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taire: d'abord parce que cette impulsion et cette direction venant dt quelques hommes haut placés est forcément systématique, exclusive d incomplète; ensuite parce que l'impulsion naît bien mieux de l'initia tive êt de la libre activité de tous, dans laquelle réside suffisammen l'esprit de tradition dont se préoccupe M. Joubleau. L'Etat n'a non plus aucune inspection, aucune surveillance à faire aucune mesure préventive à prendre en matière de science; car sur veiller, inspecter, prescrire, prohiber, c'est vouloir, sous une autr forme, donner l'impulsion et la direction, c'est vouloir que l'Etat fass ce qu'il ne sait pas faire ou ce qu'il sait moins bien faire que le public plus naturellement représenté par les intelligences du pays. Sa vrai fonction, c'est de donner aide et protection aux enseignants et aux en seignés en maintenant la sécurité, l'ordre, la liberté et la justice ete n'intervenant que par voie de répression pénale s'il y a une attein portée à la morale publique, punissable par les lois ordinaires. Mais, dit-on, en ce moment en France et dans d'autres pays, un réelle liberté d'enseignement ferait passer le monopole dans les main du clergé. C'est à savoir ; car la liberté est très-féconde, et l'actioi trop vive du clergé catholique ne tarderait pas à exercer une réactioi dans l'esprit des pères de famille, qui s'adresseraient à desinstitution laïques. Il est à remarquer en second lieu que les institutions du clerg se feraient une concurrence entre elles, et que la plupart voudraien suivre le mouvement pour conserver la clientèle. En tout cas, tou influence qui résulte de la liberté, et qu'on a la liberté de ba en brèche par la presse et la concurrence, est une influence légitime.

M. BÉNARD, rédacteur en chef de l'Avenir commercial, se ratta complétement à la manière de voir de M. Joseph Garnier, et se prono pour la liberté d'enseignement sans intervention aucune de l'État qui en France surtout, a toujours tendance à comprimer l'action des par" ticuliers. * |

M. DUPUIT, inspecteur général des ponts et chaussées, croit • question qui occupe la société eût été mieux posée, si on avait demande Que doit enseigner l'Etat ? Aujourd'hui il enseigne tout, depuis ladano jusqu'à la théologie; il a des écoles de droit, de médecine et de pharmacie, il en a pour tous les arts et pour tous les métiers ! Or, M. Dopuit désirerait savoir, si les partisans de l'enseignement par l'Elato mettent le système actuel sans exceptions, ce qu'on lui accorde eto qu'on lui refuse. Au reste, en France, l'Etat est fort excusable d'en agir ainsi, car il ne fait qu'obéir à la tendance générale des esprits to école s'était spontanément formée pour fournir à l'industrie desino nieurs, des contre-maîtres, des chefs d'exploitation; dirigée pardo biles professeurs, cherchant à satisfaire à tous les besoins du personnel industriel, parce que c'était leur intérêt, elle avait continuellement prospéré. Mais une chose manquait à son bonheur, elle était libre ; ses professeurs pouvaient augmenter ou modifier leur enseignement pour le tenir au niveau des progrès de l'industrie, elle pouvait se réglementer à sa manière, etc., etc. Or, il paraît que cela constituait un état de choses tellement intolérable, qu'elle n'a eu de cesse que lorsqu'elle s'est mise sous la tutelle du Gouvernement.

Mais en se bornant aux deux questions dont se sont plus particulièrement occupés les membres qui viennent de parler, l'enseignement primaire et l'enseignement secondaire, M. Dupuit dit que ce sont deux questions bien distinctes, dans lesquelles le rôle de l'Etat pourrait être différent. L'enseignement, nécessaire à tous, touche à des considérations de morale, d'ordre et de sécurité qui peuvent motiver une intervention exceptionnelle de l'Etat. C'est là une question à part, déjà traitée dans le sein de la Société, et sur laquelle M. Dupuit croit inutile de revenir.

Quant à l'instruction secondaire, c'est une question toute différente. On cherchait tout à l'heure à justifier l'état de choses actuel en disant qu'en définitive tout le monde étant libre de confier ses enfants à l'Etat, au clergé ou aux institutions privées, tout était pour le mieux. C'est une illusion qu'il importe de dissiper. Oui, à Paris, où un certain nombre de familles riches peuvent faire de grands sacrifices pour l'instruction de leurs enfants, quelques écoles libres se maintiennent à coté des écoles publiques et des établissements religieux; mais c'est là une exception. Partout ailleurs, l'Etat a rendu la concurrence impossible par l'abaissement des prix. Les établissements religieux, dont le personnel débarrassé par le célibat des soins de la famille, apporte plus d'abnégation dans l'exercice de ses fonctions, peuvent seuls lutter contre l'État.

