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euple étant fort difficile, on en écrit fort peu; car ici, comme ailleurs, 1 production est toujours subordonnée aux exigences de la consommaon. Le gouvernement a beau proposer des prix pour les ouvrages de egenre, et encourager la création de bibliothèques communales, ses fforts restent impuissants parce qu'ils ne peuvent rien contre la nature es choses. Les bons livres, en effet, ne se commandent pas, ils naissent uand le besoin s'en fait sentir, et les mesures administratives, quelles u'elles soient, ne sauraient en provoquer la création. C'est à l'absence e liberté, aux lois qui soumettent le commerce de la librairie à des aurisations préalables, aux règlementsdivers qui l'entravent, quel'auteur e la brochure attribue une situation contre laquelle le gouvernement ii-même cherche à réagir, et il n'hésite pas à demander que, comme les utres industries en France, ce commerce soit délivré des obstacles qui empêchent de se développer. Il pense que la morale publique n'a pas en redouter les écarts, et que, du reste, la justice saurait les rérimer s'il venait à s'en produire. La suppression du timbre des urnaux et la diminution des frais de poste pour les imprimés seiient le complément de cette importante mesure et contribueraient à #pandre dans les masses les publications diverses dont elles sont actuelment privées. Il n'est pas un économiste qui n'adhère de grand cœur aux concluions de ce chaleureux plaidoyer en faveur du peuple, et qui ne désire ivement que, suivant la promesse de l'éminent homme d'État qui l'a rovoqué, il ne passe pas inaperçu dans les sphères officielles.

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oAmE.— Un sinistre financier.— Encore la question du coton et des États-Unis.La Belgique et le cours légal de l'or. — Un nouveau cours d'économie politique.

Toute la France s'est occupée et s'occupe d'un sinistre financier ayant ou jusqu'ici peu d'analogues. L'incarcération de M. Mirès s'est partagé lattention publique avec la discussion de l'adresse au Sénat. Il ne fallait Posmoins pour faire concurrence à la question de l'Italie et du pouvoir omporel du pape, qui passionne la France pour ou contre en ce moont.0ncomprendra que nous soyons très-réservés sur cette affaire de M.Mirès, dont le procès est actuellement en train de s'instruire. Quelle oen soit l'issue, les réflexions économiques ne manqueront pas. Mais

nous pouvons rappeler dès à présent que ces abus de l'agiotage, qui aujourd'hui même peuvent être affirmés sans rien préjuger sur leur caractère plus ou moins délictueux devant la justice, ne nous ont pas trouvés indulgents alors que les conseils de la presse pouvaient exercer une honnête et utile influence sur l'opinion. LeJournaldes Economistes^ fait plus d'une fois entendre un langage sévère sur ces excès de la spéculation. Il a prédit, avec une fermeté qui ne se laissait ni ébranler ni éblouir, le terme fatal de ces opérations si brillantes. Que la leçon profita aux petits capitaux du moins! La loterie peut avoir sans doute pour eux un attrait que n'ont pas les caisses d'épargne; ce n'est pas une raison pour y céder. Nous mentionnerons aussi les fermes paroles de M. le procureur général Dupin sur la conduite tenue par les journaux dans cette affaire de l'emprunt ottoman. Leurs premières pages étaient restées jusqu'à présent inviolables à la réclame, qui ne pouvait faire une bien grande illusion lorsqu'elle était reléguée à sa place ordinaire et entourée de tous les signes qui la font reconnaître. Cet air respectable qu'elle a pris tout à coup pour accréditer ses affirmations les plus osées, était de nature à faire des dupes. 11 est regrettable que les journaux aient consenti à cette invasion de leurs colonnes par une prose trop séduisante, et ne se soient pas rendu suffisamment compte de l'effet produit sur une partie du public trop facilement impressionnable. Disons enfin, en attendant l'issue du procès, que la lettre de M. le garde des sceaux a produit un bon effet sur l'opinion. Cette déclaration si nette, que la qualité des personnes compromises ne ferait pas obstacle à l'action rigoureuse de la justice, est un hommage rendu à la morale publique alarmée, qui ne pouvait manquer d'être d'autant mieux accueilli qu'elle en sentait davantage le besoin.

