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4 milliard 804,450,345 fr. d'importations et 1 milliard 814,803,440 fr. d'exportations. En 4858, année succédant à une crise financière, dont le monde entier fut ébranlé, le mouvement commercial des États-Unis aété de 3 milliards 036,287,865 fr., dont 4 milliard 443,065,760 fr. d'importations, et 1 milliard 643,222,405 fr. d'exportations.

Ces chiffres impliquent l'idée d'un vaste commerce sur des bases trèslarges, dune production puissante, telle qu'on peut se la figurer de la part d'une population de 30 millions d'habitants tous attelés à l'œuvre, du plus riche au plus humble; d'une industrie qui a pris un essor d'atiuuit plus rapide qu'elle a été enfantée à la fois par l'orgueil national et par la nécessité, et qu'elle était entre les mains de ses créateurs une machine de guerre dans l'acception exacte du mot, et non pas seulement on instrument ordinaire de rivalité.

Deux autres des phénomènes, habituels dans le mouvement économique quotidien de tous les peuples, se sont manifestés naturellement en Amérique dans des conditions également hors de proportion avec ce que l'on peut observer d'analogue dans les autres pays: la spéculation et le travail régulier et patient. La première a suivi la voie large et sans frein d'un commerce et d'une industrie n'ayant aucun des caractères d'étroilesse et de lésinorie qui constituent, chez nous, ce que l'on appelle en style financier l'agiotage, et en style plus vulgaire mais plus énergique, le tripotage.

La spéculation aux Etats-Unis, même la spéculation individuelle, a porté sur des villes entières, sur des territoires, sur des forêts dont on ignorait souvent l'étendue. Le travail, de son côté, celui que j'ai défini patient, régulier, se ressent nécessairement de ces entreprises et de ces combinaisons gigantesques; ainsi, en 4834, le chiffre des escomptes qui en Amérique s'élevait à une moyenne annuelle de 6 milliards de francs, est aujourd'hui de quinze milliards environ.

Nous avons dit l'importance du mouvement commercial annuel des Etats-Unis. Le développement acquis par les autres branches de la fortune publique et par les agents de l'industrie sous toutes ses formes, atteste cette énergie dont le privilège semble appartenir exclusivement aux Américains, ou s'inoculer aux races diverses qui abordent aux ÉtatsVnis.

Sur 2,620,000 milles carrés dont se compose la superficie de l'Union, 87.300 sont en culture à cette heure, soit un trentième; proportion énorme en tenant compte de l'immensité de ce territoire (1). On évalue

M1 Les terres cultivée* sont inégalement réparties entre les diverses latitudes. Dans la Nouvelle-Angleterre, 26 acres sur 100 sont en culture ; dans le Sud, 16 sur 100; dans le Nord-Ouest. 12 sur 100, et dans le Sud-Ouest, 5 sur 100.

à environ un million et demi le nombre de plantations et de fermes réparties sur la surface des États-Unis. La Louisiane et la Caroline du Sud sont les deux États qui renferment les plus vastes plantations; les exploitations agricoles proprement dites, celles du moins qui se rapprochent le plus de nos exploitations européennes, sont le lot de l'Ouest, du Nord-Ouest et du Nord-Est, où les fermes ont en moyenne une étendue de 203 acres représentant une valeur de 12,000 fr.

La production agricole des États-Unis est estimée, d'après les plus récentes statistiques, à 5 milliards 822,288,915 fr. L'exportation en absorbe pour une valeur de 590,790,590 fr.; le surplus est consommée à l'intérieur.

Les États-Unis possèdent aujourd'hui 6,000 kilomètres de canaux (1) et un réseau de 41,775 kilomètres de chemins de fer dont le capital est de 2 milliards 964,000,000 (2). Le réseau des lignes télégraphiques est de 27,000 kilomètres, et sur la ligne de New-York à Washington, on évalue à plus de 700 les dépêches expédiées journellement.

Le nombre d'établissements industriels fonctionnant aux États-Unis est de 121,993, absorbant un capital total de 2 milliards 575,745,540 fr.; les produits fabriqués représentent une valeur de 1 milliard 164,787,200 francs. La quantité de matières premières consommées dans ces fabriques, où sont employés 938,645 ouvriers, s'élèveà une valeur de 2 milliards 773,919,585 fr. Le salaire moyen des ouvriers est de 1,240 fr. Tout frais faits, le bénéfice net des fabriques est de 24 1/2 pour cent par an.

En presque totalité, ces établissements sont situés dans le Nord. Ce n'est que depuis quelques années que le Sud est entré dans la même voie. De grands efforts couronnés de succès, surtout en Géorgie, ont été tentés dans ce but. On évalue à 50 millions le chiffre des capitaux déjà engagés dans l'industrie, au Sud, et les revenus ont été de 26 p. 100. L'opinion publique y pousse; mais le Sud, divisé en très-vastes propriétés territoriales, a une tendance à demeurer une contrée agricole plutôt qu'à devenir industriel.

