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ou au verbe dont on vient de lire l'article; si maintenant on parcourt les articles de ces substantifs, on y trouvera toute la série des adjectifs qui leur ont été appliqués, des verbes qui ont formé locution avec eux. On verra là réunis les éléments d'une étude intéressante sur les expressions à peu près synonymes, et cependant variées de mille manières, que Molière sait créer avec une inépuisable fertilité d'invention, avec une verve toute rabelaisienne. Plus d'une expression prise isolément paraîtrait assez ordinaire, qui prend une valeur nouvelle par le rapprochement de celles qu'elle rappelle et dont elle differe cependant. Il y a tel critique qui aurait moins vite condamné le style de Molière, s'il avait eu sous les yeux tous les exemples ici rassemblés et s'il avait mieux pu voir des intentions de satire là où il voyait du mauvais goût ou de l'affectation. Car il paraît bien que ce n'est pas seulement dans les Précieuses ridicules que Molière a montré le plaisir qu'il prenait à parodier un certain style; ce n'est pas sans ironie qu'il a continué des métaphores jusque dans le dernier détail des images qu'elles contiennent, et tourné tant de phrases amoureuses sur les cæurs enflammés et les âmes embrasées d'amour, sur les caurs qui prennent feu ou que leurs feux consument, sur les yeux dont les feux réduisent un cæur en cendres, sur les ardeurs, les feux et les flammes qui s'allument et s'éteignent ou dont on brûle, ou encore sur cette glace qui fond en partie après avoir résisté à toutes les ardeurs de l'amour.

En général, parmi plusieurs exemples semblables, on s'est contenté d'en choisir et d'en citer un ou deux; pour permettre cependant au lecteur de se rendre compte que l'expression signalée est assez fréquente chez Molière, on a indiqué les passages où elle se retrouve. On s'est alors servi des abréviations « Cf. » ou « Voy. », suivies de chiffres romains et arabes qui indiquent, les premiers le tome et la page où l'on renvoie, les autres l'acte et la scène de la pièce citée? (par exemple : Cf. V, 307, Am. méd. I, 11); pour les pièces en vers, on n'a donné ni la page, ni l'acte et la scène, mais seulement le numéro du tome et celui du vers (par exemple : Voy. V, Mis. 1125). Le mot « note », venant après ces renvois, avertit qu'une explication a été donnée dans le commentaire et qu'elle ne sera pas reproduite au Lexique.

Le lecteur excusera l'aspect de quelques lignes remplies de chiffres et de renvois ; grâce à ces indications sommaires, il a été possible de ne pas étendre outre mesure ce travail et de faciliter au lecteur le

1. Les abréviations du nom des pièces sont assez claires pour qu'il ait paru superflu d'en donner la liste ; on pourrait seulement hésiter pour G. D., qui veut dire Georges Dandın, et Crit., qui veut dire Critique de l'École des femmes. Dans le cas où un mut appartient moins à la langue de Molière qu'au jargon précieux, bourgeois, paysan w bouffon, on a fait précéder la phrase citée du nom du personnage qui la prononce 'par exemple : Scan. pour SGANARELLE).

rapprochement de choses qu'il y avait intérêt à ne pas répartir seulement au hasard de l'ordre alphabétique.

Quant à l'Introduction grammaticale, elle contient aussi des renvois d'un paragraphe à l'autre; le lecteur trouvera facilement le sens de ces indications en chiffres romains ou arabes, en lettres majuscules et minuscules, s'il veut bien parcourir la Table des chapitres qu'il trouvera aux pages ccxxv à ccxxxi.

Dans le relevé des phrases plus particulièrement intéressantes pour l'étude de la syntaxe, non plus que dans le relevé des mots du vocabulaire de Molière, on n'a voulu se restreindre aux tournures qui ont vieilli. Il ne fallait pas donner au lecteur une impression fausse et présenter cette syntaxe comme celle d'un auteur qui aurait cessé d'être un moderne ; car, si l'on y relève quelques tours de phrase plus ou moins abandonnés depuis le dix-septième siècle, dans l'ensemble c'est bien déjà la syntaxe qui régit aujourd'hui notre langue. Parfois, il est vrai, on sent que le poète comédien n'a pas voulu remettre vingt fois sur le métier son ouvrage, et qu'il a noté, dans toute leur fantaisie et leur naturel, les tournures un peu capricieuses, mais toujours bien françaises, de la langue parlée. Jamais pourtant la logique, le bon sens, la clarté n'ont souffert d'une certaine liberté dans l'allure de la phrase.

INTRODUCTION GRAMMATICALE

I

ARTICLE Voir au chapitre II (SUBSTANTIF) l'emploi ou le non-emploi des articles devant

adjectifs ou autres mots pris substantivement.

1. ARTICLE DÉFINI. A. – Article défini ayant un sens démonstratif. Article défini, avec un sens démonstratif, employé devant un nom,

sans autre détermination. Tiens encor ton couteau; la pièce est riche et rare! (I, Dép. a. 1430.) (... Cela se pourroit bien.) Le doute est mieux fondé (I, Dép. a. 16).

