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«garantis» par les communes et les provinces, et l'on nous apprend aujourd'hui qu'il s'agit d'emprunts contractés par des établissements communaux et provinciaux, tels que hospices, bureaux de bienfaisance, dépôts de mendicité, caisses d'épargnes, lombards, etc., etc. Soit; mais que l'on veuille bien nous permettre de faire observer qu'il n'est pas question de tout cela dans les articles 21 et 22. Dans ces articles, les établissements apparaissent comme une troisième catégorie de sociétaires, tout à fait indépendante, tout à fait coordonnée, et aucunement subordonnéo, aux communes et aux provinces. Au surplus, l'article 22 parle d'établissements « autorisés à déléguer un revenu certain et suffisant pour répondre de leurs engagements; » en pareil cas, il ne saurait assurément être question d'une «garantie» communale ou provinciale, dont nul alors n'a besoin. Dans le sens des statuts, les établissements sont donc des sociétaires tout à fait égaux aux sociétaires-communes et aux sociétaires-provinces. Et, encore une fois, pourquoi l'article 2, qui définit le but et les opérations de la Société, garde-t-il un silence absolu sur les établissements, ne les introduisant qu'à l'article 21, et encore subrepticement?

Nous l'avons dit, l'idée que tend à réaliser la Société du crédit communal est sans doute heureuse, autant du moins qu'on croit utile de faciliter l'endettement aux communes et aux provinces; mais plus la matière est délicate, plus les erreurs dans cette entreprise, qui n'est pas une spéculation privée, peuvent devenir graves, et plus il nous semblerait impérieusement commandé d'éviter dans les statuts toute équivoque, toute obscurité. J.-E. Hok.v

STATISTIQUE DE LA FRANCE

COMPARÉE

AVEC LES AUTRES ÉTATS DE L'EUROPE

PAR H. MAURICE BLOCK (1).

On entend généralement par statistique une réunion de renseignements numériques. Suivant l'excellente définition qu'en a donnée notre honorable confrère, M. Moreau de Jonnès : « La statistique est la

(I) Rapport lu à l'Académie des sciences morales et politiques.

science des faits sociaux qui peuvent s'exprimer par des nombres. » M. Block n'a pas attaché tout à fait à ce mot un sens aussi restreint. Partant de l'étymologie même, telle qu'elle a été adoptée par Achenwall (status, état, situation), il a voulu faire un exposé complet de l'état actuel de la France, considéré sous tous les rapports. Les chiffres proprement dits jouent un grand rôle dans son travail, mais ils ne s'y montrent qu'accompagnés d'explications détaillées. Ce n'est pas la première fois que le mot statistique est pris dans ce sens général. Nous en citerons pour exemple un livre étranger que M. Block a évidemment pris pour modèle: le Tableau descriptif et statistique de l'empire britannique, par M. Mac-Culloch. 11 y aurait cependant une distinction à faire entre les deux titres; le mot statistique n'est employé par l'auteur anglais que comme un adjectif, ce qui lui laisse son sens usuel, tandis que M. Block en a fait la substance même de son titre; mais nous ne le chicanerons pas pour si peu.

Le livre de M. Mac-Culloch se compose de deux forts volumes de plus de 700 pages et du caractère le plus serré. Celui de Al. Block n'a pas tout à (ait la même étendue, mais peu s'en faut; il se compose à son toor de deux volumes de plus de 500 pages et d'une composition tout aussi compacte. Rien d'aussi considérable n'avait encore paru en France, comme résumé des renseignements épars dans une foule de publications officielles et autres. Le mot de compilation est habituellement pris chez nous en mauvaise part; il n'en est pas de même chez nos voisins, et avec raison, car rien n'est à coup sûr plus utile qu'une compilation bien faite. Ajoutons que personne plus que M. Block n'étail propre à une pareille entreprise; voué depuis longues années à l'étude de la statistique, auteur ou directeur de plusieurs publications importantes, comme l'Annuaire de l'Economie politique et le Dictionnaire de l'administration française, il a montré dans tousses écrits, en même temps qu'une immense variété d'informations, une aptitude spéciale a les classer comme à les discuter et une connaissance approfondie de la science économique.

Sa nouvelle Statistique delà France se divise en vingt chapitres, qui portent les titres suivants : i. Territoire. — n. Population. — m. Administration. — iv. Justice. — v. Cultes. — vi. Instruction publique.

