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les moyens d'information pour juger la véracité du bilan et l'état réel des affaires de la Société. Ce bilan détaillé forme un contraste très-agréable avec ces prétendus comptes que les grandes sociétés financières en France présentent à leurs actionnaires, et où un bilan de quelques centaines de millions est résumé en quatre ou cinq lignes qui n'apprennent absolument rien à personne. Pour justifier ce laconisme, ou plutôt ce mutisme, on prétexte le danger qu'il y aurait pour une entreprise financière à « dévoiler » ainsi le contenu de son portefeuille et, partant, la nature et la tendance de ses opérations; le tableau qui précède peut dire si la Société générale a perdu quelque chose à la franchise et à la loyauté de ses bilans... Le dividende pour 1860 a été fixé à 100 fr. par action. Les 31,000 actions de la Société générale étaient représentées le 31 décembre 1860 par 20,081 actions divisées, 2,781 actions complètes émises aux porteurs, et 8,120 actions complètes inscrites en noms.

Le rapport de la Banque nationale de Belgique, lu à l'assemblée générale du 25 février 1861, présente également des résultats assez favorables, et, sur tous les points presque, un sensible progrès sur 1859. Le mouvement total des opérations a été de 2,821,000,000 fr., contre 2,467.5 millions en 1859; le chiffre des opérations s'est élevé à 963,113,197 fr., et a donné un bénéfice de 5,008,655 fr., ce qui constitue une augmentation de 120,018,991 fr. sur le chiffre des opérations, et une augmentation de 690,385 fr. sur leur produit Naturellement, l'escompte a continué à jouer le principal rôle dans les opérations de ce grand établissement de crédit. L'escompte a porté sur 382,831 effets d'une valeur de 757.6 millions de francs, et a donné un produit de 3,952,534 fr.; comparativement à 1859, c'est un accroissement de 66,668 dans le nombre des effets escomptés, de 117.8 millions de fr. dans la valeur, et de 672,586 fr. dans le produit de l'escompte. L'augmentation de ce produit, qui s'explique en majeure partie par l'extension même des opérations de la Banque, est due encore à l'augmentation du taux moyen de l'escompte, qui a été de 3.45 0/0 en 1860, contre 3.36 0/0 en 1859. Le bilan au 31 décembre 1860 se balance en actif et passif par 251.5 millions ; le portefeuille figure à l'actif pour 148 millions, et l'encaisse pour 68 millions de francs; au passif, l'émission de billets de Banque figure pour 136.5, et le solde de compte courant pour 81.8 millions. Le compte des profits et pertes présente un solde en bénéfice de 3,765,468 fr., ce qui fait une augmentation de 623,765 fr. sur 1859. Prélèvement fait de la part de l'État (365,000 fr., soit 99,852 fr. de plus qu'en 1859) et de la part de la réserve (731,253 fr. contre 531,991 fr. en 1859), il restait comme solde de béuéfice une somme de 2,595,002 fr. On a pu donner ainsi aux actionnaires un dividende de 84 fr. 75 c, ce qui, ajouté aux 25 fr. qu'ils avaient touchés au premier trimestre et à la part de chaque action dans l'accroissement de la réserve, élevait le bénéfice à 140 fr. environ, soit 14 0/0.

L'Union du crédit, de Bruxelles, a ressenti d'une façon plus accentuée l'influence de la situation générale, qui était si peu favorable aux opérations de crédit. Le nombre des sociétaires a bien continué sa marche ascendante et S'est accru en 1859 de 112, pour 1,427,600 fr., de sorte qu'au 31 décembre 1860, il y eut 1,961 sociétaires pour 19,839,800 fr.; mais le mouvement de l'escompte n'a pas été en rapport avec l'accroissement du capital : de 47.6 millions en 1859, il est monté seulement à 49.9 millions fr. en 1860. L'escompte a porté sur 87,494 effets (contre 85,048 effets en 1859) et le bénéfice réalisé s'est élevé à 118,231 fr. (contre 109,425 fr. en 1859).

Nous ne pensons pas que les opérations de 1860 aient fourni partout des résultats aussi favorables que celles que nous venons de constater pour les établissements belges. Parmi le petit nombre des établissements allemands qui ont déjà publié leurs rapports pour 1860 nous nous bornerons à citer la Banque de Brème, l'une des institutions de crédit les plus jeunes en Allemagne (elle date de 1856) et néanmoins des plus solides. Le mouvement total des opérations a été de 150 1/2 millions, contre 143 3/4 millions thalers en 185? et 136 7/8 millions en 1858; la circulation moyenne des bank-notes a été de 1,596,000 th., contre 1,202,000 th. en 1859. et 651,000 th. en 1858; l'encaisse moyen a été de 1,213,000, contre 1,00Î,000et resp.990,000 th. Toutefois, malgré l'accroissement dans le mouvement général des affaires de la banque, les opérations d'escompte sur Brème sont descendues de 17.5 millions en 1859 à 15.8 millions th. en 1850, en même temps que l'escompte moyen, qui avait été de 4 0/0 en 1859, s'est abaissé à 3.58 0/0; cela explique pourquoi le produit de l'escompte est descendu à 142,602 th., contre 175,761 th. en 1859, et 169,010 th. en 1858. Le total des bénéfices a été de 314,754 th., sur lequel les dépenses ont pris 104,660; restait un excédant de 210,094 th., ce qui permit de donner aux actionnaires un dividende de 1 0/0 en sus de l'intérêt statutaire de 40/0.