L'affaire Mirés devait faire éclore des projets pleins de vertu pour mettre un terme préventivement aux abus de l'agiotage. L'Opinion nationale, journal qui manque rarement de recettes pour guérir et même pduç prévenir tous les maux, et qui récemment nous proposait un moyen très-simple pour faire cesser la cherté des loyers, nous offre, cette fois encore, un remède assuré; c'est, si nous avons bien compris sa pensée, de mettre sous l'autorité d'un gouverneur relevant du ministre des finances, certaines institutions financières. L'Opinion nationale ne s'aperçoit pas qu'une mesure de ce genre tuerait la puissance même de l'association. C'est en faisant disparaître les entraves et non en les multipliant que les capitaux se répartiront entre une plus grande masse d'entreprises au lieu de venir se concentrer dans quelques mains. Convertir toutes les institutions financières, etc., en compagnies privilégiées, opérant plus ou moins avec la garantie du gouvernement, c'est faire jouer à celui-ci un rôle dangereux; c'est arrêter l'essor du crédit. L'Opinion nationale semble supposer que les associés de ce

banques, qui se livrent à des opérations aléatoires, sont des incapables abandonnes pieds et poings liés à une féodalité de hauts industriels qui disposent de leurs fonds comme ils l'entendent. Les associés sont-ils donc aussi ingénus et aussi désarmés? Ne savent-ils pas que, s'ils ont la chance de voir leur capital doublé, ils ont celle aussi de le perdre? Ce peut être un devoir des publicistes, des économistes, de prévenir les petits capitalistes ignorants contre le danger des placements aléatoires; ce ne saurait être la tâche des gouvernements d'empêcher ces placements, non plus qu'il n'est en leur pouvoir de changer le caractère de certaines entreprises hasardeuses. Du moins les précautions du législateur sont-elles ici fort limitées, si on ne veut les voir dégénérer en tutelle et détruire la fécondité, en beaucoup de cas l'existence même des libres associations. 11 faut bien se convaincre que la Banque de France ne saurait servir de type à tous les établissements de crédit. Avec un gouverneur nommé par l'État l'esprit d'innovation serait anéanti, la routine régnerait, et les établissements financiers rouleraient dans le même cercle. Le péril est sans doute à côté du progrès; il faut savoir s'y résigner. Le charlatanisme frise de près la hardiesse de l'innovation qui enrichit ceux qui s'y livrent avec la puissance de justes combinaisons et d'habiles calculs. Est-ce une raison pour que le gouvernement se charge ou se mêle de discerner ce qui est viable en fait d'entreprise et de faire éviter à tout le monde les écueils et les naufrages? Nous ne croyons pas, quant à nous, que l'affaire Mirés, quand bien même le procès révélerait les abus les plus déplorables, doive justifier de nouvelles mesures contre la Bourse et contre les associations financières. Ces mesures feraient plus de mal que de bien. Les leçons de l'expérience coûtent cher, cela est vrai, mais ce sont là les seules qui comptent. N'en revenons pas aux lisières, parce que nous faisons des faux pas, et ne forçons pas ceux qui marchent à s'arrêter, parce qu'il y a des gens qui tombent.

Les affaires sont loin de s'arranger aux États-Unis.

Le dépouillement officiel du scrutin présidentiel a eu lieu en présence des deux Chambres du Congrès, et aujourd'hui M. Lincoln est incontestablement élu président. Dans peu de jours il aura prêté serment, et il prononcera son discours d'inauguration au Capitole. Son voyage a été une ovation populaire telle qu'on n'en a jamais vu de pareille; il a prononcé une série de discours plus remarquables encore, dit-on, par leurs réticences que par leur éloquence. Partout il a repoussé l'idée de se prononcer ou de faire quelque démarche importante avant d'être arrivé à Washington et de s'être rendu compte de la situation.

Pendant que M. Lincoln s'avance triomphalement vers la capitale fédérale, M. Jefferson-Davis, nommé président de la Confédération du Sud, dirige sa marche avec non moins de pompe sur Montgomery. Lui aussi a ses convois spéciaux, ses admirateurs enthousiastes réunis en foule pour le recevoir, ses discours et les parasites qui lui demandent des places. Dans son discours d'inauguration , il repousse toute idée d'union, si ce n'est sur les bases de la Constitution que se sont donnée les Etats du Sud ; mais il est prêt à recevoir les Etats du Nord dans la nouvelle Confédération. 11 déclare que les amendements introduits dans l'ancienne Constitution fédérale ne font que l'interpréter dans un sens conforme à l'intention de ses auteurs.

Le nouveau gouvernement méridional a maintenant complètement pris possession du pouvoir, sans même consulter le peuple qu'il se propose de gouverner.

