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veinent des entrées y a été de 4,422 navires jaugeant 1,028,150 tonneaux, et celui des sorties de 3,796 navires et de 907,403 tonneaux. Le Havre vient immédiatement après : 2,311 navires et 747,249 tonneaux à l'entrée, 1,247 navires et 422,890 à la sortie. Bordeaux n'arrive qu'en troisième ligne; sont entrés dans ce port 1,613 navires jaugeant 321,133 tonneaux, et sortis 1,346 navires d'une capacité réunie de 291,068 tonneaux.

Dans l'ensemble de la navigation de concurrence de cette année, nous remarquons un léger avantage obtenu par le pavillon français, et une diminution subie par le pavillon étranger. Ce mouvement nous semble favorisé par les réductions opérées dans le tarif, et se dessinera sans doute d'une manière plus tranchée quand notre réforme douanière sera complète.

Maurice Block.

DU SPIRITUALISME

EN ÉCONOMIE POLITIQUE

Par M. Antoni» Rondelet; ouvrage couronné par l'Académie des sciences morales et politiques (1). — Mémoires D'antoine, Ou Notions populaires de morale et d'économie politique, par Le Même; ouvrage couronné par l'Académie française (2).

L'économie politique.de l'Évangile (3), celle de saint Paul (4), celle de Sully, de Henri IV, de Fénelon, de Vauban et de Turgot, celle, en un mot, qui se préoccupe des moyens d'arriver au bien-être de tous, est, nous le proclamons, éminemment spiritualisle. Si cette noble science qui cherche à résoudre le problème du bonheur pour tous s'est imprégnée quelque peu, du temps de Condillac et des physiocrates, des idées du dix-huitième siècle, alors que les travaux de ces immortels écrivains.en ont fixé définitivement les bases, arrêté les contours, énuméré les lois et posé les principes, elle n'a pas tardé à marcher définitivement dans sa voie spiritualisle avec les J.-B. Say, les Rossi, les Bastiat, les Léon Faucher et les Blanqui. Ces deux tendances, nées d'époques bien différentes, ne pouvaient, en aucune façon, faire incliner à penser qu'il existe deux économies politiques, l'une spiritualiste et l'autre sensualisle et même matérialiste : non évidemment; car l'économie politique qui peuche

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vers le matérialisme porte un autre nom, elle s'appelle le socialisme. Il est vrai de dire que les écrivains, heureusement fort nombreux, qui consacrent aujourd'hui leur temps aux études économiques, laissent déteindre sur leurs travaux les principes philosophiques qui les dirigent; car la philosophie, en déGnitive, est la régulatrice de la pensée et de l'action humaines ; mais, malgré cette différence dans les points de vue individuels, la science pure n'en est pas moins une, l'économie politique n'en sort pas moins du milieu de ces contradictions, majestueusement uniforme et grande comme la vérité.

L'économie politique vraie tient compte de l'âme humaine, de sa liberté et de sa responsabilité; elle s'appuie sur le droit naturel et sur la morale éternelle qui ne sont que l'idée du bon, du beau et du juste inscrite dans la conscience par la main de Dieu. Elle est, comme le vrai, toujours et partout identique, elle ne varie pas, et, par l'organe de l'un de ses plus éminents écrivains et de ses penseurs les plus profonds, elle s'écrie : « Si Pascal, avec son mot célèbre de « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà, » a voulu signaler les innombrables contradictions dont l'ignorance est la source, il a eu raison; mais s'il avait assigné à sa pensée une portée générale, il a eu tort. Fille de Dieu, la vérité est partout la même, partout indépendante des lieux, des temps, des conjonctures, des interprétations dont elle peut devenir l'objet. C'est aux hommes de la chercher, et, bien qu'il ne leur soit pas donné de pouvoir la saisir tout entière, chaque fois qu'ils parviennent à écarter quelques-uns des voiles qui la couvrent, un rayon nouveau descend les éclairer, et bientôt il entre plus d'accord et d'unité dans les jugements qu'ils portent des choses. » Ces belles paroles de M. H. I'assy nous font voir à quelles conditions l'unité s'établit dans une science. Et quand cette science compte de pareils organes et qu'elle est l'objet des méditations d'un corps savant tel que l'Académie des sciences morales et politiques, elle est bien près d'atteindre cette désirable unité qui est la condition de sa puissance.