Les compagnies des chemins de fer sont un peu plus lentes à dresser et surtout à publier leurs comptes annuels. Dans le prochain livlletin nous pourrons probablement résumer le compte de 1860 pour plusieurs grandes entreprises étrangères. Pour aujourd'hui, nous citerons seulement quelques chiffres relatifs aux voies ferrées de la Suède, et que nous empruntons à un travail inédit qu'on a bien voulu nous envoyer de Stockholm pour le 3' volume (année 1861), actuellement sous presse, de notre Annuaire du crédit public. Le riteau suédois est exploité partie par l'Étal, partie par des sociétés particulières. Au 31 décembre 1860, la longueur exploitée et faisant partie du grand réseau était de 43.7 lieues suédoises ou de 467.59 kilomètres. Ces lignes sont toutes à voie simple. Les recettes brutes ont été, pour la ligne du Midi de 287,700 rixdalers (1 rixd. — 1 fr. 39 c.) en 1860, contre 247,634 rixd. en 1859 et 141,359 rixd. en 1858. Pour la ligne de l'ouest, elles ont été de 581,510 rixd. en 1860, contre 401,151 rixd. en 1859 et 229,879 en 1858. Les recettes proportionnelles, c'est-à-dire par lieue exploitée, ont augmenté pour cette dernière ligne de 31,490 en 1858 et de 31,414 en 1859 à 34,182 rixd. en 1860, tandis que pour la ligne du Midi (43,741 rixd.} elles sont inférieures d'environ 2.600 rixd. au rendement de 1858. Les lignes du Midi et de l'Ouest sont exploitées par l'État; quant aux lignes exploitées par des compagnies, celle de Arobro-Arboga-Nova a obtenu une recelte de 230,410 rixd., contre 216,363 en 1859, et celle de Gefle-Dala a encaissé 437,469 rixd., contre 295,928 rixd. en 1858.

J.-E. llORN.

SOCIÉTÉ D'ÉCONOMIE POLITIQUE

Réunion «lu 5 mars 9861.

MM. Ch. Dunoyer et Léonce de Lavergne, membres de l'Institut, ont successivement présidé celte réunion, à laquelle avaient été invités M. Henri Doniol, auteur de l'Histoire des classes rurales, M. Ducpétiaux, ancien inspecteur général des prisons et des établissements de bienfaisance en Belgique et membre correspondant de l'Académie des sciences morales et politiques, et à laquelle assistait M. Léon "Walras, ingénieur des mines, publicistc, nouvellement admis par le bureau à faire partie de la Société.

M. le secrétaire perpétuel a présenté quelques exemplaires du compte rendu de l'assemblée publique tenue le 30 janvier dernier, à Madrid, par l'Association de la réforme douanière en Espagne, sous la présidence de M. Luis Maria Pastor, ancien ministre des finances. La discussion a porté sur les bases théoriques du système protecteur, qui ont été vivement défendues par des orateurs protectionnistes, MM. Morquecho et Rodriguez San Pedro, et brillamment combattues par MM. Echegaray, Figuerola et Gabriel Rodriguez, secrétaire général de l'Association.

M. le secrétaire perpétuel signale ensuite l'important projet de réforme douanière présenté aux Chambres portugaises par M. d'Avila, ministre des finances et des affaires étrangères à Lisbonne. Sur les 866 articles du tarif, 441 sont atteints et 185 complètement affranchis; parmi ces derniers se trouvent la houille, les métaux et diverses matières premières de l'industrie.

Après ces communications, M. Dunoyer demande le renvoi à une prochaine séance de la suite de la discussion de la question de l'intervention du gouvernement dans l'enseignement, motivé sur l'absence de quelques membres qui avaient pris la parole et sur la non-publication du compte rendu de la discussion dans le Journal des Économistes. Il propose ensuite de mettre en discussion une question de l'ordre du jour due à l'initiative de M. du Puynode, conçue en ces termes : « Les corporations doivent-elles avoir le droit de propriété? » Mais, sur la proposition de M. Horn, la priorité est donnée à une proposition de M. A. Courtois ainsi formulée : « Est-il exact de qualifier de jeux de Bourse les spéculations sur les fonds publics et les valeurs industrielles? »

Nous rendrons compte de cette discussion dans une autre livraison, et nous allons consacrer l'espace qui est réservé à la Société dans ce recueil, a la discussion qui avait fait l'objet de l'entretien dans la séance précédente.

