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toirs de Limoges, de Nantes, de Nevers, de Laval, d'Orléans, de Troyes, de Toulouse, de Strasbourg, de la Rochelle, Rennes, etc. A la Rochelle, la moyenne de l'encaisse a été, durant le dernier exercice, de près de 9 millions, faisant journellement équilibre à une circulation de 270,000 fr., soit 320,000 fr. avec les comptes courants : c'est près de 30 fois, en espèces, la couverture de la dette remboursable à volonté. Toulouse présente, d'autre part, 600,000 fr. de découvert contre 21 millions de francs en caisse, soit 35 fois le montant de la circulation. Marseille elle-même dispose de moyens encaisses sept fois supérieurs au chiffre de la dette remboursable à volonté; ainsi il y a là, pour faire face à 6 millions de dettes journellement exigibles, une réserve de plus de 42 millions. Or le chiffre du portefeuille n'atteint pas en moyenne 40 millions; c'est donc espèces en main qu'on opère dans un foyer d'affaires qui assigne de plus en plus à cette puissante succursale le premier rang.

Ce défaut de rayonnement du billet de banque, condition fatale qui n'est, à vrai dire, que l'éternelle enfance du crédit et de la monnaie, est clairement attesté par la récapitulation ou totalisation des moyens encaisses mis en regard des chiffres de la masse. En 1860, les départements possèdent en moyenne, pour un découvert courant de 21,960,000 fr., un approvisionnement métallique seize fois supérieur, soit 353 millions 1/2; or, la moyenne de l'encaisse pour la France entière, durant ce même exercice, ne va pas au delà de 482 millions. D'où suit que Paris est seul alimenté en grand de billets de banque, tandis que la province, siège d'une masse d'aflaires multiples et diverses, toujours en progrès, serait invariablement condamnée au régime des espèces.

Cet étrange partage a pour le commerce des conséquences regrettables. Outre que ce système est la négation des banques à émission de papier, puisque de cette façon l'on arrive à opérer argent en main, il est parfaitement évident qu'à l'heure des crises cette immobilisation de richesse métallique se traduit en aggravations gratuites du taux de l'escompte. L'argent et l'or qui sont en excès à Rennes ou à la Rochelle seraient infiniment mieux placés à Paris, à Lyon ou à Marseille, grands foyers de crédit et de comptes courants dont le niveau baisse; mais, comme on respecte outre mesure cette richesse lointaine et stérile, les besoins de deux ou trois grands centres font bientôt la loi à tout le

tile cette stérile circulation qu'on appelait dans le siècle dernier la voiture des espèces. Mais l'objection est d'autre part sans force; il s'agit en effet ici de moyens encaisses mis en présence d'uu découvert, journellement, moyennement infime. 11 y a donc là des richesses fatalement sans emploi, des forces perdues, un mécanisme annulé. — P. C.

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reste, et, pour leur conserver un raisonnable encaisse, on soumet le pays tout entier à la hausse fatale de l'escompte. Les affaires générales portent ainsi la peine de l'immobilité systématique à laquelle sont condamnées des espèces qu'il faudrait pouvoir prendre en tout temps là où elles sont.

Que si l'administration de la Banque objectait à ce propos combien il est difficile de faire pénétrer plus avant le billet de banque, d'où la nécessité de maintenir, à mesure qu'on s'éloigne davantage du centre, de forts encaisses, il serait facile de répondre qu'il y a ici tout ensemble mauvaise répartition de la monnaio de papier, aménagement vicieux, et défaut d'entente des lois du monnoyage. On sait quels obstacles il a fallu vaincre pour convertir finalement la Banque à l'adoption de la coupure de 100 fr., cet auxiliaire précieux des encaisses, en même temps qu'il vulgarise la notion des circulations puissantes. Eb bien! ce parfait petit rouage, qui répond si bien aux modestes encaisses dans un pays où la fortune est, comme le sol, très-djvisée; ce même billet de 100 fr. n'a pas cessé d'être frappé d'une sorte de défaveur par le gouvernement de la Banque. 11 suffit de se reporter, pour le comprendre, aux tableaux d'émission et d'annulation publiés chaque année. C'est le billet de 1,000 fr., lingot d'un nouveau genre, qui, lors des refontes, obtient la plus large part. Si l'homme des comptes courants, dont Paris est surtout le siège, s'accommode de cette grosse monnaie, il est trop évident que le commerce proprement dit, en province particulièrement, ne saurait à cela trouver son compte. C'est ainsi qu'en remplacement de 353 millions de billets annulables, on a émis, en dernier lieu, 325 millions qui restreignent non-seulement le champ d'opération, mais où le billet de 1,000 fr. est apportionné par plus des 2/3 dans l'émission nouvelle, alors que le billet de 100 fr. figure là pour moins du cinquième. C'est le contraire qui devrait être. Ce n'est pas ainsi qu'on soulage l'encaisse, qu'on modère le taux de l'intérêt en accréditant de plus en plus un instrument d'échange dont le prix de revient est presque nul (1 ).

