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BULLETIN FINANCIER DE L'ÉTRANGER

SOMMAIRE. - Discussion financière au parlement anglais. — Consommation et com· merce en Angleterre. - Finances prospères de l'Inde. - Réformes financières en Prusse. — Nouvel emprunt autrichien. - Chemins de fer italiens et belges. Compagnies à responsabilité limitée.

Elle est bien curieuse la lutte que se livrent en Angleterre le besoin d'économies budgétaires, d'une part, et l'entraînement aux fortes dépenses budgétaires, de l'autre. Ces deux courants viennent encore une fois de se trouver en présence dans la brillante joute oratoire dont le parlement a retenti mardi dernier. Elle était provoqué, on le sait, par la motion de M. Stansfeld, un des membres les plus jeunes du parti libéral. M. Stansfeld proposait la motion que voici : « Dans l'opinion de la Chambre, les dépenses nationales sont susceptibles de réduction, sans que la sécurité, l'indépendance et l'influence légitime du pays soient compromises.» Des amendements proposés par lord Montagu, par MM. Horsman et Walpold cherchaient à atténuer ou à renforcer le blâme qu'exprimait la motion Stansfeld contre les dépenses exagérées de l'administration actuelle. Le chef de cette administration n'osait contester ni l'exagération des dépenses ni la nécessité de revenir à un régime plus économique; il cherchait à faire prendre patience à la Chambre, en lui montrant qu'un commencement de retour était déjà fait. Lord Palmerston opposait, en effet, à la motion Stansfeld la motion que voici : « La Chambre, profondément convaincue de la nécessité de l'économie dans tous les départements de l'État, n'oublie pas l'obligation de pourvoir à la sécurité du pays à l'intérieur et à la protection de ses intérêts à l'étranger. La Chambre voit avec satisfaction la réduction déjà opérée dans les dépenses nationales et espère qu'à l'avenir les réductions que l'état de choses pourra justifier seront opérées. » La discussion à laquelle, a part les auteurs des amendements, se sont mêlés les orateurs les plus éminents des diverses fractions de la Chambre, notamment MM. Disraéli, Cobden et Bright, a prouvé cependant que lord Palmerston n'avait pas une foi entière dans l'efficacité des circonstances atténuantes que faisait valoir sa motion pour modifier le jugement de la Chambre. Il a préféré éluder le débat sur le fond de la question. Après avoir montré en passant que la motion Stansfeld venait ou trop tard ou trop tôt (puisque le budget de 1862-1863 était déjà voté et que personne ne saurait encore dire, au milieu de quelles circonstances et sous la pression de quelles nécessités le parlement aura à voter le budget de l'exercice prochain), lord Palmerston s'empressait de transporter le débat sur le domaine politique, d'élever le simple avertissement budgétaire, proposé par M. Stansfeld et ses amis, à la hauteur d'une question de cabinet. Le chef du ministère savait parfaitement, et tout le monde avec lui, que ni les conservateurs ni les radicaux ne croient le moment opportun de le supplanter; il était sûr en tout cas que la majeure partie et des conservateurs et des radicaux reculerait devant la perspective d'une crise ministérielle et abandonnerait ses chefs, si ceux-ci voulaient persister. Transportée sur ce terrain, la bataille était donc gagnée d'avance pour le cabinet; aussi la motion Stansfeld a-t-elle été rejetée par 367 voix contre 65. Mais est-ce à dire que le pays approuve complétement la politique financière du cabinet Russell-Palmerston ? Ce serait une interprétation bien forcée. Le vote du 3 juin confirme seulement de nouveau que pour le moment la Chambre juge fort difficile, sinon impossible, toute autre combinaison ministérielle. La manière dont lord Palmerston lui a extorqué le vote de confiance, l'artifice qu'il a dû employer pour empêcher « l'avertissement parlementaire, tendraient, au contraire, à prouver que, si l'opposition avait pu conserver à la question sa portée exclusivement financière, l'opinion de la Chambre se serait prononcée sans équivoque aucune en faveur d'une administration moins dispendieuse des deniers publics.