Les résultats que je viens d'indiquer sont immenses par la comparaison. En 1835, les fabriques américaines n'occupaient que 117,626 ouvriersdans la fabrication du coton, et produisaient 211 millions de mètres. A la même époque, le nombre d'ouvriers employés en Angleterre dans les manufactures était de 724,000, et la fabrication s'élevait à 800 millions de francs. En France, le nombre d'ouvriers était de 600,000 et la

(1) En 1835, les canaux comptaient 4,800 kilom. de parcours et le réseau des chemins de fer ne dépassait pas 3,000 kilom. Le capital engagé dans la construction de ces voies de communication était de 6 millions.

(2) La première locomotive a roulé aux États-Unis en 1834.

valeur de la fabrication de 600 millions. On voit la marche du progrès.

Sous le rapport maritime, les résultats ne sont pas moins considérables : le tonnage total de la marine de commerce aux États-Unis est évalué à 3 millions de tonneaux, dont la moitié à peu près appartient aux Etats Ue l'Est et du Nord-Est. Le seul port de New-York reçoit annuellement 4,000 navires, et le nombre de steamers arrivant d'Europe ou partant pour l'Europe est de 22 environ chaque mois, presqu'un steamer par jour, dans les ports de Boston, New-York et Portland. La navigation iutérieure sur les fleuves et sur.les lacs a pris des proportions telles que l'imagination se refuserait ày croire, si les chiffres n'étaient pas là pour les attester.

Le premier steamboat qui ouvrit les communications entre l'Ouest et le Sud sur l'Ohio et le Mississipi date de 1814 ; le trajet de la NouvelleOrléans à Pittsburg durait 25 jours. Six ans après, ces fleuves étaient sillonnés de vingt-un bateaux; en1819onen comptait 40; en 1821, 72; e» 1827, un bateau accomplit le voyage d'ascension de la Nouvelle-Orléans à Louisville en huit jours T. En 1829, le nombre des steamboats s'élève à 200; il est de 220 en 1832; de 240 en 1834.

Depuis, quel progrès! Aujourd'hui on évalue à un millier environ le nombre de steamboats qui se croisent en tous sens sur ces mêmes fleuves. Quelques-uns sont d'un tonnage considérable. J'ai vu l'un d'eux débarquer de ses flancs, sur la levée de la Nouvelle-Orléans, 4,119 balles de coton; par 10 bateaux il en était arrivé, dans l'espace de 24 heures: 12,791 balles, et dans une semaine 66,205 balles.

De tels résultats acquis en moins d'un quart de siècle, à quoi les doit* ou? Au système de crédit, tel qu'on l'a accepté et appliqué dans ce pays, avec ses vices et ses dangers.

Ce système de crédit se résume dans le fonctionnement des banques dont nous allons exposer la pratique.

Le signe représentatif aux Etats-Unis est la monnaie de papier. Dès l'origine la monnaie de papier a été acceptée, sans hésitation et sans arrière-pensée, malgré ses inconvénients et l'abus réel qu'on en fit. L'abus était flagrant. Nous ne dirons pas que le papier des banques américaines équivalait à l'assignat; mais bien souvent il a reposé, et il repose quelquefois encore, sur des gages si peu solides, qu'il a fallu la foi robuste qu'y montra le peuple américain pour en légitimer, en quelque sorte, l'adoption dans le courant des affaires. Une fois les écluses ouvertes, rien n'a pu arrêter le débordement; il semblait, au contraire, que la multiplicité du papier, loin (l'attester la rareté du numéraire, révélait des sources nouvelles de richesse. Les banques sor

(1) La distance est de 1,300 milles.

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taient, pour ainsi dire, de dessous terre, et chacune d'elles, il faut bien le constater, ajoutait quelque chose à la prospérité publique et au développement commercial, agricole et industriel du pays.

On a eu beau prédire les catastrophes qui n'ont pas manqué d'arriver presque à l'heure prévue; on a eu beau narguer cette passion du peuple pour les banques, et traiter le système tout entier de bancomam'e, comme disait Jefferson, rien n'a pu arrêter l'élan, non plus que la confiance aveugle. C'est donc en partie à l'aide d'un papier bafoué, sans valeur, souvent circonscrit dans les étroites limites territoriales de la banque d'émission, où il était parfois même suspect, refusé dans la ville voisine, conspué dans l'Etat limitrophe, inconnu à 200 milles plus loin, — que le peuple américain a défriché ses forêts, fondé son industrie, élevé son commerce maritime jusqu'aux proportions colossales qu'il a atteintes, créé des voies de communication extraordinaires, et attiré une population considérable sur le sol des États-Unis.

