les mers du Levant, sur les côtes barbaresques, et l'on voyait réunis dans son port les marchands de l'Arabie, de l'Inde, de la Sicile et de l'Afrique. La perte de sa liberté et la jalousie des Pisans lui furent fatales.

Pise ne jouit pas longtemps de son trimphe. Au xn* siècle, elle était mattresse de la Corse et de la Sardaigne, par lesquelles elle tenait le bassin antérieur de la Méditerranée, et elle avait des comptoirs à Ptolémaïs, Tyr, Tripoli, Antioche et Constantinople. Mais Gênes était jalouse d'elle, comme elle avait été elle-même jalouse d'Amalfi, et à la fin du xiii* siècle Pise succomba.

Gênes. — Gènes resta la seule rivale de Venise, dominant sur la côte occidentale de l'Italie, comme celle-ci dominait sur la côte orientale. Dans l'Archipel et dans l'Orient, elles se rencontraient et leur rivalité ensanglanta bien souvent les flots. Gênes avait établi en Orient son commerce et sa domination à la suite des croisés. A Ascalon, Assur, Césarée, elle jouissait du monopole; Gibelet lui appartenait; à Laodicée, elle avait un quartier et possédait une partie des revenus du port. La destruction du royaume de Jérusalem emporta la plupart de ces privilèges; néanmoins les Génois conservèrent des comptoirs dans l'ancienne Cilicie, entre autres ceux d'Aïas, de Tarse et de Sis ; alliés des empereurs grecs, ils se firent donner les plus importantes îles des côtes d'Asie Mineure, Samos, Chio, Lesbos, Lemnos, lmbros, dominèrent dans le faubourg de Galata,àConstantinople, et, au xiv siècle, exercèrent dans la mer Noire une influence beaucoup plus grande que les Vénitiens: ils y occupaient Amastra dans l'Anatolie et toute la côte orientale de la Crimée, où ils avaient fondé Caffa. Là, ils achetaient les grains, les peaux, la laine, les salaisons, l'alun, le sel, les bois de construction, et par un trafic peu honorable pour des chrétiens, des jeunes gens et des jeunes filles qu'ils revendaient au sultan du Caire. Là aussi, les caravanes d'Astrakan leur apportaient de la Grande-Boukharie les marchandises de l'Inde, poivre, indigo, coton et soie, et quelques rares produits de la Chine.

Cette route de la Chine par le Turkestan ne resta pas longtemps ouverte. Quand Caffa eut été détruite, ce fut à Tana, aujourd'hui Azof, que se rendirent les marchands italiens, et de là un voyage qui durait un peu moins d'un an, et qui coûtait environ 300 ducats les conduisait dans l'empire de Cathay. Mais la destruction de Tana par les Tartares de Tamerlan, et l'avènement de la dynastie des Ming qui, en 1368, fermèrent la Chine aux étrangers, détruisirent ce commerce, et rompirent des relations qui tendaient à devenir chaque année plus fréquentes depuis les voyages de Rubruquis et de Marco-Polo et la publication du livre de Marin Sanutp.

Gênes fut chassée de l'Orient par la conquête ottomane, sans avoir même l'honneur de résister comme Venise, et elle s'amoindrit au milieu de ses dissensions intestines. Florence alors, quoique privée de port, était devenue, grâce à l'activité de ses marchands et de ses banquiers, une place de commerce plus riche qu'elle, et à l'occident, Marseille et Barcelone, qui avaient prospéré durant tout le moyen âge, s'élevaient presque à sa hauteur.

Boutes d'Italie en Allemagne et en France. — Venise, Gênes, Florence, au temps de leur splendeur, étaient comme Tyr dans l'antiquité, de grandes cités industrielles, mettant en œuvre la matière première, fabriquant le verre, les soieries, le drap, teignant les étoffes, fondant les métaux, travaillant l'or, le fer, le bois, et distribuant dans le centre et jusque dans le nord de l'Europe les richesses de l'orient et celle de leurs propres ateliers.

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De Venise, les marchands se rendaient par Àquilée, comme au temps des Romains, à Laybach, dans la vallée de la Save, et de là sur les bords du Danube, commerçant avec les Croates, les Serviens et les Hongrois.