« Etudier l'homme et la société dans toutes les manifestations de leur activité, a dit encore le même écrivain, rechercher, constater et proclamer les vérités dont la connaissance a pour effet d'affermir et de hâter la marche de l'humanité dans la voie de la sagesse et de l'équité, voilà la haute mission des sciences que cette Académie a l'honneur de représenter. » _

Voilà une noble et sainte mission dont l'économie politique a sa part; nous sommes loin, Dieu merci, des accusations de matérialisme dont on cherche parfois à l'accabler. Si nous joignons à ce témoignage celui de M. Michel chevalier dans ses nombreux ouvrages, celui de M. Dunoyer dans sa Liberté du travail, celui de l'écrivain éminent qui dirige ce recueil, du moraliste justement apprécié, de l'économiste qui sait si bien démontrer l'influence des mobiles moraux, sur le développement du travail, sur les habitudes et les moeurs des populations, nous aurons à notre sens suffisamment prouvé cette vérité, à savoir que la science vraie de l'économie politique est éminemment spiritualisle.

• Croire qu'il existe dans l'âme humaine, a dit ici même M. Baudrillart, des pensées supérieures aux sens, et que les sens n'expliquent pas; admettre un vrai, un bien, un beau, dont la sensation toute seule ne rend pas compte; 'oirdans le monde autre chose et plus que le monde lui-même, c'est à savoir une pensée divine, qui non-seulement se réfléchit dans son œuvre, mais se connaît elle-même comme distincte de son ouvrage; enfin, reconnaître dans l'homme une force intelligente, libre, responsable, ayant des droits et des devoirs, et capable de se diriger par d'autres motifs que ceux de l'égoïsme, soit qu'elle obéisse à la douce loi de la sympathie, soit qu'elle se soumette volontairement, parfois au prix de bien des combats et des déchirements, à la loi du devoir, voilà ce qu'on appelle être spiritualiste... Une science qui se décore du titre de science morale ne peut être inconséquente, et elle le serait si elle n'était pas spiritualiste; comment, par exemple, une économie politique qui ferait profession d'admettre les doctrines d'Helvétius et du baron d'Holbach conserverait-elle longtemps le caractère de noble élévation et de haute dignité qu'elle a reçu des mains d'un Turgot et d'un Adam Smith? La basse opinion qu'elle se formerait de l'homme et de sa nature se répandrait nécessairement dans son esprit général et dans quelques-unes de ses principales solutions. Les doctrines socialistes en sont pour la plupart la preuve éclatante. Pourquoi font-elles la part si grande à la chair? Pourquoi déchalnent-elles tous les instincts brutaux de l'individu et nient-elles jusqu'à la vertu* Pourquoi exaltent-elles tout ce qui est toujours prêt chez l'homme à entrer en révolte soit contre la règle intérieure, soit contre les règles les plus inviolables établies par la société, pour aboutir trop souvent, après avoir invoqué au point de départ le sentiment généreux de l'humanité, aux conceptions les plus bizarres, les plus monstrueuses, si ce n'est parce qu'elles sont en métaphysique et en morale les dignes filles, les filles conséquentes, cette fois, du sensualisme du dix-huitième siècle? » ■

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C'est sur de telles bases que la science s'élève à une grande hauteur, c'est ainsi qu'elle prend sa place au premier rang des connaissances humaines, à côté de la philosophie dont elle est, à vrai dire, une émanation. C'est avec de tels principes que l'économie politique se révèle comme science spiritualiste.