Nous répétons que de tels efforts n'ont pas été faits, que île tels résultats n'ont pas été acquis sans catastrophes, qui eussent'dû, il semble, arrêter l'essor général, tandis qu'elles l'ont, tout au plus, retardé pendant un laps de temps toujours très-court. L'abus dans l'émission du papier-monnaie a porté son remède avec lui, en quelque sorte. On peut croire qu'en généralisant le papier au moyen de coupures aussi minimes que possible (1), les banques ont atténué leur responsabilité en éparpillant la dette, si j'osais me servir de cette expression, sur un nombre si considérable de créanciers qu'aucun de ceux-ci, dans les cas de sinistres, ne se trouve atteint de façon à se trouver gravement lésé. C'est un des avantages dans la pratique d'un système dont nous sommes loin de recommander l'emploi.

Tant que les faillites de banques se présentent à l'état de fait isolé, le crédit public n'en peut souffrir, et par crédit public, dans ce cas, j'entends d'abord celui de la localité où se produit la faillite; aucune perturbation ne s'ensuit, coriséquemment, dans le mouvement général des affaires. Mais il n'en est pas de même lorsque les faillites de banques se succèdent, et que ces faillites sont, non pas la cause, mais le résultat de crises commerciales. Leur chute est, alors, d'autant plus prompte, que la mission des banques n'étant pas de maîtriser les entraînements du commerce et de la spéculation, en restreignant le crédit, aux premiers symptômes d'embarras, mais de l'étendre davantage en

(1) Les coupures de 2a et o francs sont très-communes. II y en a eu de \ fr. 25 et de 67 centimes 1/2. Ces petites coupures étaient devenues si nombreuses que les receveurs des deniers pnbllcs avaient reçu l'ordre de ne point accepter en paiement d'impôts ou taxes des coupures au-dessous de 23 francs. allant au devant des besoins et en favorisant, au contraire, ces entraînements, il s'ensuit que les banques sont précipitées avec le commerce et la spéculation; des crises, comme celle de 4857, prennent alors, en même temps que le caractère de crise commerciale, le caractère alarmant de crise monétaire, qui sévit sur toutes les banques à la fois, d'un bout à l'autre de l'Union.

Non solidaires dans la bonne fortune, les banques deviennent, en temps de sinistres, solidaires par le fait seul du système de crédit dont les périls apparaissent dans tout leur jour. Les banques supportent, alors, la peine du bien qu'elles ont voulu faire, qu'elles ont fait en réalité, et dont on ne leur tient plus aucun compte; sauf à recommencer le lendemain, avec la môme aveugle confiance, les mêmes fautes.

Une chose étonne et est bien faite pour étonner, c'est que les catastrophes ne soient pas plus fréquentes et ne produisent pas déplus profondes et de plus durables perturbations en Amérique, à voir la facilité avec laquelle se fondent les banques, la masse de papier en circulation, et la confiance qu'y marque le public. On cite, en effet, des banques qui, constituées avec 2 millions de dollars en capital, ont eu 12 millions de papier en circulation.

En temps ordinaire, les demandes de remboursement des billets contre espèces sont rares; mais le cas peut se présenter. Il est facile de rendre ces cas plus rares encore, nous dirons impossibles, en plaçant, comme nous pouvons affirmer le fait pour une banque de l'État de l'Ulinois, le siège de l'établissement dans un village perdu au milieu de marais, où il ne peut venir à l'idée de personne d'aller présenter un billet en remboursement. Cependant, à tout événement, la banque a dans sa caisse un millier de dollars en numéraire, tandis qu'elle a en circulation, dans tout l'État, pour un million de papier très-bien accepté.

De pareils faits donnent la mesure exagérée du système, mais ils n'entrent pas moins dans le système; ils ne sont nullement répudiés, ni poursuivis, ni taxés d'illégalité. Bien plus, des émissions de papier opérées dans les conditions exceptionnelles que nous venons de dire, trouvent, comme les émissions les plus régulières, un appui naturel dans l'opinion publique; tout le monde est matériellement engagé à ne point troubler la paisible circulation de ce million de dollars de papier d'une banque que l'on soupçonne ou que l'on sait, peut-être, n'avoir pas un millier de dollars espèces en caisse.

« Les Américains, dit M. Michel Chevallier {Lettres sur l'Amérique à* .Vord), ont une foi intrépide dans le papier-monnaie; ce n'est pas une foi aveugle, c'est une foi raisonnée, c'est un courage réfléchi. L'hiver passé (celui de 1834), l'on savait que telle banque de la campagne,

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