Là même il intervient d'une manière très-puissante parles conditions d'examen qu'il a placées à l'entrée de toutes les carrières libérales. Le père de famille qui voudrait donner à son fils une instruction différente de celle des programmes officiels, s'exposerait à lui fermer la plupart des professions auxquelles son goût peut le porter plus tard. De sorte qu'en fait, en France, il n'y a qu'une instruction secondaire complètement uniforme pour toutes les fortunes, pour toutes les intelligences, pour toutes les aptitudes. De là cette multitude de bacheliers, de licenciés, de docteurs même, qui, au sortir des écoles, viennent demander à la société une profession et un salaire en rapport avec les dépenses faites par leur famille et avec les longues années de leurs études préliminaires. Or, comme on ne peut violer impunément les lois économiques, et que la demande n'augmente pas en raison de l'offre,

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il en résulte que ces professions sont très-peu rétribuées, et que beaucoup de jeunes gens, ne pouvant y trouver place, sont repoussés dans les ateliers, dans les magasins, et font à vingt-cinq ans, et avec dégoût, un apprentissage qu'ils auraient pu commencer à quinze. Que de temps perdu pour eux et pour la société!

Le progrès des lettres et des sciences est-il une compensation de ce système? M. Dupuit ne le pense pas. L'intervention de l'Etat dans l'instruction secondaire amène nécessairement l'uniformité dans les études. Les professeurs de l'État, malgré leur haute capacité, liés par des programmes inflexibles, font tous les ans la même leçon à la même heure aux élèves qui traversent leur classe pour monter dans une autre où on leur donne une autre façon. C'est ainsi que de tours de roue en tours de roue, la machine universitaire, qui avait reçu par une de ses extrémités des enfants d'intelligence et d'aptitude variées, rend par l'autre des bacheliers parfaitement uniformes, faisant tous la même réponse à la même question. N'est-il pas remarquable que l'esprit humain ne se soit jamais élevé plus haut que dans ces temps anciens où chacun obéissant à son inspiration pouvait choisir son maître ou son disciple. T avait-il des universités à Athènes, à Rome? L'Etat avait-il des programmes, des grades scientifiques ou littéraires? C'est cependant à ces époques que se sont produits les innombrables chefs-d'œuvre devenus l'objet de l'imitation servile de la postérité, qui oublie que ceux qui les ont créés n'imitaient personne.

Il va sans dire qu'il s'agit ici d'un principe général et qu'on ne peut arriver à la liberté complète que par une transition dont la durée peut être différente dans tous les pays, suivant l'état de ses mœurs et de ses habitudes, et suivant ses institutions politiques ou religieuses.

M. Borie, publiciste, remarque avec satisfaction que tous les membres de la réunion paraissent à peu près d'accord sur le principe de la liberté d'enseignement. L'instruction des enfants (comme leur éducation) appartient au chef de la famille; celui-ci peut déléguer son droit, soit à des particuliers, soit à une congrégation religieuse, soit à l'État. En ce qui le concerne, une forte organisation de l'enseignement par l'État lui semble nécessaire, précisément dans l'intérêt de la liberté. Il ne faut pas seulement décréter la liberté en principe, mais il faut aussi en assurer la pratique.

MM. Garnier et Dupuit l'ont dit avec raison : L'État est pour les particuliers un concurrent invincible; il possède une vaste organisation, dispose de ressources nombreuses que les particuliers n'ont pas : la lutte est inégale. Mais, si en France, l'État venait à cesser ses fonctions d'instituteur, les établissements particuliers seraient-ils dans de meilleures conditions? M. Borie ne le croit pas. Ils auraient à lutter contre les associations religieuses, ayant aussi une vaste organisation et de nombreuses ressources. Donc, le rôle actif de l'État dans l'enseignement de la jeunesse en France lui parait aujourd'hui indispensable, comme contre-poids de l'influence religieuse. L'État, c'est tout le monde; il représente toutes les opinions, toutes les croyances, toutes les religions connues et inconnues; il ne peut donc, —s'il est sincère, — éveiller les susceptibilités de personne. Au reste, ajoute M. Y. Borie en terminant, toutes les libertés se tiennent, et si l'on veut avoir la liberté absolue de l'enseignement sans intervention de l'État, il faut, au préalable, assurer la possession réelle de toutes les libertés.