J.-B. Say, en plaçant les produits immatériels, que* nous avons proposé d'appeler produits intangibles, au rang et même au-dessus des produits matériels ou tangibles, a prouvé que l'économie politique ne se préoccupait pas seulement des intérêts du corps, mais qu'elle donnait une large place à ceux de l'esprit.

Tout le monde est d'accord, en effet, sur la parfaite identité des produits tangibles et intangibles, les uns et les autres étant appréciables, échangeables, la statistique même pouvant établir leur force et leur puissance respectives. Quelques hauts esprits veulent que l'économie politique écarte les produits intangibles du cercle de ses études et affirment que ces produits doivent rester en dehors du sanctuaire; d'autres, au contraire, demandent qu'on leur donne droit de bourgeoisie; ils veulent réconcilier l'économie politique avec ses ennemis qui lui prêtent des tendances matérialistes qu'elle n'a pas, alors qu'elle est bien comprise; ils prouvent qu'elle s'élève aux plus hautes considérations philosophiques et qu'elle ne sépare jamais la morale des développements et de l'application de ses principes.

Eh quoi! une science qui s'occupe de tous les systèmes de bienfaisance et de charité est une science matérialiste! Une science qui peut présenter d'admirables écrits sur l'assistance, sur le paupérisme, sur- l'amélioration intellectuelle et morale des peuples, est une science matérialiste 1 Une science qui a étudié à fond les systèmes pénitentiaires pour les élucider et les ramener au sentiment de l'humanité, estime science matérialiste! Une science qui a si profondément étudié toutes les questions relatives à l'impôt, qui repousse tout impôt immoral et ne veut pas que l'intérêt matériel prime jamais celui de la morale, et qui proclame qu'un impôt n'est pas bon précisément parce qu'il se lève facilement et sans exciter les murmures, est une science matérialiste! Une science qui repousse le privilège et veut le droit et la loi pour tous, est une science matérialiste! Une science qui veut que le faible ne subisse pas la loi du fort est une science matérialiste ! Non, à coup sûr, el si les physiocrates, dans leurs nobles efforts, n'ont pas toujours assez tenu compte des éléments économiques produits de l'âme humaine, J.-B. Say, d'immortelle mémoire, n'a pas tardé à asseoir les bases de la science sur ce solide fondement. Il marche, si l'on peut hasarder ce mot, à la lèle des psychocralcs, dont la brillante 6érie assure à l'économie politique un rang distingué parmi les sciences morales et politiques. Ceux-là savent donner une place éminenle dans leurs études aux efforts des hommes de choix qui, en définitive, par les produits immatériels ou intangibles, doublent les puissances de l'industrie par leurs inventions, créent du loisir et de la sécurité sans lesquels rieu ne s'achève heureusement dans l'humanité, rendent la justice qui est la garantie de la société, répandent Pinslruclion, assurent la santé, élèvent le cœur et consolent par les lettres. J.-B. Say n'a pas voulu que cette noble partie de l'économie politique fût laissée dans l'ombre inaperçue ; M. Dunoyer, après lui, a démontré l'identité des produits matériels ou tangibles et des produits immatériels ou intangibles, il a prouvé leur utilité et leur valeur réelles.

Les Anglais, dans la pratique, ont tenu compte, plus qu'aucun peuple du monde, de la force des produits immatériels ou intangibles qui modifient les hommes et perfectionnent les sciences; en effet, et c'est là peut-être le secret de leur supériorité dans l'industrie, c'est chez eux que les inventeurs sérieux, repoussés ailleurs, trouvent asile et protection.

Peut-on dire qu'une science qui s'est appesantie sur ces questions, qui a toujours mis en relief les forces intellectuelles, qui a donné, dans ses études, une large place aux éléments de l'àme humaine, soit une science matérialiste? Non, à coup sûr, répétons-le, et ceux qui persistent à l'affirmer prouvent qu'ils ne l'ont pas suffisamment comprise et sérieusement étudiée.