Enfin la Convention de la Paix qui siège à Washington a adopté le 4 5 des propositions semblables à celles que M. Guthrie avait soumises au Congrès. D'après ces résolutions, tout le territoire des États-Unis serait divisé par une ligne correspondant à 36 degrés 30 minutes de latitude nord. Dans tout le territoire situé au nord de cette ligne, l'esclavage ne serait pas toléré ; dans le territoire situé au sud de cette ligne, l'esclavage serait reconnu tel qu'il y est établi aujourd'hui, et ni le Congrès, ni les gouvernements des territoires n'auraient le droit d'empêcher les émigrants de se transporter sur lesdits territoires avec leurs esclaves. D'après ces résolutions, il serait en outre déclaré que les territoires situés soit au nord, soit au sud de la ligne de démarcation seraient admis dans l'Union sur un pied d'égalité avec les anciens Etats; enfin que le Congrès ne pourrait jamais abolir l'esclavage dans aucun Etat, ni dans le district de Colombie sans le consentement du Maryland et de la Virginie. La traite resterait interdite, et la loi des esclaves fugitifs serait déclarée constitutionnelle.

Comment ne pas mentionner avec regret que les États du Nord ont prétexté de leur scission avec les États du Sud pour élever à leur profit les droits de douane? C'est une mesure qui rendra le raccommodement un peu plus difficile. Les Etats du Nord auraient dû comprendre en outre que, dans l'état des relations commerciales avec l'Europe, l'élévation des droits de douane sera de peu de ressource pour les États-Unis?

Depuis que les États-Unis sont en état de crise politique, une inquiétude réelle règne dans les districts manufacturiers de l'Angleterre. On y prévoit une diminution prochaine de la récolte et de l'importation du coton, et l'on se demande comment on alimenterait les métiers et la nombreuse population ouvrière qui vit, en Angleterre, delà fabrication des étoffes, s'il survenait aux États-Unis soit une révolte des esclaves, soit un conflit par les armes entre le Nord et le Sud.

Espérons encore que ces tristes suppositions ne se réaliseront ni l'une

ni l'autre. Si l'émancipation des esclaves est chose désirable, ce n'est pa3 au prix du sang, de la ruine et du meurtre.

En attendant, les manufacturiers anglais se prémunissent contre toutes les éventualités, et s'ils parvenaient à se.créer d'autres sources d'approvisionnement de coton, ils susciteraient aux producteurs des États-Unis cette concurrence qui est le stimulant de l'industrie et du commerce, et qui fait ici trop défaut.

Ce n'est pas d'aujourd'hui seulement qu'ils se préoccupent de cette création si importante pour eux. Longtemps avant l'explosion des démêlés actuels entre les États d'Amérique, ils cherchaient dans quelle partie du globe ils pourraient encourager avec fruit la culture du coton.

L'Inde appelait leur attention; mais les voies de communication manquent dans ce pays, et, par suite, les importations du coton indien en Angleterre sont grevées de frais qui les ont toujours paralysées. Depuis la révolte des cipayes, l'état des choses ne s'est pas amélioré ; bien au contraire, la famine sévit dans diverses parties de la péninsule hindoustanique.

Le budget indien se trouvant en déficit, et le gouvernement anglais étant sagement résolu à y établir l'équilibre, le ministre de l'Inde, sir Charles Wood, refuse nettement de charger ce budget de nouvelles dépenses pour travaux publics.

Reste l'Afrique. Depuis des années tous les missionnaires anglais répandus particulièrement sur la côte occidentale de ce vaste continent apprennent aux indigènes à se livrer à la production du coton. Mais dans des pays barbares, où le travail n'est pas une absolue nécessité, cette ressource est insignifiante.

A défaut, on pourrait exploiter avec succès les régions septentrionales où il existe des populations laborieuses et régulièrement gouvernées. C'est donc surtout de ce côté que se tournent, dit-on, les regards des fabricants de Manchester. Leur prévoyance est prudente, car il serait par trop désastreux qu'à une crise politique aux Etats-Unis répondit fatalement une crise industrielle et commerciale de l'autre côté de l'Atlantique.

Sans en être arrivée à cette crise, l'Angleterre souffre néanmoins du contre-coup des affaires américaines; il y a chômage dans plusieurs villes. La manufacture a dû restreindre son activité, tantôt par suite de l'insuffisance du stock des matières premières, tantôt par suite de l'insuffisance des débouchés pour les produits fabriqués.

De là, un chômage d'atelier qui ne peut se prolonger sans danger, et qui provoque déjà des grèves menaçantes.

La Chambre belge vient de rendre à l'or le cours légal. C'est un grand échec pour le ministre des finances, M. Frère-Orban, échec qui ne

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