Kriiiiiou du 5 Février 1861.

De La Liberté D'enseignement Et De L'intervention De L'état En Matière

D'instruction.

La question était ainsi posée par MM. Ch. Dunoyer et Joseph Garnier:

« L'État doit-il faire enseigner par ses agents?

« Doit-il chercher à donner l'impulsion par des établissements modèles?

« Doit-il chercher à diriger les études?

« Doit-il constituer un corps enseignant? (M. Joseph Garnier.)

» Doit-il exercer sa surveillance par des inspections, des mesures et des règlements préventifs, ou simplement par voie de répression pénale? » (MM. Ch. Dunoyer et Joseph Garnier.)

M. Ad. Blaise (des Vosges) ne considère pas la question de l'enseignement comme purement économique; c'est en même temps une question politique clans laquelle l'Etat a le devoir et le droit d'intervenir. Le capital moral d'un peuple est la somme des connaissances élémentaires, secondaires et supérieures possédées par les citoyens; c'est ce qui constitue l'aptitude de ceux-ci pour le travail, leur force pour supporter les luttes de la concurrence et traverser sans déchoir les crises périodiques qui affectent les sociétés. L'Etat, qui représente ces grands intérêts, ne peut donc rester passif dans une question de cette importance, et si on a raison de demander qu'il n'intervienne pas artificiellement par la protection dans l'exercice du travail, dans le choix des professions, on aurait tort de vouloir l'empêcher d'intervenir pour que tous les hommes voués au travail soient aptes à tirer de leur labeur le meilleur parti possible.

En se plaçant à ce point de vue, la question à l'ordre du jour semble donc bien plus consister dans l'appréciation des limites, de la nature et de la forme de l'intervention de l'Etat, que dans l'examen du principe même de cette intervention, justifiée par des considérations politiques étrangères à la science économique. La question, considérée ainsi, a été discutée récemment d'une manière très-intéressante dans une autre 2e Série, T. xxix. — 15 mars 1861. 30

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réunion (1). Les faits, les procédés et leurs résultats, observés dans les principaux États de l'Europe, ont été mis en présence, et si on a constaté, suivant les pays, des différences notables dans la forme et l'étendue de l'intervention gouvernementale, on en a du moins reconnu la trace partout, même en Angleterre, où la rivalité des sectes a cependant donné naissance et supporte, au moyen de contributions volontaires, de si nombreuses écoles pour l'enseignement du peuple.

En France, l'initiative individuelle, représentée par une société d'hommes de bien, parmi lesquels on doit citer M. le duc de Larochefoucauld-Liancourt, donna l'élan vers 4815 ; mais elle agit moins par elle-même, en créant des écoles, qu'en formant et stimulant l'opinion publique et en pesant sur les pouvoirs de l'Etat pour multiplier les sources de l'instruction primaire. Les efforts dirigés dans cette voie ont abouti aux résultats connus de tous. L'Etat s'est emparé de l'enseignement primaire comme il s'était déjà saisi de l'enseignement secondaire, des collèges et lycées et de l'enseignement supérieur des facultés. Aucune mesure, aucune limite n'a été apportée à cet envahissement. Le mot de liberté [a bien été écrit dans les lois successives, mais en dehors des grands centres de populations (où le nombre de jeunes enfants et de jeunes gens à instruire permet à un certain nombre d'écoles, de pensionnats et d'institutions libres de subsister). On ne trouve partout ailleurs que les écoles et les lycées de l'Etat, les professeurs et les instituteurs nommés par le ministre ou par les préfets, et n'ayant comme contre-poids que les écoles, les collèges et les séminaires fondés, soutenus et dirigés par le clergé ou les congrégations religieuses.

Evidemment, les nécessités de la politique ne justifient pas une extension aussi grande de l'enseignement direct par l'État, un monopole de fait aussi général, étouffant l'enseignement libre et lui faisant concurrence avec les fonds du budget. — On est donc allé beaucoup trop loin, selon M. Biaise, et on a dépassé la limite du juste et de l'utile en oubliant que, en matière d'enseignement, l'État ne doit intervenir que pour suppléer à l'insuffisance des efforts de l'initiative collective ou individuelle des départements, des communes et des maîtres libres, mais jamais pour les étouffer ou les supplanter.

M. YiLLiAUHÉ part de ce principe que l'État a pour mission de faire des citoyens, et qu'il doit rendre par conséquent une certaine instruc

(1) A la Sociale inlernalionalc d'éludés pratiques d'économie sociale. Les principaux membres de la Société qui ont pris part à la discussion sont: MM. Y. Rendu, rapporteur, Ch. Dunoyer, vicomte Denis Bcnoist, baron Ch. Dupin, Michel Audley (Anglais), comte Debrosse et Focillon. Le résumé a été fait par M. Cocliiu, président.

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