Là, signez donc, mon frère : L'honneur vous appartient (II, Éc, d. m. 1032). L'honneur de signer (le

premier). On m'a fait voir une nécessité pour moi d'être imprimé, ou d'avoir un

procès; et le deroier mal est encore pire que le premier (II, 48,

Préc. Préf.). C'est toi... qui m'as bu mon vio..., et qui as été cause que j'ai tant que

rellé la servante, croyant que c'étoit elle qui m'avoit fait le tour?

(VIII, 445, Scap. II, 11.) Je ne vous assurerai point que je me réjouis du dessein où vous pour

riez être de devenir ma belle-mère. Le compliment, je vous l'avoue,

est trop difficile pour moi (VII, 145, Av. III, vıı). ... Une toux me tourmente... De moment en moment.... Vous voyez le supplice (I, Dép. a. 1521). GR.-René. Il est jaloux.... Marix. De Valère? Ah! vraiment la pensée est bien belle! (I, Dép. a. Cip, Abaissons-nous, ma sœur, à faire des avances....

(105.) AGL. J'approuve la pensée... (VIII, Psy. 302). Que la plaisanterie est de mauvaise grâce (V, Mis. 33; cf. 509; IX.

F. sav. 651, 834; I, Dép. a. 587, 841).
J'entends à demi-mot où va la raillerie (II, Sgan. 173).
Avec peine, Marquis, je te fais la prière (III, Fách. 267).
(Sans vous faire outrage,) Peut-on lever le masque et voir votre visage?

(I, Ét. 1224.) Ce masque que vous portez.
Allez quitter l'habit et graisser votre dos (I, Ét. 1634).
A l'heure même encor nous avons eu querelle... (I, Ét. 303).
Parbleu! si grande joie à l'heure me transporte... (II, Sgan, 482).
Enfin, après cent tours, ayant de la manière

(De la Sorte, Sur ce qui n'en peut mais déchargé sa colère... (ILI, Éc. d. f. 1164). Cf. Est-ce de la façon que vous voulez l'entendre? (Éc.d.f.1126.) Cf. Façon.

Lex, DE M.

...

Article défini, avec un sens démonstratif, employé devant un nom

expliqué par une proposition relative ou conjonctive.

Voy., aux PRONOMS DÉMONSTRATIFS, des emplois analogues de CE, et voy. à CONSTRUCTION (XXI, F, 59). (Votre conduite,) Madame, eut le malheur qu'on ne la loua pas (V,

Mis, 888; cf. IX, F. sav. 1027, 1028). Je te pardonne à la charge que tu mourras (VIII, 516, Scap. III, XII). ÉR. Pourquoi? Luc. Par la raison que nous rompons ensemble (I, Dép. a, 1393; cf. V, Mis. 1446).

Comparez la phrase suivante : « Les dépenses que je vous vois faire pour moi m'inquiètent par deux raisons : l’unc, qu'elles m'engagent plus que je ne voudrois; et l'autre, que je suis sûre... que vous ne les faites point que vous ne

vous incommodiez » (VIII, 152, Bourg. g. III, xv). Par la même raison que les véritables savants... ne se sont point encore

avisés de s'offenser du Docteur de la comédie,... aussi les véritables
précieuses auroient tort... (II, 51, Préc. Préf.).

Cependant me ferez-vous la grâce
Que je puisse lui dire un seul mot en secret? (I, Éc. 1544, 1545.)

Voyez à RÉGIME des substantits (XVIII, A). 3o Article défini employé devant un nom expliqué par une proposition

infinitive.

Des parents le bien et la naissance
M’otent tout le pouvoir d'en casser l'alliance (II, Sgan. 643).
Ce n'est

pas le temps, Madame, comme on sait, d’être prude à vingt ans (V, Mis. 983). 4° Article défini employé devant un nom désignant un objet bien connu

des interlocuteurs, ou dont l'idée est présente à leur esprit.

Parmi cent objets d'une beauté touchante, Le Dieu porte au respect, et n'a rien qui n'enchante.... (Rien) Qui ne présente à l’ail une divinité (IX, Val-de-Gr. 320).

Dans cet exemple, Molière parle d'un Dieu le Père peint à fresque par Migoard. La vérité de l'affaire est qu'on n'y gagne rien de bon (VI, 541, G. D. Connois-tu bien Grimpant le bourreau de la ville? (Dep. a. 1106.) Voy.

à QUARTIER, à PLACE. Pour la langue, on verra dans peu nos règlements (IX, F. sav. 899). Le remords est bien près de la solennité (I, Ét. 1474). De la cérémonie

du mariage ... Reatrez, Lucile, et me faites venir Le précepteur : je veux un peu l'entretenir (I, Dép, a. 650). Cependant un amant plairoit fort à la dame (Mis. 865; cf. Fich. 568). Mais voici le fils qui me vient rendre réponse (IV, 61, Mar. 7. viii). Il faut que quelque chose ait brouillé sa cervelle; Mais le frère sur-le-champ Finira cette querelle (VI, Amph. 1069). Pour moi, si je n'avois qu'à former des desirs, La cousine Eliante auroit tous mes soupirs (V, Mis. 244).

