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et de l'infertilité du sol? Non. Le Centre est pauvre, selon M. de Lavergne, parce qu'il n'a pas de larges vallées, parce qu'il forme de grandes plaines sans fleuves, avec un noud de montagnes inaccessible à la navigation, parce qu'il est placé loin des deux mers, parce que le pouvoir central l'a toujours dédaigné et oublié, surtout dans sa partie méridionale, parce qu'enfin il est resté impraticable et inabordable. Donc, il n'est aucune région qui ne puisse être transformée plus complétement par les chemins de fer, par les grandes lignes de communication et par un bon réseau de routes agricoles. En 1787, Lavoisier parlait déjà d'un canal pour assainir la Sologne et ouvrir des débouchés à ses bois. Les besoins sont encore les mêmes aujourd'hui : ce qu'il faut, ce sont des voies de transport à bon marché. Le Centre peut produire beaucoup: il faut le mettre en rapport avec les grands marchés du Nord et du Midi, de l'Est et de l'Ouest, et il est certain que ce problème sera tot ou tard résolu, car sa position géographique l'appelle à devenir le point d'intersection de plusieurs grandes lignes de communication qui doivent desservir la France dans tous les sens. En attendant ce nouvel état de choses, une agriculture de transition lui convient surtout : il y a beaucoup de terres à bon marché, beaucoup de terres qui sont favorables à la production de l'herbe; les populations sont clairsemées; les grands domaines sont d'un seul tenant. Voilà bien des motifs pour développer les plantations résineuses et pour créer des prairies et des pâturages, bien des motifs aussi pour limiter le territoire arable proprement dit. Les moutons et les bœufs prépareront ainsi la place de l'homme, et cette place sera bonne, parce que le travail agricole s'appliquera, non sur des terres pauvres, mais sur des terres fécondées par l'engazonnement et le boisement. Que serait-ce si, par quelques dérivations de la Loire et de ses affluents, l'irrigation venait se mêler de la partie ? Décidément, il y a peut-être quelque chose de providentiel dans l'état d'inculture où est si longtemps resté le Centre. C'est là, dans ce pays où les bras manquent à la terre, que bientôt les pays où la terre manque aux bras devront envoyer leur excès de population. Ce sera la colonisation à l'intérieur, colonisation d'autant plus riche d'avenir qu'elle se fera lentement, proportionnellement à l'appel des capitaux et de la fertilité du sol. Heureuse l’Angleterre si, trouvant en elle-mème de pareilles ressources, elle avait pu utiliser ainsi, sans expatriation forcée, la population exubérante des terres épuisées de l'Ecosse et de l'Irlande !... Elle n'aurait pas connu l'exode et ses scènes de violences et de désolations.

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J'arrive enfin aux conclusions de M. de Lavergne, et je lui emprunte

les chiffres suivants qui donnent une idée des inégalités agricoles de nos six grandes régions :

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La France étant partout soumise à un même système d'impôts, M. de Lavergne a pensé que le produit des recettes publiques par région peut être considéré comme une mesure assez exacte de la richesse, et il a pris, à cet effet, les chiffres de 1857 qui représentent, pour toute la France, une recette totale de 1.644 millions d'impôts de toutes sortes.

Cela posé, quelle différence de population et de richesse entre le Nord-Ouest et toutes les autres régions! Cet écart s'augmentera-t-il encore par la prospérité croissante du Nord-Ouest? ou bien diminuerat-il par l'accélération du progrès dans les autres régions, même les plus déshéritées? A coup sûr, quand un grand pays est fier de montrer des régions aussi riches que celle du Nord-Ouest de la France, c'est parce qu'il regarde ces régions comme un noble but offert à l'émulation des autres parties de son territoire, et parce que, réparateur des injustices, des erreurs, des malheurs du passé, il tend une main secourable aux plus arriérées. L'aisance moyenne, voilà le grand mot de l'économie politique, et cela veut dire qu'il est dangereux de concentrer, par voie budgétaire, de trop grandes richesses sur une partie de la population ou du territoire, quand, ailleurs, règne la misère relative. Dans un pays de contrastes comme la France, c'est donc surtout une nécessité de gouvernement de ne pas aggraver la situation par la concentration des dépenses publiques, mais de multiplier les voies de communication et les travaux d'utilité générale dans les pays relativement déshérités. Les pays les plus avancés ont dû, en grande partie, leur prospérité à ce genre d'action gouvernementale. Ce n'est que justice d'appeler au partage des mêmes secours les contrées qui, depuis longtemps, attendent leur tour de rôle.