À cette occasion, il convient de se demander pourquoi la Banque de France fait incessamment disparaître la coupure de 200 fr. pour s'en tenir à celles de 500 et de 100 fr. exclusivement. C'est à peu près comme si dans la monnaie d'argent on proscrivait la pièce de 2 fr. pour se contenter des pièces de 1 fr. et de 50 c. La coupure de 200 fr. était entrée dans les usages, parce qu'elle répond à une foule de marchés qui dépassent 100 fr. et ne montent pas à 500 fr.; elle trouvait d'ailleurs à

'(1) Ceci est de tradition déjà ancienne à la Banque. Voir la Monnaie de banque, où ce système défectueux de coupures est exposé avec détail. (1857. Paris, librairie de Guillaumin.)

s'échanger sans peine nu moyen de la coupure inférieure. La monnaie est faite à l'image des affaires : c'est une échelle. Le commerce ne s'est jamais bien rendu compte de ce changement, qui s'étaye, sans doute, de quelque faux prétexte.

En résumé, le dernier compte rendu des opérations de In Banque laisse beaucoup à désirer au point de vue de l'état des affaires, du gouvernement de la monnaie, ainsi que des véritables exigences du crédit. Les succursales, dont le nombre s'accroît avec une lenteur désespérante, sont fort loin de bénéficier, selon que cela devrait être après plus de soixante ans, de l'usage de la monnaie de banque. Tout se mesure invariablement aux allures de la capitale et de deux ou trois grands centres, qui font pâtir tout le reste quand les affaires, la richesse sont cependant partout h pied d'oeuvre.

Là Belgique, avec ses quatre millions d'habitants, possède 24 agences de banque, c"est-à-dire la moitié de ce qui fonctionne en France, où la population est cependant décuple; il y a là des billets de 20 fr., de 50 fr., de 100 fr. savamment aménagés avec les billets de 1,000 fr. Aussi, dans ce pays, l'escompte est généralement abordable, et le taux de 8 à 10 0/0 ne vient guère protéger, aux dépens du commerce, de riches et inutiles encaisses. Paul Coq.

CORRESPONDANCE

L'intervention de l'État dans les associations mntnelles jugée aux points de vue anglais et belge.

A Monsieur le Directeur du Journal Des Économistes.

Monsieur,

L'abondance des matières vous avait empêché d'insérer dans votre numéro de mars une dernière réponse aux articles de M. Leymarie sur les sociétés de secours mutuels. La mort profondément regrettable de mon honorable contradicteur ne laisse plus maintenant déplace qu'aux regrets. Un sentiment qu'on appréciera m'engage à vous prier de ne pas publier ma réplique.

Le débat soulevé entre M. Leymarie et moi s'agitait cependant tout entier dans les idées; sa couleur personnelle n'était qu'apparente; il s'adressait en réalité aux intérêts les plus nombreux et les plus dignes de sollicitude. Des appuis considérables et tout à fait décisifs, à mon avis, m'étaient arrives. Je voulais en faire profiter la discussion. Peut-être ne serait-ce manquer à aucune convenance que de soumettre encore aujourd'hui au lecteur les dernières pièces du procès.

La question de la détermination des droits respectifs de l'individu et de la société est, vous avez eu raison de le remarquer, de celles sur lesquelles on pourrait écrire des volumes sans se mettre complètement d'accord. Aristote la posait déjà dans sa Politique, et c'est encore, suivant l'expression de M. Dupont-Wilhe, dans sa préface du magnifique livre on Liberty, la plus grande question théorique de notre temps. Spéculalivement, et au point de vue d'une formule générale, quelques-uns, et des plus rompus aux difficultés de la science sociale, ont été jusqu'à considérer le problème comme à peu près insoluble. Toutes les études faites par les écrivains qui ont su se placer au-dessus des préoccupations, souvent assez explicables du reste, de la politique courante, ont cependant un point commun : ce qu'ont impartialement poursuivi M. Guillaume de Humboldt,M. Eœtvœs, H. J. Stuart Mil]. M. Jules Simon, M. Labouki.No, etc., c'est la limitation de l'État, ce n'est pas un avilissement du pouvoir bien vite désastreux, hélasl à la liberté elle-même.

En fait, si le progrès politique a presque toujours pour auteurs les individus seulement, il n'en est pas de même du progrès social. Sans insister davantage sur ces deux grands faits incomplètement compris, les écoles primaires qui ne se fussent pas ouvertes, les chemins vicinaux qui ne se fussent pas faits si les préfets n'avaient été autorisés, non pas à stimuler des conseils municipaux ou à coordonner des tracés, mais bien à inscrire d'office des dépenses au budget des communes, combien de fois l'initiative de ce dernier progrès n'est-elle pas venue de l'ÉtatI... Les idées, on l'a dit excellemment, brillent pour tout le monde, et rien ne pouvait, ce me semble, empêcher le ministre ïurgot d'être frappé des lueurs qui illuminaient le penseur Montesquieu.