— f H. Bienfaisance. — vin. Institutions de prévoyance.— ix. Finances.

— x. Armée. — xi. Marine. — xu. Agriculture. — xm. Industrie. — xiv. Commerce. — xv. Voies de communication. —xvi. Postes et télégraphes. — xvii. Consommation. — xvm. Paris. — xix. Algérie. — xi. Colonies; plus un appendice sur la Savoie et Nice. Voici maintenant, comme terme de comparaison, la division adoptée par M. MacCulloch : i, n et m- Territoire de l'Angleterre, do l'Ecosse et de llrlandu. — iv.Population.— v. Agriculture. — vi. Mines. —vu. Pécheries. — vIII. Manufactures. — Ix. Commerce. — x. Parlement. — xI. Pouvoir exécutif. —xII. Cours de justice. — xIII. Corporations municipales. —xiv. Constitution de l'Écosse. — xv. Constitution de l'Irlande. — xvI. Etablissements religieux. — xvII. Education publique.— xvIII. Finances. — xIx. Défense nationale. — xx. Crimes et prisons. — XXI. Nourriture, vêtement et logement du peuple. — xxII. Colonies et dépendances. — xxIII. Statistique vitale. — xxIv. Secoursaux pauvres. — xxv. Origine et progrès de la langue anglaise. On voit qu'à l'exception du chapitre sur la langue qui ne paraît pas parfaitement à sa place dans un livre de statistique, l'ouvrage français reproduit à peu près les divisions de l'ouvrage anglais, en les classant dans un ordre plus méthodique. Quelques parties sont traitées avec plus ou moins de détail, suivant le génie des deux peuples. Ainsi M. MacCulloch consacre deux chapitres aux mines et aux pêcheries, tandis que M. Block n'en parle qu'incidemment; un seul chapitre embrasse dans l'ouvrage français toute l'organisation politique et administrative, tandis qu'il s'en trouve six dans l'ouvrage anglais, qui ont à eux seuls l'étendue d'un volume. A voir dans quels détails entre M. Mac-Culloch sur les attributions du parlement et des institutions locales, on sent que là se trouve en quelque sorte l'âme de l'Angleterre. Asontour, M.Block accorde avec raison un chapitre entier, et des plus importants, à la ville de Paris, tandis que l'auteur anglais ne parle pas plus de Londres que des autres villes du Royaume-Uni. Il serait facile, en comparant pas à pas ces deux publications, de faire ressortir, non-seulement par les chiffres, mais par les matières traitées, les ressemblances et les différences entre la France et l'Angleterre. On peut remarquer enfin, comme dernier trait, que l'auteur anglais s'occupe uniquement de l'empire britannique, tandis que M. Block met toujours, en regard des faits qu'il signale en France, un aperçu des faits analogues dans les pays étrangers. Le vers du poëte latin est toujours vrai : Toto divisos orbe Britannos, tandis que la France, puissance continentale, me peut pas ne pas s'occuper de ses voisins. Il n'y a que des éloges à donner au premier volume de la Statistique de France, qui se compose généralement de renseignements ôfficiels et positifs. On y passe en revue, dans une série de résumés très-bien faits, l'organisation politique, administrative,judiciaire, financière, religieuse, charitable et militaire de la France. Au commencement de chaquechapitre, M. Block fait connaître sommairement les sources nombreusesoù il a puisé, et la simple indication de ces documents, tant étrangers que français, montre quel immense labeur il a dù s'imposer. Le second volume, qui traite de la production agricole, industrielle et commerciale, contient des parties plus conjecturales. On y remarque une tendance à exagérer les résultats. A propos de l'agriculture, M. Block s'appuie sur des statistiques récentes qui ne nous sont pas encore complètement connues, et dont par conséquent il est impossible d'apprécier la valeur. La — grande statistique agricolede 1842, dirigée par M. Moreau de Jonnès, est ~* restée encore le modèle du genre ; quiconque a étudié ce beau travail, -^ y a trouvé un enchaînement, une harmonie, une frappante concordance dans les détails, qui ne se reproduisent pas au même degré dans les ^* travaux ultérieurs.