Est-ce là ce que nous avons fait ?
M. de Lavergne répond à cela par ces chiffres :
Dans les 12 départements les plus maltraités, et ceux-là appartiennent

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tous aux régions du Sud-Est, du Sud-Ouest et du Centre, les dépenses publiques ne dépassent pas 51.186.000 fr. (année 1855); tel d'entre eux, la Lozère, ne reçoit que 2.694.000 fr., et tel autre, le Lot, qui est le mieux partagé, ne reçoit pas plus de 5.825.000 fr.

Et Paris, à lui seul, absorbe 877 millions.

Et 7 départements, outre celui de la Seine, reçoivent du trésor public plus qu'ils ne lui donnent.

Et parmi 76 départements qui perdent plus ou moins, il y en a qui ne reçoivent du budget des dépenses que la moitié de ce qu'ils apportent au budget des recettes.

Qu'on explique, tant qu'on le voudra, la grosse part faite à Paris, siége du gouvernement, on aura toujours beaucoup de peine à admettre, dans le monde contribuable, que la mesure de l'équité ne soit pas dépassée au profit de la capitale et au profit de certains départements, fussent-ils même considérés comme siéges de grandes dépenses militaires d'intérêt général. Il y a longtemps, très-longtemps, que ces inégalités choquantes subsistent, car elles datent de l'ancien régime. Mais n'est-ce pas là précisément un motif de plus pour modifier ce système ? Est-ce que l'agglomération des populations ne dit pas assez haut que le cours normal des choses est violenté par le budget ?

Je ne répéterai pas tout ce que M. de Lavergne a dit d'excellent à ce sujet; mais je ne sache pas que jamais un plus grand intérêt agricole ait été soumis à l'examen d'un gouvernement qui tient à s'enraciner dans le pays, à prendre en main la cause des chaumières, à donner enfin une grande et légitime réparation aux pays déshérités. Je ne sache pas qu'on ait mieux indiqué comment peut s'améliorer la condition morale et matérielle des populations pauvres qui, depuis si longtemps, donnent si volontiers leur sang et leur argent pour la gloire et la richesse de la France. M. de Lavergne était inspiré par un admirable thème. Il a su trouver des pages à la hauteur de son sujet, et certes ceux-là qui liront ces pages ne pourront que se fortifier, une fois de plus, dans l'amour de ce pays, à nul autre pareil par son unité nationale, à nul autre pareil par la variété de ses productions, qu'on appelle la France de 1789. On peut regretter, avec M. de Lavergne, que notre patrie ait payé un si grand tribut aux excès révolutionnaires et militaires. Mais, quand on voit l'influence qu'elle a su acquérir dans le monde entier, quand on voit ce qu'elle a pu faire sous le régime de la paix et de la guerre, on se rassure pour l'avenir, on travaille à l'œuvre commune de la pacification des esprits, et, faute de posséder tout ce que l'on désire, on attend avec confiance que l'opinion publique donne raison à ceux-là qui sont les plus dignes. Voilà comment les principes de notre révolution française feront, n'en dou

tons pas, leur chemin dans le monde. Plus de violences qui reculent l'heure de la liberté! Le vrai progrès, c'est désormais la paix avec des institutions inspirées par l'esprit de 1789.

. ÉDOUARD LECOUTEUX, Membre de la Société impériale et centrale

d'agriculture de France.

BULLETIN

Opérations de la Banqne de France et de ses Succursales

pendant l'année 1860.

Extrait du compte rendu par M. le comte DE GERMINY, gouverneur.

Les opérations de la Banque de France prennent un développement dont chaque année voit grandir l'importance.

Avant d'aborder le compte rendu des opérations ordinaires de la Banque, il en est une qui, pour son importance, mérite d'être mentionnée.