Il faut l'avouer : de quelque côté qu'on envisage la question, le temps semble bien mal choisi pour la thèse ou pour les faits que lord Palmeston se croitobligé de défendre. N'est-il pas étrange, tout au moins, d'entendre le premier ministre de la couronne d'Angleterre soutenir la nécessité pour son pays d'être armé jusqu'aux dents et au delà, dans le moment même où la nation anglaise convie au tournoi pacifique de l'industrie et des arts toutes les autres nations de l'Europe, qui, de leur côté, s'empressent de se rendre à cet appel ? N'est-il pas plus qu'étrange, n'est-ce pas bien triste d'entendre le ministre de la reine réclamer des millions et des millions de livres sterling pour les arts destructifs quand languit si effroyablement le travail productif qui doit en faire les frais ?... Les dernières statistiques commerciales, publiées il y a peu de jours fournissent des preuves nouvelles de l'opiniâtreté et même de la progression continue de la crise économique. Ainsi, l'exportation des produits anglais n'a été en avril que de 9.8 millions livres sterling contre 10.9 millions en 1861 et 11.4 millions en 1860; pour les quatre mois réunis, c'est 36.3 millions contre 38.6 et respectivement 41.8 millions. C'est naturellement sur les produits cotonniers que porte surtout la diminution; l'exportation des tissus de coton est descendue, de 12.5 millions livres sterling en 1860, à 11.8 millions 1861 et à 9.4 millions en 1862; celle des filés de coton, de 3.3 à 2.8 et à 1.9 millions. La diminution est assurément forte et sensible; elle est cependant bien inférieure à l'amoindrissement dans les arrivages de la matière première, qui sont tombés de 10.7 millions livres sterling en 1860 et de 9.3 millions en 1861, à 2.7 millions dans le premier trimestre de 1862; la décroissance est relativement bien plus forte encore en avril, où le marché anglais n'a retenu que 355,800 quintaux de coton, contre 1,513,958 quintaux en 1861. Cette forte différence entre l'amoindrissement des arrivages du coton brut et l'amoindrissement des ventes au dehors de cotonnades prouve d'une façon manifeste que la consommation à l'intérieur a diminué dans une proportion infiniment plus forte que les achats de l'étranger. Est-il besoin de relever la signification de ce fait? Il dit que la faculté d'acquérir les cotonnades renchéries a diminué plus fortement chez les consommateurs indigènes que chez les clients étrangers de la manufacture britannique. Cet amoindrissement dans la faculté d'acquérir et de jouir ressort, au reste, de maint autre chiffre encore de la statistique commerciale; ainsi, comparativement à l'année précédente, la consommation du cacao est descendue de 353,208 quintaux à 335,864 quin. laux dans le mois d'avril 1862; celle du café est descendue de 3,025,860 à 2,999, 139 livres anglaises; celle du sucre brut, de 836,652 livres à 760,379; celle du vin, de 986,069 gallons à 927,308 ; le thé, cette boisson souverainement a nationale » de l'Angleterre, est presque le seul, parmi les grands articles de la consommation de luxe nécessaire, dont la consommation ait, malgré tout, grandi. De pareils faits se passent de commentaire ; ils témoignent que les classes moyennes elles-mêmes sont arrivées au point de devoir s'imposer des privations sur leurs jouissances les plus favorites, qu'on peut dire les plus indispendables.

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Si le gouvernement anglais maintient néanmoins, avec des réductions insignifiantes ou purement nominales, les forts budgets de ces dernières années, il ne paraît pas, heureusement, que les colonies anglaises se croient obligées de suivre le coûteux exemple de la mère-patrie. L'Inde notamment offre sous ce rapport un contraste bien flatteur pour son administration, et qui donne à réfléchir. Les dépenses militaires forcément et fortement enflées par suite de la dernière révolte des Cipayes, diminuent d'année en année; elles avaient encore été de 20.9 millions livres sterling dans l'exercice 1859-60; elles n'étaient plus que de 15.8 et respectivement de 12.8 millions dansles deux exercices suivants; M. Laing annonce les réduire à 12.2 millions dans l'exercice 1862-63. La marine et les services civils doivent également être réduits, et le budget de 1862-63 être en tout inférieur de 5 millions livres sterling au budget de 1860-61. Cette réduction continue des dépenses est d'autant plus méritoire qu'elle s'opère en face de l'accroissement continu des recettes. Depuis dix ans, les recettes de l'Inde se sont élevées de 29.2 à 43.8 millions livres sterling; dans les trois années qui précédèrent la révolte de 1857, les recettes n'avaient encore été en moyenne que de 32 millions, de sorte qu'il y a pour les cinq dernières années seulement un accroissement de 11 millions. Il en revient, c'est vrai, un million et demi à l'opium, 3 millions à l'impôt du revenu et à la surélévation de l'impôt du sel, du timbre et des douanes, un million enfin aux nouvelles extensions territoriales; il n'en reste pas moins encore une part fort large qui est due au progrès intrinsèque, c'est-à-dire au développement de la faculté contributive. Aussi, grâce à cette progression des recettes d'une part et cet amoindrissement des dépenses d'autre part, le digne successeur de M. Jannes Wilson, de regrettable mémoire, se voit-il en mesure d'opérer des dégrèvements sérieux et de consacrer encore de forts excédants au fonds de a l'éducation des sciences et des arts, » Le dernier budget de M. Laing réduit à 5 0/0 le droit d'importation sur les colonnades et à 20 0/0 le droit sur le tabac? Il réduit de moitié le droit d'importation sur la bière et sur les vins de qualité inférieure; il abolit le droit d'importation sur le papier (10 0/0) et le droit d'exportation (3 0/0) sur la houille et le fer. Dans notre vieille Europe sur-avancée, un budget arrangé avec un esprit si parcimonieux semblerait un criant anachronisme; il paraît que les habitants arriérés de l'Inde sont capables d'applaudir à une gestion aussi primitive! N'a-t-on pas vu, à la présentation du budget de M. Laing, les fonds publics monter de 10 0/0 à Calcutta et à Bombay? Les gouvernements pré

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