Dans ce dernier vers, l'édition de 1682 porte a sa cousine... », Avec Piarrot, le fils de la voisine Simonette (V, 117, D. Juan, II, u). Cf.

La Marinette, la chère Marinette (I, Dép. a. 246, 1777). Est-ce qu'à l'exemple du maître Tu veux dire qu'ici tu n'es pas revenu? (VI, Amph. 1101.) Il me faut de ce pas aller faire mes plaintes au père et à la mère, et les

rendre témoins... (VI, 515, G. D. I, 11; cf. VI, 538, 554, 585). Ah! la voilà; mais le mari est avec elle (VI, 545, G. D. II, 11).

II, 1).

Allez-vous-en parler à votre fille, tandis qu'avec mon gendre j'irai

parler à l'homme (VI, 524, G. D. I, 1v). Il m'a donné trois pièces d'or pour aller dire seulement à la femme

qu'il est amoureux d'elle (VI, 513, G. D. I, 11). Hé bien? la femme sort, mon frère, et je vois bien Que vous venez d'avoir ensemble un entretien (IX, F. sav. 641 : note). Le Notaire (IX, 57, F. sav. Acteurs). Voy. Envoyer au Notaire. ... n (le sonnet) est bon à mettre au cabinet (V, Mis. 376). Il n'est guère honnête à un amant de venir le dernier au rendez-vous

(VIII, 551, Escarb. 1). Il n'est plus temps, Madame, une autre a pris la place (IX, F. sav. 1241). ABGAN, courant au bassin. Attendez... (IX, 289, Mal. im. I, , j. de sc.). Un bon clystère... composé avec catholicon,... miel rosat, et autres,

suivant l'ordonnance (IX, 281, Mal. im. I, 1; même locution p. 283). 5* Article défini équivalent à ce ou à quel dans une phrase exclamative.

Article défini marquant une apostrophe. Voyez l'impertinent! Est-ce que l'on doit choir, Après avoir appris...? (IX, F. sav. 738.) Voyez un peu la ruse et la friponnerie! (II, Éc. d. m. 472.) Oh! le plaisant amant, dont la galante ardeur (Veut...!) (1, Dep. a, 1017., Ah! l'étrange chose que la vie! (V, 303, Am. med. I, 1.) Voy. V, 87, D.

Juan, I, 11; VIII, 86, Bourg. g. II, iv; I, Dép. a. 463. Le fâcheux, le bourreau qu'il est! (VI, 243, Sic. iv.) le simple homme que vous êtes! (IX, 412, Mal. im. III, vi.) La jolie petite fille que c'est! (V, 168, D. Juan, IV, m.) Ah! la belle personne! (V, 115, D. Juan, II, 11.) Voy. I, Dep. a. 755,

1117,1413; II, Éc. d. m. 1040;V, Mis. 595, 604; IX, F. sav. 365, 1117, Monsieur, le grand dommage! et l'homme de service! (I, Dép. a. 1549.) La belle galanterie que la leur! Quoi? Débuter d'abord par le mariage!

(II, 60, Préc. iv.) MME JOURDAIN. Et votre père n'étoit-il pas marchand aussi bien que

le mien? M. JOURD. Peste soit de la femme! Elle n'y a jamais manqué

(VIII, 146, Bourg. 8. III, XII). ... Hé bien! oui, c'est moi : le grand mal que voilà! (Dép. a. 1043.) Cf. Bon? voilà l'autre encor, digne maître

Vona. D'un semblable valet! Oh! les menteurs bardis! (I, Dép. a. 1006, 1007.)

Cf. Le BRUTAL! le LOURDAUD ! Ah! ah! l'homme de bien, vous m'en voulez donner! (IV, Tarl, 1544.) Enfin, le beau mignon, vos bons déportements... (I, Dép. a. 907). Bon jour, la Nuit (VI, Amph, 154). Hola, ho, l'homme! ho, mon compère! ho, l'ami! Un petit mot, s'il

vous plait! (V, 143, D. Juan, III, 1.) L'ami, si de ces lieux tu ne veux disparaître, Tu pourras y gagner quelque contusion (VI, Amph, 1532; cf. 327). Et vous, qui lui donnez de si douce manière Votre main à baiser, la gentille bergère,... (VI, Milic. 475). D'où me vient, la belle, une rencontre si agréable? (V, 115, D. Juan, II,

11.) Voy. à Beau (p. 124). B. – Article défini employé, au lieu d'un adjectif possessif, devant le

nom d'un objet dont le possesseur est clairement indiqué par l'ensemble de la phrase. ... Les sentiments de deux amants, qui, étants bien ensemble, sont tra

versés par le caprice des parents (VII, 236, Pourc. Ouverture). ... Vous en parlez, mon frère, bien à l'aise (F. sav. 663). Cf. A vole Aise. Aspirez aux clartés qui sont dans la famille (IX, F. sav. 40; cf. 688). Tout cela sent la nation et toujours Messieurs les François ont un fonds

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