En 1860, comme en 1859 et 1858, plusieurs Compagnies de chemins de fer ont réclamé notre concours, — La somme de capitaux obtenus en trois ans du marche français, par nos soins, pour le service des voies ferrées, s'élève maintenant à 800 millions, - L'opération particulière à 1860 est de 300 millions; elle a elé faite à forfait, moyennant 750,000 francs, frais compris. - Sur cette somme, 300,000 francs seulement ont été portés au crédit de notre dernier compte de profits et pertes.

La différence de 450,000 francs, presque entièrement absorbée à cette heure, a été mise à la disposition des frais de la souscription. - Ouverte le 25 juin, cette souscription a été close le 2 juillet ; les Compagnies émettaient 1,023,000 obligations, au taux moyen de 292 fr. 93 C., avec bénéfice de 2 fr. 53 c. pour les souscripteurs, résultant de la faculté d'anticiper leur libération. Le public en a demandé 1,627,817.

Ce supplément à nos travaux, enté sur d'autres devoirs, a imposé à nos services une activité exceptionnelle, déployée d'ailleurs avec non moins de dévouement au profit des opérations ordinaires, dont voici le détail.

1er. De leur importance tant à Paris que dans les succursales.- En 1859, leur chiffre total s'était élevé à 6,165,549,000, indépendamment du mouvement des billets à ordre et des virements qui, étant de 486,028,000, composaient un total de.................F. 6,652,577,000

En 1860, le chiffre s'élève à 6,340,567,000 francs, y com

Report. . ...F. pris le mouvement des billets à ordre et des virements, ci.

6,652,577,000 6,340,567,000

D'où il suit que la comparaison des deux exercices donne, pour 1860, une différence en moins de. ....... F.

312,040,000

§ 2. — Taux de l'escompte. - Il n'a subi, dans le cours de l'exercice expiré, qu'une seule variation. Après avoir été, depuis le 1er janvier, à 3 1/2 0/0, il a été élevé, le 12 novembre, à 4 1/2 0/0.

3. — De l'escompte des effets de commerce. Du portefeuille. — Comparé à celui de 1859, l'escompte des effets de commerce présente une augmentation. En 1860, il s'élève à..

••:......F. 5,083,356,500 En 1859, il n'avait employé que.......... > 4,947,536,500

Différence en plus en faveur de 1860. .......F. 135,820,000

La part des succursales est de 1,978,103 effets pour une somme de 3 milliards 323,678,684, soit en moyenne, pour chaque effet, 1,680 francs.

A Paris, le nombre d'effets escomptés est de 1,749,915, pour une somme de 1,647,244,635, en moyenne 960 francs pour chaque effet. — Cette extrême division, la somme relativement peu importante que chaque effet représente, prouvent avec quelle libéralité la Banque dispense le crédit au commerce à tous les degrés.

Il a été escompté 822 bons de monnaie, pour une somme de 113,433,220 francs, en moyenne, pour chaque bon. .........F. 137,971

Au 21 juin 1860, la Banque centrale et les succursales avaient en portefeuille . ................... F. 428,566,400

C'est le minimum de l'année.
Au 15 novembre . ................. F. 582,563,700
C'est le chiffre le plus important de l'exercice.

Aujourd'hui, après avoir été, dans le courant du mois, de 600 millions, le montant total du portefeuille est de 567,919,500.

Quoique indépendantes des opérations de l'exercice expiré, les circonstances de ces derniers jours ont si justement occupé l'attention publique qu'il nous paraît opportun d'en dire ici quelques mots.

Lorsque, le 12 novembre, nous élevions l'escompte de 3 1/2 à 4 1/2 0/0, il était plus que probable qu'une élévation plus décisive serait bientôt indispensable. — 50 jours après, l'hésitation n'était plus permise; le 2 janvier, le conseil de régence décida une nouvelle élévation de 1 0/0, puis, le 8, une autre de 1 1/2 0/0, ensemble 3 1/2 0/0 en 57 jours.

L'énergie de ces mesures n'a pas besoin d'être justifiée, lorsque, sur toutes les places de l'Europe, et particulièrement sur le plus important marché, celui de Londres, le prix des capitaux s'était élevé. L'immobilité eût produit l'exportation complète de nos espèces. C'est dans des cas semblables que la tutelaire et intelligente latitude donnée par les pouvoirs publics à la Banque veille . sur nos institutions : son effet n'est jamais douteux, il ne s'est pas fait attendre.

Nous avons pu autrement encore venir en aide à la situation de nos encais

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