Celte intelligence complète de l'ensemble des lois de Y économie politique n'a-t-cllc pas fait un peu défaut à M. Rondelet lorsqu'il a abordé, avec une grande distinction sans doute, cette question posée par l'Académie des sciences morales et politiques : « Déterminer les rapports de la morale avec l'économie politique T »

L'auteur a traité la question en dehors de la pensée de l'illustre Académie; il a soutenu la thèse négative de la morale dans l'économie politique, telle qu'elle existe, alors qu'il fallait déterminer des rapports qui sont évidents; et le style élégant de l'auteur ne peut dissimuler l'erreur générale répandue sur tout an livre.

M. Rondelet ne semble-t-il pas se créer de toutes pièces un adversaire chi

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mérique qu'il combat dans une joute imaginaire? N'invente-t-il pas des résistances morales pour le seul plaisir de les vaincre? Dans son livre, il énumère les unes après les autres les questions principales que traite l'économie politique, et il établit ce que tout le monde reconnaît, que les plus essentielles ne doivent se résoudre que par la morale; mais il ajoute qu'elles ne peuvent se résoudre par l'étude expérimentale des faits sociaux. Quant à nous, nous affirmons que leur solution n'est possible qu'avec ces deux éléments d'appréciation. Bien plus, il veut faire voir que ces questions, bien loin d'emprunter leurs lumières aux faits, les dominent et les éclairent; que, suivant les solutions qu'elles reçoivent et les conséquences qu'elles apportent, l'économie politique change tout entière d'aspect, de tendance et d'esprit. Ici encore nous sommes loin de partager l'opinion de l'auteur, et nous ne regardons pas la science comme si incertaine, si peu fixée, si peu logique et si peu assise.

Pour accomplir sa démonstration, l'auteur divise son œuvre en quatre parties correspondant aux quatre points cardinaux de l'économie politique : la Production, l'Echange, la Consommation et Y Impôt. 11 examine les conditions générales de la production, puis les trois grandes sortes de productions : agricole, manufacturière et morale.

Dès l'abord il combat le socialisme et aborde avec un heureux mouvement de style et d'idées le redoutable problème de la propriété, si audacieusement posé parProudhon; seulement il n'en cherche pas assez la solution dans la véritable origine de la propriété: le travail, le travail qui l'établit, qui la produit et qui la sanctionne aux yeux même du moraliste le plus sévère et dans la pensée intime même de tous. Oui, c'est le travail, le travail actuel ou le travail antérieur, qui justifie la propriété, qui la rend morale et inattaquable.

L'auteur établit que l'économie politique a été instituée non pour accepter les faits, mais pour les réformer; c'est ce que depuis Aristote tous les philosophes et tous les économistes ont dit et proclamé; la science n'existe qu'à cette condition, et les maîtres n'ont écrit que pour enseigner à modifier les faits en les enfermant dans le cercle de la morale éternelle et de la loi naturelle, qui ne sont que les lois de Dieu même, écrites dans l'âme humaine. La question des machines et de la substitution du travail des forces motrices qui épargnent les sueurs de l'homme, au travail des bras, est touchée avec une ferme logique et dans le sens que l'économie politique lui a toujours donné. Là encore l'économie politique ne s'est pas séparée de la morale, elle a voulu que l'homme grandit et s'élevât au-dessus de la mécanique.

Après la production vient l'échange, dans le livre de l'auteur, comme dans la réalité des faits, l'échange qui joue le rôle intermédiaire entre la production qui est le point de départ de l'économie politique et la consommation qui en est le terme. Il passe en revue les conditions de l'échange réel, les moyens de transport et touche aux assurances dont il démontre la parfaite moralité comme opération qui a pour but de diminuer la puissance du hasard. Il termine en disant que l'assurance qui supprime la part des accidents naturels, la loi qui protège contre la mauvaise foi ou le brigandage, la science qui perfectionne les voies et multiplie les forces, l'économie politique qui règle les lois morales de l'échange, nous permettent de regarder la livraison effective de la

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