D'autres marchands, prenant la route du Tyrol par Trente et Inspruek, gagnaient Ausbourg et Nuremberg, les deux grands entrepôts de l'Allemagne centrale, qui mettaient en communication la Méditerranée et les mers du Nord, les républiques d'Italie et la hanse teutonique. Les riches négociants d'Ausbourg et de Nuremberg, quoique placés au milieu du continent, avaient des vaisseaux sur toutes les mers et des comptoirs dans le Levant.

Les Yénitiens fréquentaient encore deux routes de terre: l'une à travers le Saint-Gothard les menait, par la vallée du Rhin ou par celle de la Reuss, vers Schaffhouse et vers Bàle, d'où ils allaient rejoindre les grandes villes commerçantes de la Souabe ou du Rhin; l'autre, par le Simplon ou le Monte-Moro, les conduisait sur les bords du Rhône et de là à Genève et à Lyon ou dans la Champagne à travers le Jura.

Cette dernière route était très-fréquentée; les Lombards la prenaient d'ordinaire ainsi que les Romagnols et les Florentins, les Génois préféraient se rendre par Testone et Turin au mont Cenis, et de là sur les bords du Rhône. En trente-cinq jours, on allait de Paris à Gènes au XIVe siècle.

Ce fleuve était au midi ce qu'était au nord le Rhin : la grande route du commerce intérieur. Marseille en Provence et Àigues-Mortes en France étaient ses ports. Sur ses rives, les foires de Tarascon, de Beaucaire, de Vienne, de Lyon, de Genève, attiraient la foule des marchands de l'Italie, de l'Espagne, de l'Afrique, du Levant, de la France et du Rhin. A la foire de Beaucaire on voyait surtout les Africains et les Orientaux; c'était une des plus célèbres de l'Europe, et l'on peut juger de son importance, en songeant qu'elle est aujourd'hui, en pleine décandence et qu'on y fait encore 30 millions d'affaires. Aux foires de Lyon, c'étaient les Italiens qui étaient en plus grand nombre; celles-ci ne dataient que du xve siècle; mais elles n'avaient pas tardé, sous Louis XI et sous Charles VIII, à rivaliser avec Beaucaire et à éclipser Genève.

Elles avaient remplacé les foires de Champagne et de Brie, si brillantes au Xiii" et au xive siècle. Pendant plus de deux cents ans, tous les marchands des provinces de l'ancienne Neustrie, de la Lorraine et de l'Italie s'y étaient donné rendez-vous, et six fois par an, à Troyes, à Provins, à Lagny, à Reims ou à Bar-sur-Aube, y avaient échangé les produits du Nord contre les riches marchandises du Midi et de l'Orient.

La foire du Landit n'avait pas le même caractère, et, malgré l'importance que lui donnait le voisinage de Paris, c'était un marché de second ordre qui n'intéressait que les provinces situées entre la Loire, la Moselle et l'Escaut.

Le Rhin.—Dans les pays du Nord, pluséloignésdes antiques foyers de la civilisation, le commerce eut plus de peine à s'ouvrir des routes nouvelles. Lesfleuves restèrent longtemps hérissés de châteaux habités par des seigneurs qui arrêtaient ou rançonnaient les voyageurs, les mers furent infestées par des pirates. Ce n'est guère qu'au Xii« siècle quela petite bourgeoisie des villes allemandes fut affranchie du servage, et au xin«, au milieu de la dissolution du grand interrègne, que lescités commerçantes se groupèrent en ligues et assurèrent aux grandes routes la sécurité qui pouvait seule les faire fréquenter.

La ligue du Rhin, qui s'étendait de Zurich à Cologne et comptait plus de soixante villes, aboutissait d'une part aux industrieuses provinces de Flandre et de Brabant, de l'autre, par le Saint-Gothard, aux républiques d'Italie. Bâle, Strasbourg, Worms, Mayence, Cologne, étaient les plus riches entrepôts de la route et les lieux où se tenaient les assemblées générales.