Quoi qu'il en soit, et pour ceux qui, tout en déniant bien haut à l'État d'être la source unique et même principale du progrès, trouvent son véritable caractère d'agent partiel de la civilisation dans sa faculté organique, sinon, malheureusement, dans son habitude d'exalter indéfiniment l'individu, il n'en faut pas moins, en application, préciser le plus possible la mesure normale de l'intervention collective.

Sur le point spécialement en litige en matière d'associations mutuelles, les deux pays de l'Europe qui, à des degrés différents, possèdent la plus grande pratique, sont l'Angleterre et la Belgique. Ce sont aussi, pour l'Angleterre surtout, et toute discussion sur la valeur libérale incontestable cependant de l'aristocratie anglaise et sur la concentration du capital et de la terre mise à part, ceux où la liberté civile et politique est entrée le plus profondément dans les mœurs, ceux où l'on sait le mieux ce qui est dépendance réelle, ce qui est délégation volontaire pour l'utilité de tous. Or, qu'on veuille bien lire les lettres suivantes émanant d'hommes à coup sûr on ne peut mieux placés pour juger sainement de ce dont ils parlent et pour tenir compte, ainsi qu'il le faut ici, des considérations les plus nombreuses et les plus diverses; qu'on lise ces lettres et qu'on juge de l'intervention mesurée de l'État et des classes supérieures dans l'économie des sociétés mutuellistes, si « l'information répandue du centre à la circonférence, » suivant la formule de M. Stuart Mill (1), doit être rejetée comme froissant les principes ou les hommes, qu'on juge enfin si

(!) La Liberté, p. 200.

nous serions réellement bien venus, avec nos mœurs séculaires d'autoritisme, et sans prendre souci de la nécessité des transitions, à trouver exorbitante et oppressive une ingérance que les meilleurs esprits chez nos voisins émancipés réclament, dans un mode déterminé, comme une nécessité et un avantage. Au seul point de vue des tables de maladie, de ce que le problème n'aurait pas encore été résolu, faut-il conclure qu'il soit insoluble! et celui qui a vu fonctionner une association de près, peut-il dire que l'expérience de tous n'a pas déjà tourné sensiblement au bénéfice des essais de chacun?... Les milliers d'agrégations disparues depuis soixante ans ne sont-elles pas précisément la preuve la plus éloquente en faveur de la nécessité des tables?...

En un sujet très-simple en apparence, extrêmement complexe en réalité, on ne saurait s'entourer de trop de lumières. Il est bon de procéder par la méthode d'observation, et de consulter l'expérience là surtout où elle a une valeur pour ainsi dire double? Le principe de liberté étant une fois admis à titre de règle commune, la question devient surtout une question de pratique (j'entends de pratique vue de haut et éclairée par les principes). J'ai pensé que certaines opinions et certaines situations y auraient une autorité à laquelle les spéculations les mieux conçues ne pourraient que bien difficilement prétendre. M. Scratchley est président de l'Institut des sociétés d'amis de la Grande-Bretagne; tout récemment encore, il publiait, sur les institutions de prévoyance, un ouvrage qui a fait une véritable sensation de l'autre côté du détroit. Chacun sait bien, dans ce pays où l'actif des caisses d'épargne s'élève à plus de 900 millions, et celui des friendly societies à près de 300, la compétence toute particulière de M. Scratchley. Le témoignage de M. Auguste Visschers, conseiller au conseil des mines, président de la commission fermaneutebelge, laquelle compte notamment parmi ses membres MM. T'Kint, de Neeyer et Ducpétiaux, est aussi de ceux dont l'importance ne peut échapper à personne. Je me suis donc adressé à M. Scratchley, à M. Visschers, et je leur ai demandé leur avis sur la situation que l'abstention presque absolue ferait aux agrégations mutuellistes. Voici les réponses que, dans l'intérêt d'une cause commune, ils ont bien voulu m'adresser aussitôt et dont je les remercie cordialement. Le lecteur jugera.

Éiiile Laurent.

Londres, le 7 janvier 1861.
A Monsieur Emile Lâchent.

Mon cher Monsieur (1),

J'ai lu avec beaucoup de plaisir le très-intéressant article du Journal des économistes du mois dernier, qui traite des sociétés de secours mutuels françaises, spécialement au point de vue de l'action de la Commission officielle chargée de ces institutions, et discute certaines opinions que l'auteur prétend trouver dans votre excellent ouvrage sur ce sujet.

L'auteur de l'article en question ne m'est pas connu; mais il m'est difficile

(1) L'original est en anglais.

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