Avant do clore la séance, M. Ch. Dunoïer, président, se borne à dire quelques mots sur la manière dont, selon lui, la question doit être posée.

L'heure étant avancée, M. Léopold Javal, député au Corps Législatif, demande que, vu l'importance du sujet, la discussion soit reprise dans une autre séance. — La réunion se prononce dans le même sens.

BIBLIOGRAPHIE

Liberté Des Transactions, Rachat Des ornas D'agents De Change Et De Courtiers m Coxherce, par H. A. Dréo, avocat.— Broch. in-8", 1801. Paris, Guillaumin et C*, Dcntu.

L'auteur de cette brochure traite successivement de deux réformes à l'ordre du jour: la suppression du monopole des agents de change et du monopole des courtiers de commerce.

M. Dréo admet sans discussion le droit de possession et de transmission des titulaires actuels d'offices d'agents de change, établis par la loi de 4816 (28 avril), qui reconnaît la vénalité des charges pour les fonctions d'agents de change, d'avocats à la cour de cassation, de notaires, de greffiers, d'huissiers etdecommissaires-priseurs. 11 pense que, bien que l'Etat se soit réservé la faculté d'augmenter indéfiniment le nombre des offices, il est moralement obligé à ne les multiplier que dans certaines limites et d'une manière qui ne soit pas nuisible aux titulaires. 11 admet d'autre part en principe que l'État a le droit d'exproprier les titulaires pour cause d'utilité publique, et il examine s'il y a bien aujourd'hui utilité publique à exproprier les titulaires actuels des offices d'agents de change. A cet effet, il lui suffit d'exposer la situation du marché à la bourse de Paris, telle que l'a faite la condamnation des coulissiers, à la requête de la Compagnie des agents de change, de laquelle sont résultées la suppression des intermédiaires libres, l'exagération du monopole des titulaires officiels et la langueur du marché.

Les agents de change sont aujourd'hui au nombre de 60, comme à la fin du règne de Louis XIV. Vu l'extension des affaires, la création des valeurs mobilières, la multiplication des titres d'emprunts publics, on devrait les compter aujourd'hui par centaines et par milliers. Aussi, le prix de ces offices, que l'État a donnés pour rien, qui ont été cédés dans les premiers temps pour quelques mille francs, a successivement haussé et à un tel point, que dans ces derniers temps il se rapprochait de deux millions. De là, nécessité de s'associer pour exploiter une charge, de faire d'énormes bénéfices, de courir de grandes chances et de se livrer à une foule de manœuvres qui aboutissent de temps en temps au palais de justice ou à la Morgue. De là, d'autre part, gênes et entraves de toutes sortes dans le commerce et la transmission des titres, qui expliquent la langueur du marché public.

Après avoir signalé nettement les graves inconvénients de l'ordre de choses actuel et l'utilité publique qu'il y aurait d'en sortir, M. Dréo propose de racheter les offices des agents de change au moyen d'une création de titres de rentes, lesquels seraient remboursés par ceux-là même qui voudraient exercer désormais cette lucrative fonction.

Voici son calcul à cet égard : Il y a à la Bourse de Paris 60 agents de change ; le titre nu, en laissant la clientèle à ceux qui la possèdent, vaut 1 million 800,000 fr., ce qui forme un total de 108 millions; en évaluant l'intérêt et l'amortissement des rentes à servir à 5 1/2 0/0, le résultat sera une somme de près de 6 millions de francs dont le trésor serait couvert par une patente annuelle de 6,000 franesque paieraient un millier d'agents nouveaux. Ces 6,000 francs ne représentent que l'intérêt d'un privilège de 120,000 francs, tandis que l'agent de change actuel paie 90,000 fr. comme intérêts de charge.

M. Dréo s'attache ensuite à réfuter les objections qu'on a faites au moyen de la libre concurrence résultant de la non-limitation du nombre. Il se montre très-accommodant, trop accommodant, selon nous, pour toute la réglementation qui accompagne le monopole et qui n'a plus de raison d'être, dès que le monopole disparait.

M. Dréo fait aussi très-nettement ressortir les inconvénients du monopole des courtiers de commerce, qui est encore moins défendable que celui des agents de change. En vertu de ce monopole, un nombre très-restreint d'intermédiaires ont le droit de s'interposer, par la vente et l'achat des marchandises, entre le commerçant, l'agriculteur et le fabricant, entre le producteur et le consommateur. En dehors de la corporation, il n'y a de licite que les allaires directes. Or, comme le

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