A propos de l'industrie, nous ne citerons qu'un seul exemple de cette tendance à l'exagération. La statistique industrielle, publiée en 1852, mais qui remonte en réalité à quelques années plus haut, avait évalué à 400 millions la valeur totale des étoffes de soie fabriquées ^* en France; M. Block a cru devoir la porter aujourd'hui au triple de cette somme ou 1,200 millions. 11 nous parait difficile que de pareils ^r. progrès aient pu s'accomplir dans un si court espace de temps, surtout -s. en présence du déficit qui s'est produit dans la matière première. M. Block s'appuie sur l'importation des soies brutes étrangères qui a doublé depuis dix ans, mais cette importation n'a fait que com_5 bler à peine le vide survenu dans notre production nationale qui a diminué de plus des deux tiers. Il y a d'ailleurs une distinction à faire entre la quantité et le prix ; le prix moyen de la soie brute ayant haussé t de cinquante pour cent par suite de la maladie du ver à soie, la valeur totale des étoffes de soie a dû monter sans que la fabrication se soit ac3. crue. M. Block ne nous parait pas avoir tenu suffisamment compte de ces divers éléments.

Hàtons-nous de dire que le reste du chapitre Industrie, qui contient plus de cent pages, ne soulève pas les mêmes doutes. Toutes les parties de ce vaste sujet sont traitées avec beaucoup de soin. Nous en dirons autant des chapitres sur le commerce et sur les voies de communication. L'optimisme naturel de M. Block a pu ici se donner pleine carrière, car rien n'est plus frappant que le développement continu de notre commerce extérieur, qui a doublé régulièrement tous les quinze ans depuis 1815, et l'extension donnée depuis la même époque à nos voies de communication en tout genre ne mérite pas moins de fixer l'attention. Les chemins de fer, les derniers venus, ont fait dans peu de temps de rapides progrès; le maximum a été atteint en 1857 et 1858, chacune de ces deux années en ayant livré à l'exploitation 1,200 kilomètres. Malheureusement cette activité s'est fort ralentie dans les deux années suivantes, 1859 et 1860, qui n'en ont ouvert ensemble que 600 kilomètres.

La partie la plus neuve et la plus intéressante de ce grand travail consiste dans la perpétuelle comparaison entre la France et les autres États de l'Europe. Ce parallèle est quelquefois flatteur pour notre orgueil national; mais, en résumé, il y a beaucoup plus matière à s'inquiéter qu'à s'applaudir. L'Angleterre surtout se montre à tout moment très-supérieure à nous pour l'agriculture, l'industrie, le commerce, les chemins de fer, les propriétés bâties, la navigation, toutes les branches de la richesse. On en jugera par ce simple tableau des progrès de la population dans les deux pays, depuis 1 789:

1789 1896

France 20 millions d'habitants. 36 millions.

Angleterre., , 13 — 28 —

plus cinq ou six millions d'Anglais répandus dans leur immense empire colonial. Ainsi ce royaume, qui n'était en 1789 que la moitié de la France en population, est bien près de l'égaler aujourd'hui. Le reste de l'Europe ne présente pas tout à fait le même spectacle, mais partout autour de nous la population s'est accrue de SO p. 100, tandis qu'elle n'a monté chez nous que de 33 p. 100. La proportion entre la France et tous ses voisins est changée, et la distance va toujours s'agrandissant. Ce n'est pas une raison pour s'alarmer outre mesure, car la vérité est aussi éloignée d'un pessimisme stérile que d'un optimisme béat; mais il importe que le public français sache bien à quoi s'en tenir, et des répertoires de faits, comme celui que vient de nous donner M. Block, ne peuvent qu'appeler l'attention sur les causes économiques de la puissance des nations.

* L. De Lavebcse.

BIBLIOGRAPHIE

Rapport Général Sur Les «{positions Industrielle, Scientinoue Et Artistique Dr Montpellier, pour l'année 1860, par M. I'all Gehvais, doyen de I» Faculté des sciences de Montpellier. Broch. in-8°. Montpellier.

Comme toutes les institutions économiques, les expositions des produits du travail ont été l'objet de beaucoup de louanges; mais elles ont eu, à peu près seules, ce privilège d'être presque complètement à l'abri de la critique. Peut-être a-t-on trop flatté et pas assez examiné. Au fond, ces grandes solennités industrielles ont cela de bon, que, locales, elles constituent un inventaire à la fois utile et curieux de la puissance productive d'une région ou d'un pays ; et que, universelles, elles permettent de comparer avec assez d'oxactitudo les éléments de richesse de diverses nations ; mais c'est là tout. Si les expositions donnent à la fouit» une idée du caractère des diverses industries, soit nationales, soit

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