La hanse.— La hanse teutonique, qui avait commencé en 124t par une association de Lubeck et de quelques ports du voisinage contre les pirates de la Baltique, avait pris bientôt d'immenses développements. Lubeck en était restée la capitale. Mais par Hambourg et Brème, elle tenait la navigation de l'Elbe et du Weser ; par Brunswick, qui était le chef-lieu de la province allemande, elle se rattachait au centre de la contrée à Nuremberg où les marchands delà hanse retrouvaient ceux d'Italie ; par Cologne, chef-lieu de province comme Brunswick, elle commandait la route du Rhin. Elle occupait les ports des Pays-Bas, Amsterdam, Rotterdam, Dordrecht, Anvers; elle possédait Londres en Angleterre,'et sur les côtes des Flandres et de la France, Ostende, Dunkerque, Calais, Rouen, Saint-Malo; elle descendait même jusqu'à Bordeaux et Bayonne'et étendait sesaffiliations jusqu'à Lisbonne, Cadix, Barcelone, Livourne, Naples et Messine, enveloppant de son commerce toute l'Europe occidentale. Des assemblées annuelles, des contributions communes, une marine dé guerre maintenaient l'union, et dans chaque port, le scribe, qui devait être citoyen de Lubeck, donnait une garantie de solidité aux comptes des négociants et au crédit.

Dans le Nord, lahanse possédait sur la côte de Norwége, Bergen, qui lui envoyait ses bois et son poisson. Dans la Baltique, elle était toutepuissante et dictait ses lois. Par Stalsund et Stettin elle tenait les embouchures de l'Oder, par Dantzig celles de la Vistule, par Riga celles de la Duna, et par Revel le golfe de Finlande. Elle s'avançait jusqu'à Novgorod, république florissante au Xiii* et au xrv siècle, et vastemarché où les négociants de la hanse achetaient les fourrures du Nord, les grains, le chanvre, le bois, la résine de la Russie, et les marchandises de l'Asie qui du Turkestan gagnaient le Volga et le remontaient jusqu'à Tver.

L'antiquité et le moyen âge. — Dans l'antiquité, les routes de commerce sillonnaient le continent asiatique etrayonnaient de toutes parts dans la Méditerranée; le courant des marchandises se dirigeait, en général, d'orient en occident, mais il expirait, pour ainsi dire, aux Colonnes d'Hercule. Au moyen âge, il embrassa l'Europe tout entière, au midi par les républiques italiennes, au nord par la hanse, et ce furent les Occidentaux qui allèrent eux-mêmes à Tunis dans les échelles du Levant, dans la mer Noire et à Novgorod chercher les produits que les Orientaux n'amenaient plus guère qu'aux limites du continent. De nombreuses routes transversales, suivant les fleuves et franchissant les montagnes, réunissaient les deux grandes voies maritimes du nord et du sud.

Découvertes. — D'ailleurs le moyen âge s'aventura peu à la découverte des routes lointaines.

Si les Norwégiens se frayèrent un chemin jusqu'à l'Islande alors déserte et jusqu'au Groenland, si même au commencement duxi«, Leif s'avança sur les traces de Bevern, du Groenland jusqu'à l'embouchure du Saint-Laurent, les routes qu'ils ouvrirent, inconnues des autres peuples, servirent plus à la pêche qu'au commerce, quoique Bergen, diton, achetât des pelleteries aux Esquimaux.

11 y avait toutefois des idées vagues sur l'existence d'une vaste terre à l'Occident ou du moins d'une communication par l'Atlantique entre l'Europe et les contrées de l'Orient. Aristote l'avait dit. Ptolémée, qui, commenté par les Arabes, fut la grande autorité géographique du moyen âge, n'y répugnait pas. Mais Ptolémée semblait interdire toute espérance de gagner la mer des Indes par le sud de l'Afrique, tandis que des voyageurs modernes laissaient croire à la possibilité d'un pareil passage et le représentaient comme facile en donnant à l'Afrique la forme d'un rectangle dont le plus grand côté comprenait toute la partie inconnue, des colonnes d'Hercule à l'extrémité de la mer Rouge.

Les Portugais, placés aux avant-postes de l'Europe, et poussés par l'actif génie de l'infant dom Henri, cherchaient ce passage. H leur fallut un siècle avant de parvenir à la pointe de l'Afrique; mais, à mesure qu'ils descendaient au midi, ils étendirent leurs relations commerciales sur la côte du Maroc d'abord, puis dans les îles, à Madère, aux Canaries, aux Açores, à l'archipel du Cap-Vert, dans la Sénégambie et dans la Guinée, où ils achetaient l'ivoire et la poudre d'or. Enfin, en U86, Barthélémy Diaz doublait le cap des Tourmentes, et onze ans après, Vascode Gama, franchissant le même cap auquel un juste présentiment avait fait donner le nom de Bonne-Espérance, trouvait le

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